1. / Se soigner
  2. / Urgences
  3. / Attentats

Attentats de Manchester : quelles séquelles psychologiques pour les enfants ?

En quelques minutes, les pleurs ont remplacé les applaudissements, lorsqu'un attentat a frappé une salle de concert de Manchester le 22 mai, faisant 22 morts et 59 blessés. De nombreux enfants et adolescents figurent parmi les victimes et les rescapés. Trois questions au Dr Muriel Salmona, psychiatre, présidente de l'association Mémoire traumatique et Victimologie.

Rédigé le

Entretien avec le Dr Muriel Salmona, psychiatre
  • Que peut-on imaginer de l’état dans lequel se trouvent les enfants et les adolescents qui ont survécu à cet attentat ?

Dr Muriel Salmona : "Ils sont encore en état de choc traumatique. L'impact traumatique est énorme avec un état de sidération lié à la terreur, à la panique, à l'horreur. Dans ces cas-là, il y a un stress tellement extrême que cela peut mettre en péril la vie de la personne : avec un risque au niveau cardiovasculaire et aussi neurologique.

"Le cerveau « disjoncte », les personnes vont se retrouver dissociées, déconnectées de leurs émotions. Certains peuvent, par exemple, se retrouver blessés et ne pas souffrir de ces blessures, on voit parfois pendant les attentats des personnes marcher avec des fractures, des plaies énormes... Cela ne veut pas dire que leur cerveau n’est pas impacté, au contraire, il est tellement impacté qu’il met en place cette stratégie pour leur permettre de survivre."

  • Quelles sont les séquelles à plus long terme ?

Dr Muriel Salmona : "Il peut y avoir des séquelles à très long terme sur la santé physique et mentale, avec même des risques de mort précoce si on ne fait pas tout pour les prendre en charge précocement et les traiter. Mais il faut savoir que toutes ces atteintes neurologiques qui expliquent ces phénomènes psycho-traumatiques peuvent être pris en charge.

"Il peut y avoir une neuroplasticité qui permet d’éviter cette mémoire traumatique, ces réminiscences, ces flash-backs qui peuvent être une véritable torture pour la victime."

  • La prise en charge psychologique des ces enfants et de ces adolescents est-elle la même que pour les adultes ?

Dr Muriel Salmona : "Il y a des spécificités pour les tout-petits, des outils différents, mais dans un premier temps, c’est pareil pour toutes les victimes, il y a une « réanimation psychique » à faire. Il faut leur parler, leur donner des éléments pour qu’ils puissent reprendre pied avant de traiter les troubles psycho-traumatiques eux-mêmes.

"Ces phénomènes de mémoire traumatique peuvent ensuite être pris en charge tout au long de la vie, mais il peut y avoir une perte de chance si on ne les traite pas précocement."

Voir aussi sur Allodocteurs.fr