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Don du sang des homosexuels : des conditions similaires aux États-Unis et en France

Suite à la tuerie dans une boîte homosexuelle à Orlando (États-Unis), les appels aux dons du sang se sont multipliés. Quelques voix se sont élevées ça et là pour dénoncer "l’interdiction faite aux hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH)" d'être donneurs. Cependant, cette interdiction a été partiellement levée en 2015 - comme elle le sera en juillet 2016 en France. Explications.

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Don du sang des homosexuels : des conditions similaires aux États-Unis et en France
Don du sang des homosexuels : des conditions similaires aux États-Unis et en France

Depuis 1983, les États-Unis interdisaient aux hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) de donner leur sang, par crainte de contaminations par le HIV. Cette interdiction a été partiellement levée en décembre 2015. Cette levée ne concerne toutefois que les HSH qui n’ont pas eu de rapport sexuels "pendant les douze mois précédant le don".

Selon l'Etablissement français du sang (EFS), la fin de l'exclusion des homosexuels permettra d'avoir 21.000 donneurs supplémentaires, soit 37.000 dons de plus (sur la base de trois dons en moyenne par an et par donneur). Ceci correspondrait à trois jours d'autonomie supplémentaire pour l’EFS.

En 2014, 1,6 million de personnes ont donné leur sang en France.

La situation est identique au Royaume-Uni, et le sera sous peu en France : fin 2015, le ministère de la Santé français a initié la levée de la contre-indication du don de sang total pour les HSH (le "don de sang total" est la forme la plus courante de prélèvement, au cours de laquelle toutes les composantes du sang, cellules et plasma, sont prélevées). Cette levée d'interdiction devait prendre effet "au printemps 2016". Toutefois, le décret n'est paru au Journal officiel que le 5 avril 2016, aussi n’entrera-t-il en vigueur que trois mois plus tard, en juillet. Un questionnaire et un entretien devront précéder le don, comme c’est également le cas pour les dons des hétérosexuels.

La plupart des restrictions qui s’appliquent à ces derniers concernent aussi les HSH, aucune personne n’étant autorisé à donner son sang :

  • s’il est anémié et ce jusqu'à ce que le taux d'hémoglobine soit redevenu normal (supérieur à 13 pour les hommes et supérieur à 12 pour les femmes) ;
  • dans les 7 jours suivant un soin dentaire, un seul jour pour les caries ;
  • dans les 4 mois après un voyage dans une région concernée par le paludisme ou la maladie de Chagas ;
  • dans les 4 mois suivant un tatouage, un piercing, une endoscopie ou une intervention chirurgicale ;
  • dans les 2 semaines suivant une infection bénigne ou la prise de médicaments (d'antibiotiques, corticoïdes, etc.) ;
  • Pour les homosexuels, l’abstinence n’est pas un critère, mais il est interdit de donner son sang dans les 4 mois suivant un rapport sexuel non protégé. Le don du sang n’est pas non plus autorisé pour les femmes enceinte, et jusqu'à 6 mois après l'accouchement ou une IVG.

Dons de plasma

Le décret d’avril 2016 prévoit aussi que les hommes qui, au cours des quatre derniers mois, n'ont pas eu de relation homosexuelle ou ont eu un seul partenaire, puissent donner leur plasma.

Cette évolution s’est accompagnée de la création d'une filière sécurisée où il sera mis en quarantaine pendant deux mois et demi environ pour s'assurer de son innocuité.

Cette filière sécurisée va, en outre, permettre aux autorités sanitaires de mener une étude sur le terrain sur ces nouveaux donneurs. Si cette étude démontre qu'il n'y a pas de risques, les règles du don du sang pour les hommes ayant eu au moins un rapport avec un autre homme, se rapprocheront des règles générales appliquées aux autres donneurs. Cette deuxième étape interviendrait en 2017, avait précisé le ministère en novembre 2015.

Jusqu’à récemment, l’argument avancé par l’EFS pour justifier les préconisations françaises était que le risque d'exposition au VIH était "200 fois plus élevé lors d'une relation sexuelle entre hommes que lors d'une relation hétérosexuelle ou d'une relation sexuelle entre femmes." Mais les autorités ont progressivement pris conscience que "le critère de l'orientation sexuelle n'est pas, en soi, un risque", selon les mots mêmes de Marisol Touraine en 2012. C’est en effet, soulignait-elle, "la multiplicité des relations et des partenaires [qui] constitue un facteur de risque, quelle que soit l'orientation sexuelle et le genre de la personne".

L’actuelle exigence d’une année d’abstinence faite aux HSH est le fruit d’un arbitrage politique, susceptible d’évoluer dans les années futures. Pour l’heure, précisait la ministre de la Santé, "c'est le délai au terme duquel nous sommes certains, d'après les éléments scientifiques dont nous disposons actuellement, que le niveau de risque est identique entre homosexuels et hétérosexuels".

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