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Amiante à l'école : 13 associations réclament un « plan d’action »

Le collectif Urgence Amiante École, la FCPE, Unsa Education et plusieurs autres syndicats et associations alertent les pouvoirs publics. Plus de 80 % des écoles françaises pourraient contenir de l’amiante.

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Amiante à l'école : 13 associations réclament un « plan d’action »

La grande majorité des écoles françaises ont été construites avant 1997, date de l’interdiction de l’amiante dans les bâtiments publics. Aujourd’hui de plus en plus vétustes, les plafonds et les sols de ces établissements scolaires libèrent des fibres cancérogènes. Treize associations alertent les pouvoirs publics dans une tribune publiée dans le journal Libération, le 26 novembre 2019. 

« Maintenant on est dans une zone rouge » 

Pour Alain Bobbio, secrétaire général de l’Andeva, la France atteint une situation critique : « L’amiante est un matériau qui vieillit mal. Donc en vieillissant il libère des fibres et se dégrade. C’est à ce moment-là que c’est dangereux. Et vous avez malheureusement des établissements qui ont été construits dans les années 60, 70, c’est-à-dire à l’époque du « tout-amiante ». On en mettait absolument partout. Et bien, de nombreuses décennies ont passés et maintenant on est dans la zone rouge. » 

Les élèves, les agents de services et les professeurs sont particulièrement exposés à cette fibre cancérogène. Selon une enquête de Santé Publique France, chaque année, entre 20 et 60 enseignants sont touchés par un cancer de la plèvre, dit aussi mésothéliome. Cette maladie est très spécifique à l’amiante.

Le mésothéliome, le cancer de l'amiante

L’amiante peut aussi provoquer des fibroses pulmonaires et des cancers du poumon mais en cas de mésothéliome, les pronostics sont particulièrement mauvais. Moins de 5% des patients sont encore en vie 5 ans après la découverte de leur maladie. En France chaque année, 1000 cancers de la plèvre sont diagnostiqués. 

« On considère que le mésothéliome est une maladie qui pose un problème de santé publique puisqu’il est lié à une exposition à l’amiante qui est professionnelle dans la plupart des cas, explique le Dr Nicolas Girard, pneumo-oncologue à l’Institut du thorax Curie Montsouris. « Les patients qu’on interroge nous disent : « bah oui quand je travaillais je découpais des plaques d’amiante » ou « j’étais exposé à la poussière d’amiante, je travaillais dans une mine d’amiante  ». Mais il y a des patients, qui représentent peut être un quart des patients, pour lesquels on ne va pas identifier ce type de facteurs complètement évidents. »  

Les enseignants soumis à une exposition passive

C’est exactement le cas des enseignants soumis à une exposition passive à l’amiante. Daniel était l’un d’entre eux. Il est décédé en septembre 2016, quatre ans après que les médecins lui aient diagnostiqué un mésothéliome. Il a donné des cours de dessins techniques dans une école publique pendant plusieurs années et a même été exposé de manière très forte. 

« Durant les vacances d’été 1995, il y avait eu des travaux de désamiantage dans l’établissement. Quand Daniel est arrivé dans sa classe il y avait une épaisse couche de poussière partout, sur les bureaux, le sol, les chaises », raconte Monique, son épouse. « Pour Daniel il n’était pas question de recevoir ses élèves dans des conditions pareilles. Donc il est allé chercher des chiffons, un balai, des éponges et il a tout nettoyé. Il a nettoyé toute sa classe. C’est-à-dire qu’il a soulevé de la poussière d’amiante qu’il a inhalé et là, il a été très exposé à l’amiante. » 

Des DTA manquants dans 30% des écoles maternelles et primaires

Son histoire n’est pas unique. Pour éviter que cela se reproduise, des enseignants ont fondé le collectif Urgence Amiante École. Depuis un an, les enseignants se mobilisent. Un collectif cherche et collecte les fameux DTA, les dossiers technique amiante, qui localisent les matériaux toxiques. Pourtant obligatoire, ce document manque à l’appel dans 30% des écoles maternelles et primaires. 

Les revendications du collectif sont claires : « La première est de mettre en ligne tous les DTA dans les établissements scolaires en France, de créer une base de données et de la rendre publique », explique Cyril Verlingue, le président du collectif.

L’enseignant insiste sur la nécessité de former les agents et les personnels de maintenance et de nettoyage à l’amiante car c’est aujourd’hui peu le cas.

Enfin Urgence Amiante École demande « un désamiantage des établissements qui soit raisonné, construit dans le temps en fonction de la dangerosité des établissements. »  

Face à ces revendications, le gouvernement a annoncé la création d’une cellule sur le bâti scolaire pour gérer ces établissements. Sidi Soilmia, ancien directeur du patrimoine et de la maintenance au conseil régional d’Île-de-France, a été nommé à la tête de cette nouvelle instance. Pour l’instant, ni plan d’action ni budget n’ont été établis.  

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