Certaines maladies auto-immunes ont-elles une composante virale ?

Le système immunitaire se retourne parfois, sans raison connue, contre l'organisme. On parle alors de "maladie auto-immune". En étudiant la réaction immunitaire à une molécule programmée pour mimer certaines caractéristiques d'un virus, des chercheurs français renforcent les soupçons qui pesaient autour de l'origine virale de ce type d'affection.

Rédigé le

Certaines maladies auto-immunes ont-elles une composante virale ?
Certaines maladies auto-immunes ont-elles une composante virale ?

Au terme d'une étude sur la myasthénie grave, publiée dans le numéro de décembre 2012 des Annals of Neurology, une équipe rassemblant des chercheurs de l'Inserm, du CNRS, de l'Université Pierre et Marie Curie et de l'Institut de Myologie apporte de nouvelles clefs pour la compréhension des maladies auto-immunes.

La myasthénie grave est une maladie auto-immune rare, touchant de 5.000 à 6.000 patients en France. Elle entraîne une faiblesse musculaire et une fatigabilité excessive. Touchant généralement les muscles du visage, elle peut s'étendre aux muscles respiratoires.

Si la myasthénie grave (voir encadré) est due à une production d'auto-anticorps dont le fonctionnement est aujourd'hui bien documenté, les causes mêmes de cette production restent très largement incomprises. De nombreux facteurs environnementaux sont suspectés, de même que la part potentiellement prise par des infections virales. Cependant, la lente apparition des symptômes de la maladie empêche de prouver le rôle des virus dans le processus.

Le matériel génétique de nombreux virus pathogènes est composé d'ARN, une molécule qui peut aisément être copiée et modifiée en laboratoire. En exposant in vitro le thymus humain - lieu de maturation de nombreux éléments du système immunitaire - à une molécule artificielle reproduisant les caractéristiques de l'ARN viral, les chercheurs ont observé des réactions en tout point identiques à celles observées sur des thymus de malades atteints de myasthénie (1).

Dans une deuxième partie de l'étude, des expériences in vivo sur des souris confrontées à la molécule de synthèse ont amené à l'expression de tous les signes cliniques d'une myasthénie.

En démontrant qu'une infection virale est susceptible d'entraîner une réaction du thymus et le développement d'une myasthénie auto-immune, l'équipe française ouvre la voie à une compréhension de l'ensemble des maladies de ce type.

Les chercheurs annoncent s'atteler aujourd'hui à déterminer quels virus particuliers pourraient donc être impliqués dans le cas de la myasthénie. Ils n'écartent pas non plus que des molécules internes au corps humain, d'un profil similaire à celle utilisée dans leur expérience, puissent activer ces réponses antivirales anormales. La traque continue.

(1) En l'occurrence, l'activation de trois protéines très spécifiques.

Etude source : "Implication of dsRNA signaling in the etiology of autoimmune myasthenia gravis", Annals of Neurology, DOI: 10.1002/ana.23791

En savoir plus

Sponsorisé par Ligatus