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Quelques syndromes psychiatriques étonnants...

Le cerveau, cet organe encore mal connu, continue de nous surprendre... En témoignent certains syndromes qui l'affectent, aussi inhabituels que rares. Illusion de voir son sosie, sentiment d'être déjà mort, sensation que sa main n'est pas la sienne, ou découverte d'une ville qui se termine chez le psychiatre, voici quelques syndromes pour le moins étonnants.

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Quelques syndromes psychiatriques étonnants...
Photo : Wikimedia Commons - Illustration d'origine (1865), par John Tenniel (28 février 1820 – 25 février 1914), du roman de Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles.

Dans le syndrome de Capgras, ou illusion des sosies, le patient est persuadé qu'un proche (partenaire ou membre de la famille), est remplacé par un double qui lui ressemble parfaitement : il pense qu'il s'agit de son propre sosie. Ce trouble délirant de l'identification se rencontre chez les schizophrènes, mais aussi chez certains patients souffrant de démence, d'épilepsie ou après un traumatisme crânien.

Le syndrome de Fregoli est l'inverse du trouble précédent : la personne pense que ses proches sont un seul et même imposteur qui se déguise en ses proches pour le tromper.

Dans le syndrome de Cotard, le malade est persuadé être déjà mort ou ne pas exister. Il vit son corps comme putréfié ou exempt de sang et de ses organes... Alors que le syndrome survient chez certains schizophrènes ou en cas de dépression, le patient consulte pourtant très rarement un professionnel de santé  puisqu' il est persuadé d'être incurable.

Le syndrome de la main étrangère porte bien son nom : dans ce cas, le patient est persuadé que sa main n'appartient pas à son corps et qu'elle mène une vie autonome, soumise à une volonté extérieure, un esprit. La main s'agite et se rebelle en comparaison à la main non touchée par ce trouble connu également sous le nom de syndrome du Dr Folamour. Un accident vasculaire peut en être la cause, tout comme des lésions situées dans certaines régions du cerveau.

Alice au pays des merveilles n'est pas seulement un livre onirique, mais également un trouble survenant chez certains migraineux : les objets sont perçus comme plus petits ou plus gros que dans la réalité, une perception de la vitesse est anormale, et surtout le patient perçoit son corps comme déformé, avec des membres qui s'allongent. De quoi paniquer lorsque ces hallucinations sont répétées... Les causes de ce syndrome sont variées : infection par le virus Epstein-Barr, prise de substances psychoactives, et plus rarement cancer du cerveau.

En cas de syndrome de Diogène, le patient néglige son hygiène, il accumule les déchets sans honte et vit dans un isolement social important. Ce trouble du comportement le pousse à vivre dans des conditions effarantes de négligence et survient en général chez des personnes âgées atteintes de démence. Pour la petite histoire, Diogène était un philosophe grec qui prônait de vivre simplement, en accord avec la nature : il ne méritait certainement pas d'hériter de ce syndrome puisqu'il ne bannissait ni les interactions sociales ni l'hygiène.

L'apotemnophilie pousse celui qui en souffre à réclamer une amputation de l'un de ses membres, ou plusieurs, sans raison médicale avérée. Il s'inflige même des blessures graves pour pousser un chirurgien à l'opérer et à l'extrême, tente de couper le membre lui-même (et se montre ravi de son intervention lorsqu'elle est couronnée de "succès"). Ce trouble serait provoqué par de graves lésions au niveau pariétal du cerveau. La prise en charge se révèle très compliquée puisque le patient refuse les soins.

Toujours dans le cadre des amputations, l'acrotomophilie définit un  trouble du comportement sexuel : l'attirance sexuelle pour les personnes amputées, ce qui peut relever d'un abus lorsque celles-ci sont vulnérables.

Des villes dangereuses…

Certaines villes ne sont pas sans danger pour la santé mentale... Ainsi Jérusalem réserve-t-elle des surprises, et non des moindres : idées obsessionnelles, bouffées délirantes ou psychose peuvent survenir au cours de la visite et définissent le syndrome de Jérusalem. Il serait provoqué par l'exacerbation du sentiment religieux en visitant les lieux saints de la ville israélienne. Il est généralement transitoire, les symptômes s'estompant en quelques semaines en s'éloignant de la ville... Il concernerait des personnes fragiles, souffrant d'un mal-être avant leur venue à Jérusalem ou celles aux antécédents psychiatriques.

Les Japonais rêvent de Paris paraît-il... A tel point que la déception en découvrant la ville peut causer une dépression sévère ! Le décalage entre l'image idéalisée et la réalité parisienne est parfois à l'origine d'une forte anxiété, d'états délirants, d'hallucinations, de la perte du sens de la réalité. Parmi les 6 millions de Japonais visitant notre capitale, une dizaine serait concernée par le syndrome de Paris et peut bénéficier d'une prise en charge adaptée à la consultation spécialement créée à l'hôpital psychiatrique de Sainte-Anne.

Le syndrome de Stockholm a émergé dans les années 1970, à la suite d'un hold-up dans la capitale suédoise. Le braquage s'était doublé d'une prise d'otages et les victimes avaient présenté un attachement paradoxal, un sentiment de loyauté, de sympathie ou de respect vis-à-vis de leurs agresseurs. Les victimes de violences conjugales ou sexuelles souffrent parfois de ce syndrome.

A l'opposé, dans le syndrome de Lima, ce sont les preneurs d'otage qui se prennent de sympathie pour leurs victimes et ressentent de l'empathie. Ce nom provient d'une prise d'otages qui eut lieu en 1996 à Lima, la capitale du Pérou : au bout de quelques jours, les otages furent libérés, y compris ceux qui avaient la valeur la plus précieuse, comme le président péruvien.

Le syndrome de Florence, connu également sous le nom de syndrome de Stendhal, traduit une grande anxiété associée à une crise de panique, une confusion et même une dissociation mentale ou des hallucinations. En cause, un émerveillement excessif devant le foisonnement d'oeuvres d'art… Stendhal l'aurait expérimenté lors de sa visite dans la ville italienne au 19ème siècle. Un soutien psychologique peut être nécessaire.