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Recherche : une nouvelle molécule pour remplacer les antiagrégants ?

Après un infarctus ou un accident vasculaire cérébral, au moins une boîte de médicaments entre systématiquement dans la vie des patients : il s'agit des antiagrégants plaquettaires. Ils sont indispensables pour limiter le risque de formation d'un nouveau caillot. Mais les antiagrégants plaquettaires ont encore quelques inconvénients. Des chercheurs bordelais espèrent avoir découvert une molécule prometteuse.

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Recherche : une nouvelle molécule pour remplacer les antiagrégants ?

Pour éviter la récidive d'un AVC ou d'un infarctus, les patients prennent un antiagrégant plaquettaire : "L'antiagrégant va empêcher la formation au long cours des caillots, c'est-à-dire des amas de plaquettes et de fibrine qui peuvent obstruer un vaisseau. Et on sait que la prise au long cours de ces antiagrégants va diminuer le risque de refaire un infarctus du myocarde ou de refaire un AVC", explique le Pr Thierry Couffinhal, cardiologue.

Mais ces antiagrégants présentent quelques inconvénients. "L'antiagrégant parfait serait celui qui inhiberait complètement l'agrégation mais qui ne ferait pas saigner. Quand le saignement se produit au niveau des gencives, du nez ou quand il s'agit d'un bleu, ce n'est pas très grave. Mais quand le saignement se produit dans le système digestif ou dans le cerveau, c'est beaucoup plus gênant", souligne le Pr Couffinhal.

Et ce risque augmente lorsque les traitements actuels n'arrivent pas à agir à petites doses sur les toutes premières étapes de la coagulation. Normalement, les plaquettes (composants du sang) s'agglomèrent très vite pour venir cicatriser les vaisseaux avec des mécanismes multiples difficiles à freiner. "Il y a des patients à l'heure actuelle, alors qu'ils prennent bien ces traitements, qui vont tout de même refaire des infarctus ou des accidents vasculaires cérébraux. Et donc il est important de développer de nouvelles voies d'inhibition des plaquettes", affirme le Dr Chloé James du laboratoire d'hématologie du CHU de Bordeaux.

Une nouvelle voie pourrait ainsi avoir été découverte dans un laboratoire de recherche : "Nous avons travaillé sur l'apeline, qui est une petite hormone découverte en 1998 et qui a de multiples fonctions. Nous avons mis en évidence son rôle sur la plaquette. Et comme on l'a montré dans une expérience in vitro, on a observé au bout de quinze minutes une formation du caillot qui est retardée en présence d'apeline. In vivo, chez la souris, lorsqu'il y a une microlésion, on observe après trente minutes une belle formation du caillot alors qu'en présence d'apeline, le caillot est beaucoup moins grand et beaucoup plus instable", explique le Dr Siegfried du laboratoire de microenvironnement des vaisseaux à l'Inserm.

L'apeline permet ainsi pour la première fois de freiner le point de départ de l'activation des plaquettes au niveau d'un vaisseau. Un mode d'action entièrement nouveau : "Cela donne une ouverture vers un autre champ de possibilités. Mais il faut encore voir comment on peut modifier l'apeline, la stabiliser ou la rendre spécifique de la plaquette pour qu'elle puisse jouer uniquement sur la plaquette car elle a d'autres effets", note le Dr Siegfried. Il faudra donc encore quelques années avant de transformer cet espoir en nouveau médicament.