L'étonnante longévité des cyclistes du Tour de France ?

● FAUX – Depuis plus de 20 ans et dans de nombreuses disciplines, plusieurs études ont montré que les sportifs présentaient une durée de vie supérieure à la "population générale". Une nouvelle étude française, présentée ce 3 septembre au Congrès de la Société Européenne de Cardiologie à Amsterdam, vient corroborer ce fait pour le milieu du cyclisme. Mais ce type de chiffres, reproduits à l'envi dans de nombreux magazines, sont le plus souvent bien trompeurs.

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L'étonnante longévité des cyclistes du Tour de France ?
L'étonnante longévité des cyclistes du Tour de France ?

Les auteurs de ces derniers travaux ont étudié la longévité des cyclistes français ayant terminé au moins une fois le Tour de France depuis 1947. Selon le compte rendu de leur étude, diffusé par l'Inserm, la mortalité de ces sportifs est 41% plus faible que celle de la population générale. Un résultat qui "reste valable tant pour la mortalité par cancer (inférieure de 44%) que pour la mortalité respiratoire (inférieure de 72%) ou cardio-vasculaire (inférieure de 33%)". Ces réductions de mortalité sont associées, selon l'Inserm, à une augmentation de leur durée de vie, calculée à 6,3 ans de plus que celle de la population générale.

Ces résultats n'ont en réalité rien de réellement surprenant : les sportifs de haut niveau ont généralement une hygiène de vie très saine, qu'ils maintiennent longtemps après la fin de leur carrière. L'immense majorité d'entre eux ne fume pas, réduisant mathématiquement les risques de cancer du poumon ou d'affections respiratoire. Lorsque l'on sait que la diminution d'espérance de vie des fumeurs (environ 35% de la population) est estimée à environ dix ans, le "miracle" de la longévité des cyclistes du Tour s'évanouit brutalement.

Sous-groupes

Par ailleurs, de nombreux autres facteurs distinguent le sous-groupe étudié de "la population générale" et contribuer sans mystère aucun aux 6,3 "d'espérance de vie gagnée". Ainsi, les niveaux de rémunération d'un nombre non négligeable des rois de la petite reine devraient inciter à comparer la longévité de leur groupe à celle de catégories sociales économiquement favorisées dans leur accès à certains soins.

Comparer l'espérance de vie d'une catégorie professionnelle à celle de "la population générale" consiste en outre à commettre une erreur logique courante. En effet, il conviendrait de comparer l'espérance de vie de ladite catégorie professionnelle avec celle de toutes les personnes ayant atteint l'âge moyen d'obtention du diplôme correspondant (ou de l'âge moyen d'incorporation de la branche professionnelle)… Plus on vieillit, plus l'âge auquel on est susceptible de mourir augmente, puisque l'on intègre le sous-groupe de la population "qui a déjà atteint notre âge". (1)

Les résultats les plus médiatisés de l'étude sont en fait loin d'être les plus surprenants. Les chiffres semblent en effet démontrer que le taux de décès traumatiques (accidents de la route liés à la pratique du cyclisme) des coureurs du Tour de France ne diffère pas de "la population générale masculine".

Et le dopage ?

La question brûlante derrière cette étude est surtout celle de l'impact du dopage sur l'espérance de vie des cyclistes qui ont recours aux amphétamines, stéroïdes et autres EPO. La grande difficulté est ici d'évaluer la part des coureurs du Tour ayant eu recours à ces substances, et dans quelles proportions. La nature des produits employés est également une variable difficile à isoler.

Devant le peu de données disponibles sur l'étendue réelle de ces pratiques, les chercheurs ont évalué les "effets potentiels" du dopage par la mesure des taux de mortalité sur trois périodes. Des années 1950-1960 (époque des amphétamines) aux années 1970-1980 (stéroïdes anabolisants), le taux de mortalité des coureurs du Tour n'a vraisemblablement pas changé. Mais il est malheureusement impossible de comparer avec certitude le groupe des "coureurs dopés" avec celui des "non dopés"... les données permettant de constituer les échantillons étant inexistants.

Quant à estimer la longévité à long terme des athlètes parcourant les routes de France depuis les vingt dernières années (recours fréquent à l'EPO et aux hormones de croissance, de 1991 à nos jours), les chercheurs ne disposent pas encore, par définition, du recul suffisant.

(1) Si vous lisez un jour que "les médecins vivent plus vieux que la population générale", demandez-vous plutôt si l'espérance de vie d'une personne qui vient d'obtenir son diplôme de médecine est comparable à celles de "l'ensemble de la population ayant au moins atteint 26 ans".

Source : Mortality of French participants in the Tour de France (1947–2012). Marijon E, et al. European Heart Journal. Septembre 2013