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Ejaculation précoce : tout est dans la tête... ou presque

On la qualifie de précoce, prématurée, ou rapide selon qu'elle intervienne quelques secondes ou une à deux minutes après le début du rapport sexuel. L'éjaculation non maîtrisée, qui intervient trop tôt, toucherait près d'un jeune homme sur trois. Ses causes seraient principalement d'origine psychologique.  

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Ejaculation précoce : tout est dans la tête... ou presque
Ejaculation précoce : tout est dans la tête... ou presque

Il serait inexact d'exclure à 100 % les causes physiologiques de l'éjaculation précoce, car certaines affections de l'urètre ou de la prostate peuvent être des éléments déclencheurs. Mais dans la très grande majorité des cas, les médecins sollicités pour des problèmes d'éjaculation précoce invoquent un cercle vicieux dans lequel les hommes concernés auraient tendance, bien malgré eux, à s'enfermer.

La spirale de l'échec

Envahis, débordés par l'excitation, les hommes peuvent rapidement acquérir, et ce dès les premiers rapports sexuels, un réflexe d'éjaculation qu'il leur sera de plus en plus difficile de réfréner au fil du temps. Car au vu du témoignage de nombreux jeunes hommes qui franchissent le pas et osent frapper à la porte d'un spécialiste, d'un simple "accident de parcours", une expérience malheureuse peut rapidement se muer en routine.

La société de médecine sexuelle définit l'éjaculation prématurée primaire par une survenue en moins de 1 minutes, dans plus de 80%, et l'éjaculation prématurée acquise (après une période où l'éjaculation survenait normalement) par un délai réduit, le plus souvent moins de 3 minutes pour l'EP acquise. S'y associent une incapacité à retarder son éjaculation dans toutes ou presque toutes les pénétrations vaginales, et un retentissement personnel, à type de grande souffrance psychologique, stress, frustration et/ou évitement de l'intimité sexuelle.

Une éjaculation trop rapide et c'est bien souvent le doute qui s'installe, renforcé par un sentiment de honte vis-à-vis de la partenaire. Stress, anxiété et recherche de performance à tout prix posent alors les fondements d'une spirale négative dans laquelle beaucoup s'enferment sans vraiment savoir comment s'en sortir.

Les antidépresseurs... et après ?

Andrologues, psychiatres et sexologues ne s'accordent pas toujours sur les méthodes pour en finir avec l'éjaculation précoce. Si certains plaident pour une approche psychologique, d'autres recommandent des techniques de respiration ou le recours à des mouvements de bassin censés favoriser une plus grande maîtrise. Le tout pouvant s'accompagner de prescriptions de pommades anesthésiantes à appliquer sur la verge, voire d'antidépresseurs, pour ralentir le mécanisme. Reste que la prise de médicaments fait aujourd'hui débat. Car si elle semble efficace pour de nombreux patients, il n'est pas facile d'envisager l'après, et d'aucuns redoutent le retour à la case départ en cas d'arrêt du traitement.

En dépit d'un consensus général entre les différents médecins, la consultation semble s'imposer comme une démarche positive. Une manière de ne pas s'enfermer dans son problème, sans dialogue, sans porte de sortie. À en croire les spécialistes, essayer de guérir, c'est d'abord briser le tabou.

L'ISSM (Internation society of sexual medicine) a recommandé une prise en charge en 2014 qui comporte 4 axes :

  • Psychothérapie du patient et du couple, avec 2 buts : diminuer l'anxiété de performance, augmenter la confiance en soi sexuelle.
  • Résolution des problèmes psychologiques ou relationnels qui ont pu précipiter l'évolution de l'éjaculation prématurée.
  • Thérapie comportementale de gestion de l'excitation, avec le squeeze ou stop and go (d'abord seul en se masturbant, puis avec sa partenaire qui le masturbe, puis en couple).
  • Traitement médical (dapoxétine, 30 ou 60 mg, à prendre 1 à 2 heures avant le rapport, ou un traitement quotidien à base d'antidépresseurs tels que la paroxétine, la clomipramine, la sertraline, la fluoxétine ou le citalopram).

Dapoxétine et thérapie comportementale, c'est sans doute mieux !

Une étude publiée en juin 2015 dans le Journal of Sexual Medicine a montré une efficacité supérieure de la dapoxétine associée à la thérapie comportementale, au médicament pris seul, dans la prise en charge de l'éjaculation prématurée primaire (qui survient depuis le début de la vie sexuelle ou presque). 50 hommes âgés de 18 à 70 ans, 24 semaines. Une moitié prenait uniquement 30 mg de dapoxétine 2 à 3 heures avant le rapport sexuel ; l'autre moitié prenait le médicament et suivait une thérapie comportementale comportant des conseils sur les méthodes ralentissant l'éjaculation (stop and go, squeeze, reconnaissance du "point de non-retour").  Les deux groupes constatèrent des améliorations mais elles étaient supérieures dans le second groupe. Les auteurs estiment le médicament et la thérapie comportementale complémentaires, la dapoxétine agissant sur la composante neurobiologique de l'éjaculation prématurée primaire, et les conseils sur le contrôle physique et psychologique de l'éjaculation. D'autres essais sont toutefois nécessaires du fait des limites de l'étude qui n'était pas en double aveugle, le groupe petit, l'efficacité de la thérapie seule n'a pas été évaluée.

The Combination of Dapoxetine and Behavioral Treatment Provides Better Results than Dapoxetine Alone in the Management of Patients with Lifelong Premature Ejaculation. Luigi Cormio MD et all. J of Sex. DOI: 10.1111/jsm.12925            

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