Sida : les points faibles du virus

L'incroyable résistance du VIH aux assauts des différents systèmes immunitaires humains s'explique par l'aptitude du virus à muter. Une importante étude, publiée le 29 octobre 2013 dans eLife, dresse la liste des mutations caractéristiques des différentes souches, celles-ci étant mises en relation avec les profils immunitaires des différents hôtes séropositifs. Ces travaux pourraient permettre de développer de nouvelles stratégies thérapeutiques mieux adaptées aux besoins des patients.

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Sida : les points faibles du virus
Sida : les points faibles du virus

Au sein de l'organisme humain, le VIH mute en permanence. La plupart de ces variations sont sans effet, certaines s'avèrent même délétères pour le virus. Le système immunitaire des personnes séropositives, en lutte permanente contre le virus, éradique les souches les plus faibles. Tous les individus ne combattent pas le VIH avec la même efficacité, et certains parviennent à tenir en respect des formes virales qui prolifèrent sans peine ailleurs.

La sélection des virus les plus résistants se fait sous la pression du système immunitaire, avec une désarmante logique : les plus adaptés survivent. Les biologistes parlent de pression de sélection positive. Le même phénomène est à l'œuvre pour toute espèce vivante, dans tout milieu.

Dans chacune de ces situations, les virus ayant acquis - au gré des mutations aléatoires - les spécificités microscopiques les moins favorables au combat contre le système immunitaire, seront éliminés. Les mutants qui, eux, ne sont plus être reconnu par l'immunité humaine, ou qui ont acquis des capacités de reproduction plus importantes, se développeront de façon opportuniste (voir encadré).

Afin de mieux connaître ces mutations, des chercheurs nord-américains et européens ont comparé entre eux les génomes de différentes souches du VIH ; ils ont également cherché à mettre en lien ces variations avec les profils génétiques (plus précisément les segments du génome associés à la production des anticorps) des hôtes humains des différents virus.

Trois mille analyses génétiques ont été réalisées sur des échantillons issus de 1.071 donneurs. Au terme de l’exercice, les scientifiques sont parvenus à identifier 48 mutations qui, au fil des décennies, ont profité au développement et à la résistance de l’agent pathogène.

Connaître les points faibles du virus

Ces 48 variations génétiques spécifiques correspondent toutes à une modification des protéines reconnues par les anticorps humains. Chacune d'entre elles traduit un "succès évolutif" du VIH face à l'immunité des personnes séropositives. Les chercheurs ont donc désormais à leur disposition une liste "à jour" des armes déployées par le virus contre différentes formes de défenses humaines.

"Nous savons depuis longtemps que le VIH est très variable d'un individu à l'autre", nous explique Jacques Fellay, l'un des auteurs de l’étude. "Ce que nous ignorions, et que nos travaux commencent à mettre en lumière, c'est à quel point les variations génétiques de l'hôte contribuent à cette diversité virale, et ceci de manière très personnalisée. Cette recherche permet aussi de savoir si une mutation a un impact sur la virulence du VIH, et donc sur la sévérité de la maladie." 

Selon les scientifiques qui ont collaboré à cette étude, c'est la première fois que le génome complet d'un virus est ainsi étudié, en comparaison directe avec le génome de l'hôte. Or, "en étudiant les mutations que le VIH accumule en réponse à la pression immunitaire humaine, on découvre les points faibles du virus, les sites qui sont essentiels à sa virulence", poursuit le chercheur. "L'espoir est de pouvoir ensuite utiliser ces information pour développer de nouvelles stratégies thérapeutiques ou vaccinales, en s'inspirant directement de ce que la nature nous offre comme enseignement. A long terme, ces données pourraient aider au développement d'un vaccin "thérapeutique", qui pourrait permettre aux patients infectés de contrôler le virus sans médicaments."

De l'avis du scientifique, la méthode développée pour l'analyse du VIH pourrait, dans un avenir proche, être appliqué à l'étude d'autres maladies infectieuses telles que l'hépatite C ou la tuberculose.

Source : A Genome-to-Genome Analysis of Associations between Human Genetic Variation, HIV-1 Sequence Diversity, and Viral Control. I. Bartha, J. Fellay et coll. eLife oct. 2013. A paraître.

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