Règles : comment en parler au collège pour briser le tabou qui les entoure ?

Les règles concernent la moitié de la population mondiale et pourtant certaines femmes n’osent pas, ou sont encore gênées d’en parler. Les ados les voient-ils encore comme un tabou ? Reportage dans un collège avec une association

Margot Zaparucha
Rédigé le , mis à jour le

Pour déconstruire le tabou des règles, des élèves de cinquième, filles et garçons, vont passer l’après-midi avec l’association Règles Elémentaires. L'objectif est que tout le monde se sente concerné par les règles. 

"J'ai mes règles". J’ai mes ragnagna", j"’ai mes trucs"...  "Avoir le clown qui saigne du nez, les chutes du niagara, c’est la semaine du ketchup", on dit cela en Finlande."Arsenal joue à domicile", Arsenal a des maillots rouges. Vous pouvez voir qu’il y a vraiment beaucoup d’expressions pour désigner les règles, et que finalement très rarement on va dire “j’ai mes règles”, explique Clara Vié, association Règles Elémentaires.

Un tabou également sur les réseaux sociaux

Ce tabou chez les adolescents se retrouve aussi sur les réseaux sociaux. Une influenceuse, qui s’est volontairement prise en photo tâchée par le sang de ses règles, a vu sa publication censurée par la plateforme Instagram.  

 "Instagram a dit que ça ne respectait pas les règles de la communauté parce qu’il y avait du sang, alors qu’on est d’accord que vous regardez très souvent des films dans lesquels il y a du sang quand même, c’est très présent" explique Clara Vié, association Règles Elémentaires.


C'est grâce aux règles qu’on est tous et toutes là aujourd’hui, c’est ce qui permet d’avoir des enfants donc c’est totalement normal et c’est naturel".  

Une gynécologue engagée

Sous un pseudonyme, Juju la gygy, gynécologue tord le cou aux idées reçues sur les règles. Dans son livre le "Guide gynéco joyeux et décomplexé" elle défait à coup de dessins les clichés qui peuvent avoir de graves conséquences sur la santé des femmes :

"Il a longtemps été admis de dire à une femme qui a mal au ventre pendant ses règles que c’est normal, que c’est la vie, c’est comme ça, qu'il ne faut pas se plaindre sinon c’est qu’on est une douillette. Non ce n’est pas vrai, les règles ça peut faire un petit peu mal mais ce n’est pas censé vous tordre de douleur et vous empêcher d’aller à l’école. 

Alors si on ne parle pas des règles, on peut par exemple passer à côté d’une endométriose. L'endométriose est une maladie dont on parle de plus en plus, qui touche près de 10% des femmes, et qui se manifeste principalement par des douleurs au moment des règles. Si on ne parle pas de ses règles, si c’est complètement tabou et qu’on n'ose pas, on peut rester avec sa souffrance et ne pas être soignée". 

La pédagogie est le maître mot, que cela soit sur les réseaux sociaux, dans une BD ou au collège. C'est ainsi que le tabou des règles tombe peu à peu.

Implication des garçons

"Pour que le tabou soit brisé et qu’ils en parlent entre eux, il est important que les garçons soient aussi mis au milieu de tout ça, qu’ils en parlent ensuite  plus librement ajoute Clara Vié. Qu’il n'y ait pas de moquerie et que la parole soit vraiment libérée sur le sujet". 

A la fin de l’intervention, les garçons se sentent un peu plus concernés et acceptent même de répondre. 
Dans ce collège, l’ensemble des élèves a voté pour installer des distributeurs gratuits de protections hygiéniques.