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Image d'illustration. Crédits Photo : © Shutterstock / Photoroyalty

Pourquoi la hausse des cas de covid n’entraîne-t-elle pas un afflux dans les hôpitaux ?

Des milliers de nouveaux cas de covid sont enregistrés chaque jour, pourtant le nombre d’hospitalisations ou de décès n’augmente pas. En cause : des patients jeunes et un dépistage assez efficace pour casser les chaînes de transmission.

Laurène Levy
Rédigé le , mis à jour le

5.429 cas positifs en 24h. Les chiffres du covid-19 révélés le 26 août au soir par Santé publique France atteignent des niveaux qui n’avaient pas été enregistrés depuis le mois d’avril. Mais pour le moment, il n’y a pas d’augmentation notable du nombre de patients hospitalisés, de patients en réanimation ni de décès.

Comment expliquer cela ? Une des premières pistes serait celle d’un virus moins virulent, qui contaminerait toujours mais causerait moins de formes graves. Peu probable, selon les experts, comme l’expliquait le 24 août sur France Inter, la professeure Karine Lacombe, cheffe du service maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine à Paris : "l’histoire d’un virus qui serait moins transmissible ou moins grave est une histoire totalement construite (…) Il n’a pas perdu de virulence, on verra ce qu’il en est dans les semaines à venir."

Avril et fin août, aucun rapport ?

Le virus n’est donc pour l’heure pas moins virulent, contamine plusieurs milliers de personnes par jour, mais les hôpitaux comptent 4.600 patients contre environ 30.000 au mois d’avril. Alors peut-on vraiment faire un parallèle entre les mois d’août et d’avril ? Comparer ces chiffres serait "aberrant" pour le docteur Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches.

Déjà parce que ces chiffres varient extrêmement d’un jour à l’autre. Ensuite, parce que plus de 700.000 tests PCR sont réalisés chaque semaine en août, contre moins de 200.000 en avril. Il serait donc préférable de comparer le taux de positivité des tests : 5% en août, soit plus qu’en juin (1%) mais bien moins qu’en avril (50%).

Enfin, parce qu’il faudrait savoir comme les interpréter alors qu’"on ne sait pas à partir de combien de cas par jour on risque de créer une « deuxième vague »" reconnaît le médecin.

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Des cas principalement jeunes et asymptomatiques

Autre explication : le profil des personnes testées aujourd’hui n’est pas du tout le même qu’au printemps. Actuellement, les tests identifient les cas asymptomatiques, principalement des personnes jeunes. A l'inverse, aux mois de mars-avril, les tests encore peu nombreux étaient réservés aux formes graves.

Les nouveaux cas dépistés sont donc le plus souvent "des jeunes actifs qui reviennent de vacances, où ils ont été à des fêtes, à des mariages" qui se font tester avant de retourner travailler ou de voir leur famille.

Asymptomatiques mais dépistés, ces patients "vont se masquer, faire attention, être en arrêt de travail et vont alors éviter de contaminer des personnes plus vulnérables qui auraient dû être hospitalisées", selon le docteur Davido.

"Une démarche de médecine préventive"

Cette "pédagogie du dépistage" fonctionne, et elle est même "très rentable", d’où un scénario actuel plutôt favorable. Les médecins sont en effet capables d’identifier les cas asymptomatiques et donc "d’agir tôt pour casser les chaînes de transmission".

"Nous sommes quasiment dans une démarche de médecine préventive qui nous avait cruellement manqué au début de l’épidémie" se félicite le docteur Davido. Si ce scénario se poursuit, l’infectiologue espère même que le nombre de nouveaux cas diminue autour du 15 septembre, lorsque tous les vacanciers seront rentrés chez eux.

Une amélioration considérable de la prise en charge

Dernier point, qui contribue à expliquer le chiffre stable des décès : les connaissances sur la prise en charge de la maladie se sont considérablement améliorées en l’espace de quelques mois. "On sait maintenant quels sont les traitements efficaces ou non et on ne gère plus du tout les malades de la même façon qu’au début de la crise", témoigne l’infectiologue.

Pour lui, tous les outils sont donc aujourd’hui en théorie réunis pour que la saturation du système hospitalier comme les professionnels l’ont vécue en mars-avril ne se reproduise pas, "tant qu’on est capable de dépister et de se masquer".