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Violences conjugales : création de centres de prise en charge pour hommes violents

Deux centres de prise en charge par région verront le jour pour accompagner et suivre psychologiquement les auteurs de violences, a annoncé hier le Premier ministre.

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Violences conjugales : création de centres de prise en charge pour hommes violents

À la suite du Grenelle sur les violences conjugales, Édouard Philippe a souligné le besoin de mieux prendre en charge les auteurs de violences. Plusieurs associations françaises ont déjà initié des ateliers, groupes de parole et accompagnements personnalisés qui leur sont destinés.

Le Premier ministre a annoncé le lancement d'un appel à projets, pour que deux centres de prise en charge des hommes violents voient le jour dans chaque région.

Reconnaître son déni

Joachim bénéficie de cette aide. Il y a 4 ans, il s’est adressé pour la premièrement fois à un psycologue. Sa femme lui avait mis entre les mains un livre sur les violences conjugales. C’est à ce moment qu’a commencé sa prise de conscience.  

Olivier Sorel, psychologue de l’Arca, l’Observatoire des violences, s’adresse à lui :

- Je me souviens vous avoir vu arriver en disant « Regardez j’ai fait ça ! Du coup je suis auteur de violences… » Qu’avez-vous ressenti à ce moment-là ? 

-  Le plus difficile ça a été d’apprendre que je lui faisais du mal, la reconnaissance… Je pensais pas que c’était à ce point-là. Le plus douloureux c’est ça, reconnaître qu’on lui fait du mal, répond Joachim.

Plus tard, le psychologue explique : « Le déni est un mécanisme de défense qui nous évite de regarder la vérité telle qu’elle est. Cela évite souvent d’avoir une image de soi très négative. « Je ne veux pas être ça donc non, Je suis forcément pas ça. » 

« J’étais énervé en permanence »

Malgré les ultimatums de sa femme, pendant plus de dix ans, la violence physique et psychologique fait partie du quotidien du couple. Il y a quelques mois son épouse a fini par quitter Joachim, après des années de souffrance.  

Aujourd’hui Joachim reconnaît qu’il pouvait être violent : « J’étais énervé en permanence. Je me levais le matin et ça allait. Mais je devenais énervé dans la journée et je me couchais énervé. Si elle rentrait et salissait le sol, ça partait tout de suite ! J’ai levé la main sur elle à plusieurs reprises… J’ai été un monstre. »   

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Apprendre à maîtriser ses émotions

Pour comprendre ses actes, il doit se replonger dans les événements douloureux de son passé. « J’ai subi des violences de la part de mes camarades d’école dans n’importe quelle année scolaire. Je pense que c’est ça qui a été déclencheur », explique-t-il.  

L'apprentissage de la maîtrise de ses émotions doit passer par des exercices concrets. Joachim doit identifier les événements qui le mettent en colère, et mesurer l’intensité de celle-ci. Le but est de trouver des stratégies pour se calmer. Il commence aujourd’hui à en voir les résultats.

M.Sorel demande :

- Auriez-vous un exemple de situation, concrètement, où vous vous êtes dit : «  J’ai plutôt pas trop mal géré » ? 

- Il y a trois ans quand on se voyait, si l’ordinateur se mettait à ne plus fonctionner, j'aurais pu le balancer sur le mur. Maintenant je mets de la musique sur les oreilles pour me calmer, répond Joachim. Je suis heureux de dire que je ne suis plus l’homme que j’ai été il y a quatre ans. J’y ai travaillé. J’ai reconnu mon déni. J’ai voulu changer.

Accepter, comprendre, changer

Le psychologue explique : « Pour aller le plus loin possible dans le parcours, il faut enlever l’étiquette d’auteur, la laisser dans le passé et se dire qu’aujourd’hui « je peux être un bon père un bon conjoint. » » 

Même si Joachim s’est beaucoup remis en question, il lui reste encore du chemin à parcourir avant de maîtriser ses pulsions. Aujourd’hui, il ne peut toujours pas envisager sereinement une relation amoureuse.  

 

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