Recherche médicale : quelles alternatives aux modèles animaux ?

L’expérimentation animale fait débat dans la société et au sein même de la communauté scientifique. Mais quelles solutions existent pour se passer des animaux ?

Adélie Floch
Rédigé le
Peut-on se passer d'expérimentation animale ?  —  Magazine de la Santé

Souris, poissons, singes ou même chiens : l’expérimentation animale est le fait de mener des recherches, notamment de tester des médicaments, sur ces animaux.

Mais l’Europe a de nouveau réaffirmé sa volonté d'accélérer l’accès aux méthodes alternatives.

Dans le laboratoire de l'Institut Clinique de la Souris, il y a jusqu’à 12.000 souris. Elles sont l’outil de travail des scientifiques. Génétiquement modifiées, elles aident les chercheurs à mieux comprendre les maladies humaines.  

Peut-on se passer des modèles animaux ?

"Celles-ci sont des modèles de souris utilisées pour la recherche sur la trisomie 21. On en a pour l’autisme, l’obésité, le diabète ou encore pour des maladies chroniques", explique Yann Hérault, directeur de recherche à l'institut clinique de la souris.  

Par exemple, les scientifiques cherchent à mieux comprendre les interactions sociales chez les sujets autistes.  

"On va comparer des souris mutantes qui sont des modèles d’autisme avec des sujets contrôles, de manière à voir s'il y a des différences dans les interactions qu’elles vont avoir les unes avec les autres", explique Nicolas Troquet, ingénieur de recherche à l'institut clinique de la souris.  

Pour cette étude, il est impossible de se passer de l’animal selon les chercheurs. "Ces souris servent parce qu’on n'a pas d’autres moyens d’étudier les interactions sociales entre individus. Cela va nous permettre de comprendre quels sont les changements au niveau du fonctionnement neuronal dans le cerveau de ces animaux et peut-être dans le futur d’avoir des médicaments qui viendront contrebalancer ces effets de déficit d’interaction sociale", commente Yann Hérault.

Remplacer les animaux par des organes miniatures

Des médicaments pour l'humain donc, mais imaginés et testés sur des animaux. Qu'il s'agisse de partis politiques, d'associations ou de citoyens, nombreux sont ceux qui aimeraient voir disparaître ces pratiques. Mais comment faire autrement ?  


Dans le laboratoire CNRS Immunologie, Immunopathologie et Chimie Thérapeutique (I2CT), une éventuelle alternative à l’expérimentation animale est développée : les organoïdes, sortes d’organes miniatures obtenus à partir de vraies cellules humaines. 

"On est sur la culture d’un type d’organoïdes, de la peau reconstruite", explique Vincent Flacher, chercheur immunologiste au laboratoire CNRS I2CT.    

Cette peau a toutes les caractéristiques d’une peau humaine. C’est donc un support extrêmement prometteur pour étudier des maladies et tester des médicaments. 

"Les organoïdes peuvent permettre d’être plus fidèles à l’organisme humain et donc d'être plus prédictifs de l’efficacité d’une molécule thérapeutique. Si au stade pré-clinique, on arrivait à complémenter les modèles animaux avec des modèles humains plus pertinents physiologiquement, on aurait peut-être un taux d’échec qui diminue et on ferait l’économie d’animaux en laboratoire", confie Vincent Flacher.   

Imiter au maximum l’organisme humain

Les organoïdes présentent encore une limite majeure, celle d’être des organes isolés comme la peau, le foie ou l’intestin. Les chercheurs travaillent pour les connecter et se rapprocher le plus possible de l’organisme humain.

Une voie qu’il faut encourager de toute urgence, selon l'association Pro Anima, opposée à l’expérimentation animale. 

"Pour aller au-delà, il faudrait vraiment un financement important qui soit au moins équivalent à celui alloué à la recherche animale par exemple. C’est très urgent de faire mieux et autrement", commente Christiane Laupie-Koechlin, secrétaire générale du comité scientifique Pro Anima. Chaque année en France, environ deux millions d'animaux sont utilisés à des fins scientifiques.

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