Cancer du sein : bientôt un traitement pour la moitié des patientes ?

Un médicament permet d'allonger la durée de vie de 6 mois des patientes en échec de traitement. À long terme, il pourrait s'adresser à la moitié des femmes atteintes d'un cancer du sein.

Muriel Kaiser
Rédigé le
Cancer du sein : bientôt un traitement pour la moitié des patientes ?
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Les scientifiques saluent un “sacré pas” dans l’avancée des traitements pour le cancer du sein. Dimanche 5 juin, une étude internationale, publiée dans The New England Journal of Medicine, a été présentée lors du Congrès du cancer à Chicago. Elle montre que le Trastuzumab deruxtecan, un traitement utilisé jusqu’à présent pour le cancer du sein métastatique HER2+, est aussi efficace pour d’autres types de cancers. 

Un allongement de la durée de vie de 6 mois

L’étude a été menée pendant trois ans sur 557 patientes en échec de traitement. Le groupe a été divisé en deux : certaines patientes ont reçu une chimiothérapie classique et d'autres, le Trastuzumab deruxtecan. 

Le Pr Jean-Yves Pierga, chef du département d’oncologie de l’Institut Curie, co-auteur de l'étude, explique : "On a administré un médicament réservé jusqu’ici aux patientes dont les cellules cancéreuses comportent une forte présence de protéine HER2"

Administré par perfusion, le médicament comporte des anticorps conjugués - "des anticorps auxquels on accroche de la chimiothérapie en toute petite quantité", précise Jean-Yves Pierga. Et ce procédé s'est révélé efficace. Alors que l'espérance de vie des patientes recevant la chimiothérapie est estimée à 18 mois, celles qui ont reçu le médicament ont vécu 6 mois de plus.

Un "pari" réussi

"Comme la cible - protéine HER2 - est présente en faible quantité chez ces patientes, on aurait pu penser que le traitement ne serait pas efficace. Mais le Trastuzumab deruxtecan a tout de même atteint les cellules malades". À cela s’ajoute un effet "bystander"  : "les cellules à proximité de la cellule qui reçoit le produit en bénéficient également, ce qui rend l’action plus large", estime-t-il.   

"C’était un pari", poursuit Jean-Yves Pierga. Un pari réussi, qui apporte de nouvelles connaissances au monde médical. "Cela change tout d’abord notre vision du cancer du sein. Nous avons des catégories distinctes : HER2+ – qui représente environ 15% des cancers du sein – et les autres, HER2-, dont on considérait que les patientes atteintes ne pouvaient pas bénéficier des médicaments spécifiques pour le cancer HER2+", explique le scientifique.

Un espoir pour les patientes

Cette nouvelle découverte permet à d’autres patientes de bientôt pouvoir bénéficier du traitement, car seules 2 000 à 3 000 femmes présentent un fort taux de protéine HER2. "Pour l’instant, il s’agit des patientes présentant des métastases à un stade très avancé". Objectif : l'administrer aux patientes à un stade métastatique précoce. Des études sont en cours dans ce but. Ensuite, les professionnels espèrent progressivement pouvoir généraliser le médicament "pour prévenir les métastases de manière plus efficace".   

À terme, ce sont donc des dizaines de milliers de femmes qui pourraient être concernées par ce nouveau traitement. Pour rappel, chaque année, près de 60 000 Françaises sont diagnostiquées d’un cancer du sein.    

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