''Messmer le fascinateur'' : quand l'hypnose se donne en spectacle

Un décor de fin du monde, une musique grandiloquente... et le fascinateur apparaît, envoutant les spectateurs avec sa voix puissante. D'emblée, il explique que son spectacle n'a rien à voir avec la magie, que cela répond à des techniques connues et validées. Des techniques utilisées dans le cadre de l'hypnose mais d'une manière très différente, comme nous l'explique le Dr Benhaiem, hypnothérapeute. Questions-réponses sur une pratique qui fascine, autour du show de Messmer.

Rédigé le , mis à jour le

''Messmer le fascinateur'' : quand l'hypnose se donne en spectacle
''Messmer le fascinateur'' : quand l'hypnose se donne en spectacle
Sommaire

Le déroulement du spectacle

Quand l'hypnose fascine

Tous réceptifs à l'hypnose ?

Messmer, le fascinateur

Messmer réalise des "tests de réceptivité" afin de sélectionner une quinzaine de personnes, les plus réceptives à la fascination. Dès le deuxième test, certaines arrivent à être raides comme un piquet, à l'horizontal, tenues par les pieds et les épaules par deux personnes. Surprenant... y a-t-il un "truc" quelque part ?  "Non, répond le Dr Benhaiem, hypnothérapeute. La catatonie est typique de l'hypnose, si la personne se défait de sa volonté, elle se met dans un état d'immobilité, le regard et les bras en suspend."

Tout le spectacle repose sur l'hypnose et donc les suggestions afin de mettre la personne dans un état de conscience modifiée, une sorte d'état second. Mais le médecin n'y voit rien d'étonnant et remarque que ces suggestions sont utilisées en politique, par exemple. Hitler ou Staline avaient ainsi réussi à faire faire à des gens des choses incroyables et terribles. La publicité utilise les mêmes armes : nous avons tous les mêmes objets dans notre habitat, le même mode de vie. La religion, avec les kamikazes, ou les drogues, comme le tabac, nous conditionnent également : nous n'avons plus la liberté, nous sommes sous emprise.

Puis Messmer va faire régresser les personnes sur scène au stade de fœtus, les faire vivre comme des hommes de Cro-Magnon ou encore les faire danser sur une musique psychédélique des années 70.

"Certains personnes sont traumatisées quand elles sont montées sur scène, choquées de ce qu'elles ont fait", reproche le Dr Benhaiem.

Un avis que ne partage pas Stéphanie, qui raconte avoir vécu une expérience extraordinaire : "C'est une vive émotion de vivre quelque chose d’incroyable que l'on n'a jamais vécu, on n'est pas ridicule, c'est juste merveilleux et agréable comme sensation. On se sent bien ! C'est génial de vivre de telles aventures, d'avoir le sentiment d'être dans un rêve éveillé, de vivre des émotions à la fois réelles et fictives en même temps."

Très enthousiaste, elle enchaîne avec cette explication : "Je suis quelqu'un qui aime découvrir de nouvelles aventures et là, j'étais heureuse, dans un tel bien-être ! Mais je comprends que cela ne puisse pas plaire à tout le monde, notamment aux personnes qui sont un peu craintives, qui ont peur de perdre le contrôle."

L'avis de l'hypnothérapeute et du neurologue

"Ce serait intéressant s’il voulait bien ne pas les ridiculiser comme des marionnettes ! C'est du spectacle, mais je reproche à Messmer de jouer sur l'ambiguïté en mélangeant le vrai et la fiction, l'hypnose qui est utile sur le plan médical et la fascination qui relève du spectacle, reproche le Dr Benhaiem, hypnothérapeute. Il embrouille le spectateur, ne serait-ce qu'avec son nom puisque Messmer a découvert l'hypnose au 19ème siècle. Et il ne faut pas oublier que c'est un spectacle, destiné à amuser les gens mais aussi un show mercantile."

Le Dr Flamand-Roze, neurologue, admire quant à lui la capacité de Messmer à cibler très rapidement les sujets les plus réceptifs sur 400 personnes. Il faut en effet que l'hypnose fonctionne tout de suite sur le sujet et le fascinateur s’aide en particulier du regard du spectateur qui est très particulier.

La suggestion commence à agir bien avant le spectacle quand le spectateur se demande s'il va être hypnotisable ou commence à espérer monter sur scène. Elle se poursuit et s'amplifie tout au long du show puisqu'à la fin, lorsque Messmer essaie d'hypnotiser le public "collectivement", 10 à 20% des spectateurs se lèvent à sa demande !

Questions-réponses sur la fascination

Quelle est la différence entre fascination et hypnose ?

Les techniques utilisées dans les deux cas sont les mêmes, mais c'est le contexte qui est différent. "Le fascinateur met en place une relation de pouvoir, il veut obtenir une emprise sur la personne et une grande docilité. Il prive la personne de sa liberté, alors que dans l'hypnose, c'est l'inverse : l'hypnothérapeute libère son patient, il l'aide à trouver sa liberté par rapport à ses angoisses, son tabagisme, etc.

"La relation est fondée sur la bienveillance thérapeutique, et non la docilité", commente le Dr Jean-Marc Benhaiem, médecin hypnothérapeute. L'objectif est donc très différent : la fascination est un spectacle et l'hypnose a pour but de soulager des symptômes.

Quelles sont les différentes phases de l'hypnose ?

"Il y a deux phases dans l'hypnose : la première a pour but de troubler les sens (l'audition, la vision,…) pour induire ce que l'on appelle la confusion, décrit le Dr Benhaiem. Les suggestions utilisées pour induire cette confusion peuvent faire appel à des mots, à des visualisations."

Messmer pratique donc cette induction à l'aide de paroles, de musique, parfois de gestes. Le Dr Flamand-Roze, neurologue, explique qu'il s'agit de focaliser l'attention des spectateurs sur la voix, en l'occurrence, en enlevant les éléments susceptibles de les distraire. Les suggestions et la focalisation de l'attention sont en effet les deux leviers habituels de l'hypnose.

Lorsque Messmer veut faire sortir les gens de la fascination, on constate qu'ils ne se souviennent pas tout de suite de ce qu’ils ont fait car toutes les suggestions ne sont pas levées, ils sont encore dans la dissociation. Et c'est seulement à la demande du fascinateur qu'elles prendront conscience de ce qu'elles viennent de faire car plus aucune suggestion ne les maintient dans cet état.

"Messmer s'arrête là pour garder les spectateurs sur scène dans un état second où l'obéissance est plus facile, reprend le Dr Jean-Marc Benhaiem. C'est un état naturel, qui n'a rien de "magique", mais qui fonctionne chez certaines personnes." A l'inverse, l'hypnothérapeute va dépasser cette première étape et arriver à une seconde phase, où le travail thérapeutique commence afin que le patient se dégage de ses contraintes, où on défait des croyances ("par exemple, je suis obligée de fumer pour être bien") et on organise un autre système.

Pourquoi est-on réactif à la fascination ?

"C'est ce que l'on appelle la réceptivité. Elle dépend de plusieurs critères, d'une part la facilité à lâcher prise et d’autre part un contexte qui plaît à la personne, analyse le Dr Benhaiem. Il faut qu'elle ait envie de monter sur scène ou de retrouver une relation avec un maître qui la guide. Il faut une disposition à être sensible aux suggestions. De plus, une personne qui n'est pas réceptive dans un certain contexte peut tout à fait l'être dans un autre, s'il lui plaît et qu'elle se sent en confiance."

Quel est le pourcentage de personnes réceptives à la fascination ?

5% de la population environ sont très réceptives. Ce qui veut dire que plus il y a de monde dans une salle, plus Messmer a de chances de trouver suffisamment de personnes réceptives. Il utilise donc des tests de réceptivité afin de sélectionner les plus réceptifs et éliminer progressivement les autres. "C'est aussi une différence de taille avec l'hypnose, souligne l'hypnothérapeute : tout le monde a la possibilité d'aller mieux, l'hypnose est accessible à tous ceux qui veulent aller mieux, même s'ils sont moins réceptifs, cela prendra simplement un peu plus de temps."

 Peut-on faire faire tout ce que l'on veut à quelqu'un de réceptif à l'hypnose ?

Le Dr Benhaiem est catégorique : "Non, il y a des limites : si l'on va loin dans le manque de pudeur par exemple, une personne pudique va sortir de son hypnose. D'ailleurs, c'est ce que l'on observe au cours du spectacle, plus Messmer demande des choses ridicules, plus il perd des gens car ils ne marchent pas".

Stéphanie témoigne en effet dans ce sens : "On ne perd pas le contrôle parce que j'avais le sentiment de pouvoir revenir si j'en avais eu envie. On choisit de se laisser aller et de ne pas garder le contrôle." Quant au Dr Flamand-Roze, il est formel : "personne ne les oblige à aller sur scène ! "

Sait-on expliquer le phénomène cérébral de l'hypnose ?

L'IRM fonctionnelle a apporté quelques explications, même s'il est très difficile d'étudier le phénomène de l'hypnose.

"L'hypothèse la plus probable est que certaines régions du cerveau sont activées de façon différentielle au cours de l'hypnose, par rapport à ce qui se passe lorsque la conscience est normale, explique le Dr Flamand-Roze. Il s'agit des régions qui interviennent dans la prise de décision volontaire, dans l'attention ainsi que celle du contrôle cognitif et dans le contrôle des émotions. Elles sont principalement situées dans la partie antérieure du cerveau, le cortex préfrontal."

Le fascinateur parvient à mettre la personne en sommeil profond en 5 à 10 secondes, comment est-ce possible ?

"Il ne s'agit absolument pas d'un état de sommeil profond mais simplement de conscience modifiée, s'exclame le neurologue. Les rythmes enregistrés à l'EEG, l'électro-encéphalogramme, sont en effet différents."

La fascination peut-elle se faire à distance ? Et sur quelqu'un qui ne veut pas être "fasciné" ?

La fascination peut en effet se faire à distance, dans une grande salle. On l'observe ainsi dans le public sur certaines personnes qui ne sont pas sur scène. Mais en aucun cas, on ne peut mettre sous hypnose une personne qui ne le veut pas. Cela devrait rassurer bien des gens, pour qui l'hypnose reste un phénomène magique et potentiellement dangereux !

En savoir plus

Le spectacle :

  • Messmer
    Messmer est au Théâtre Bobino, à Paris, jusqu'au 15 janvier 2013.


Sur Allodocteurs.fr :

Livre :

  • L'hypnose ou les portes de la guérison
    Dr Jean-Marc Benhaiem
    Ed. Odile Jacob, septembre 2012