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Covid : "la France se situe à un niveau inquiétant"

Le niveau de circulation du coronavirus et l’échec du dispositif de quatorzaine inquiètent le conseil scientifique. Selon ce dernier, le gouvernement devra prendre des "décisions difficiles" dans les prochains jours.

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Image d'illustration. Dans de nombreuses villes comme ici à Paris, le port du masque est obligatoire dans tous l'espace public. Crédits Photo : © Shutterstock / MikeDotta

Le gouvernement "va être obligé de prendre un certain nombre de décisions difficiles" pour ralentir l'épidémie de covid,"dans les huit à dix jours maximum". C’est ce qu’a estimé mercredi 9 septembre le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy au cours d'une conférence de presse en ligne.
"La France se situe à un niveau maintenant qui est inquiétant, qui n'est pas celui de l'Espagne mais qui n'est pas loin, avec un décalage peut-être d'une quinzaine de jours et qui est beaucoup plus sévère que celui de l'Italie", observe le professeur Delfraissy.

"Augmentation exponentielle"

"On peut être faussement rassuré" parce que l'augmentation de la circulation du virus a "peu de retentissement actuel" sur le système de soins, mais il peut y avoir "une augmentation très rapide, exponentielle, dans un deuxième temps", averti le spécialiste, pointant "en particulier" la situation en Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA).

Et le "contraste" entre une forte augmentation de la circulation du virus et des services hospitaliers loin de la saturation "fait que les décisions sont difficiles à prendre", reconnaît le président du conseil scientifique, chargé de conseiller l'exécutif dans sa gestion de l'épidémie.

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Un risque de tension en réanimation

De plus, certaines modélisations mathématiques "montrent qu'on pourrait, dans certaines régions de France et en particulier en PACA, se trouver en situation difficile dans l'offre de soins en termes de lits de réanimation dans les semaines qui viennent", ajoute Jean-François Delfraissy.

Aussi, "un certain nombre de mesures seront à prendre et à décider dans les huit à dix jours maximum, compte tenu du délai ensuite du retentissement de ces mesures", juge le professeur. Car "toute décision qui serait prise actuellement n'aura un bénéfice potentiel" sur la situation sanitaire "que dans 15 jours", explique-t-il.

Renforcer la protection des plus vulnérables

De quelles mesures pourrait-il s’agir ? Le professeur Delfraissy évoque notamment un renforcement de la protection des personnes âgées ou présentant un facteur de risque (diabète, obésité, maladies respiratoires...) afin de "créer une sorte de bulle autour de ces personnes".

Pour le reste de la population, "il faut que la France recommence à vivre", mais en étant "très actif sur la stratégie de tester/tracer/isoler", ajoute-t-il, constatant que ce triptyque laissait encore trop à désirer.

Le Conseil scientifique a en effet dressé un "constat d'échec" du dispositif de quatorzaine pour lutter contre le covid-19 et recommande plus largement de "réviser la stratégie française" à ce sujet.

L'isolement trop peu respecté

"Aujourd'hui peu de gens s'isolent" et cela "fragilise notre capacité à maîtriser les chaînes de contamination" du coronavirus, regrette de son côté Laëtitia Atlani, anthropologue et membre du Conseil scientifique, au cours de la conférence de presse en ligne.

Cette instance a émis un avis favorable au raccourcissement de la période d’isolement des personnes contaminées et des cas contact de 14 à sept jours. Une décision qui doit être entérinée vendredi 11 septembre au cours d'un conseil de défense.

Mais dans son avis, le conseil scientifique estime toutefois qu'il faudra plus que le simple raccourcissement de la quatorzaine pour mieux la faire accepter. Parmi les constats d’échec, Laëtitia Atlani, évoque "une augmentation du refus et du non-respect des mesures d'isolement", en particulier chez les patients asymptomatiques, qui s’explique par des "pressions liées à l'emploi", "le refus d'un dispositif contraignant" ou encore la "crainte d'une ingérence des services de l'État dans la vie privée".

Le Conseil scientifique déplore aussi un manque de communication auprès du grand public sur les critères exacts de l'isolement et sur ses modalités.

Vers des mesures plus contraignantes ?

Si la situation sanitaire l’exigeait, les autorités pourraient envisager de passer à des "mesures contraignantes" dans certaines régions pour la période d'isolement des malades et cas contacts, estime le professeur Delfraissy, même si ce n'est pas la voie privilégiée pour l'instant par le Conseil scientifique.

En revanche, "les mesures de type fermeture des bars" ou interdiction "des grandes manifestations, ce n'est pas ça qui résoudra le problème", juge-t-il enfin.

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