Covid et santé mentale des enfants : "Les signaux d'alerte sont difficiles à repérer"

Santé publique France lance une étude pour évaluer l’effet de l'épidémie sur la santé mentale des 3-11 ans. Une initiative qui permettra de "mettre en lumière les difficultés" des plus jeunes, selon la pédopsychiatre Marie-Rose Moro.

Mathis Thomas
Rédigé le , mis à jour le
Covid et santé mentale des enfants : "Les signaux d'alerte sont difficiles à repérer"
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On connaissait les effets de la crise du Covid-19 sur la santé mentale des adultes, grâce à plusieurs études. Pour la première fois à l’échelle nationale, une vaste enquête va se pencher sur les conséquences de la pandémie de Covid-19 sur le bien-être des jeunes enfants. Lancée ce lundi 2 mai par Santé publique France, cette étude baptisée Enabee, suivra 30 000 enfants scolarisés de la petite section de maternelle au CM2, pour avoir une idée "globale" de la santé mentale des enfants de moins de 11 ans.

"Une excellente initiative", pour la Professeure Marie-Rose Moro, pédopsychiatre à l'hôpital Avicenne à Bobigny (Seine-Saint-Denis), qui permettra d'obtenir une "photographie plus précise de la santé mentale des jeunes enfants".

Vue d'ensemble sur la "génération Covid"

L’objectif est de mesurer “la prévalence des différentes difficultés émotionnelles rencontrées (troubles de l’humeur, anxiété, phobies, émotions, troubles de l’apprentissage)” par les enfants, selon Santé publique France, qui supervisera l’étude. Par ailleurs, l'enquête vise à fournir “une vue d’ensemble sur l’état de santé”, de cette “génération Covid”.

"On s'est longtemps focalisé, et à juste titre, sur la santé mentale des adolescents et des pré-adolescents durant la crise du Covid-19", souligne la Pre Moro. "Aujourd'hui, il est important de mettre en lumière les problématiques liées aux difficultés éprouvées par les jeunes enfants, à l'école comme à la maison."

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Manque de signalements

Car les signes de mal-être peuvent être moins visibles chez les 3-11 ans. "Les signaux d'alerte sont moins impressionnants que chez les adolescents ou les pré-adolescents", précise la pédopsychiatre. "Ils sont donc plus difficiles à repérer, et les parents ou les professeurs peuvent avoir du mal à signaler des comportements anormaux, en particulier si la situation sociale de l'enfant est favorable."

Les signes qui peuvent alerter sur un mal-être sont multiples. "Il n'y a pas de symptômes prédéfinis", souligne Marie-Rose Moro. "Si l'enfant a des problèmes de développement, des troubles du sommeil ou de l'attention, il peut être judicieux de le surveiller attentivement."

Enquête anonyme

Des écoles ont été tirées au sort pour participer à cette vaste étude, qui se déroulera de mai à juin 2022. “Afin d’évaluer le plus exhaustivement possible” la santé mentale des enfants, des questionnaires spécifiques seront distribués “à la fois aux enfants, aux parents et aux enseignants”. Les résultats resteront anonymes, aucun suivi ne sera donc effectué auprès des enfants. 

Phobies scolaires, dépressions, troubles de l’apprentissage… De nombreux enfants et adolescents ont subi des épisodes de troubles anxieux depuis le début de la crise du Covid-19. Interrogée par Allodocteurs.fr en plein confinement, en avril 2021, la psychiatre Aurélia Schneider indiquait que “les urgences pédiatriques ont été saturées de préadolescents et d'adolescents qui faisaient des crises suicidaires” durant la crise du Covid-19. 

Confinement : des conséquences sur la santé des enfants  —  Le Magazine de la Santé - France 5