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L'élevage intensif, une menace pour notre santé ?

Si l'élevage intensif suscite le débat sur le respect du bien-être de l'animal, les conséquences de ce type d'élevage sur la santé humaine inquiètent aussi de plus en plus les consommateurs. Les explications avec Farah Kesri, vétérinaire éthologue.

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"Poulet : l'élevage intensif et ses dégâts...", chronique de Farah Kesri, vétérinaire éthologue, du 25 février 2019 - Crédit photo : ©The Pink Chicken Project/nonhuman nonsense collective

Des poulets roses pour lancer une alerte rouge sur les risques liés à l'alimentation moderne... Telle est l'idée de bio-ingénieurs suédois qui veulent inonder le marché de la volaille avec un poulet rose fluo, c'est le Pink Chicken Project. Leur stratégie est de créer ces volailles colorées à partir d'une technique de forçage génétique, c'est-à-dire d'introduire dans l'ADN des poules un gène qui produit un pigment rendra les plumes et les os roses fluo.

Ce gène provient d'un insecte : la cochenille. Elle synthétise l'acide carminique, le carmin, utilisé comme colorant alimentaire. Selon leur hypothèse, une seule poule modifiée suffit à répandre le gène rose dans toute la population en seulement 12 à 19 générations.

Un poulet rose pour sensibiliser aux problématiques environnementales

Derrière ce projet, se cache avant tout une démarche de sensibilisation du grand public. Les bio-ingénieurs cherchent à attirer l'attention sur les conséquences de nos actes sur l'environnement. Selon les spécialistes, si on regarde l'échelle géologique, les activités humaines ont altéré profondément la Terre, à tel point que nous avons créé une nouvelle ère, une nouvelle époque géologique, l'Anthropocène, c'est-à-dire l'ère de l'homme.

Notre impact est si fort qu'il laisse des traces dans les couches géologiques, des traces de pollution comme les déchets plastiques, les résidus chimiques et nucléaires mais aussi surprenant que cela puisse paraître, il y aura aussi des os de poulet qui seront fossilisés. Autrement dit, nous sommes en train de signer notre époque géologique par notre consommation de volailles. Les générations futures risquent de nous surnommer le "Peuple du poulet". Et pour en prendre conscience, on retrouve dans le Pink chicken project des images de fossilisation de squelettes roses et de strates et de cuisses de poulet rose.

Le "Peuple du poulet"

La consommation mondiale est estimée à 60 milliards de poulets par an. En Europe, elle s'élève à 7 milliards de poulets par an. Et en France, environ 800 millions de poulets sont consommés par an. Les trois quarts sont issus de l'élevage intensif.

Comme pour d'autres animaux d'élevage, nous avons créé des espèces de poulets pour avoir soit des oeufs, soit de la chair (les poules pondeuses et les poulets de chair). Et pour avoir plus de chair, on a modifié les gènes et créé des souches de poulets à croissance rapide. Le poulet de chair d'aujourd’hui n'a plus rien à voir avec celui des années 50.

Le poulet de chair actuel croît beaucoup plus rapidement et atteint son poids d'abattage en moins de six semaines. Normalement, il devrait prendre 25 grammes par jour alors qu'il prend 100 grammes par jour actuellement. Il atteint les 2 kg en 40 jours, alors qu'il en fallait 120 jours dans les années 1950. Les poulets sont quatre fois plus gros.

Des conséquences sur la santé animale et humaine

Cette course à la croissance a des effets sur la santé et le bien-être des animaux. Même si les os des poulets se sont peu à peu élargis et allongés, ce n'est pas assez pour supporter l'excès de poids dû au développement de la chair du poulet. Et on observe souvent dans les élevages intensifs, des pattes qui fléchissent sous le poids du corps. Cela engendre des boiteries... Les animaux souffrent aussi de troubles cardiaques avec des syndromes de mort subite.

Les animaux d'élevage intensif vivent aussi dans des espaces limités. On recense environ 16-21 poulets par mètre carré. Ils ne peuvent pas exprimer les comportements normaux de leurs espèces. Ils sont en souffrance physique et psychique. Et pour notre santé, ce type d'élevage a aussi des conséquences. Les animaux sont stressés et traités avec des médicaments (anti-inflammatoires, antibiotiques...) et tout cela se retrouve dans l'assiette des consommateurs.

Il faut donc changer notre mode de consommation pour changer le mode de production. Il faut encourager les élevages responsables et respectueux du bien-être animal. Quand vous faites vos courses, lisez bien les étiquettes. Par exemple, quand vous lisez "poulet standard", cela signifie que son rythme de croissance est rapide, il provient donc d'un élevage intensif. La mention "poulet fermier" correspond à une croissance plus lente. On trouve aussi des "poulets biologiques", des "poulets en liberté" et des "poulets élevés en plein air".


©L214

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