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"Ce qui dégage soulage", l'histoire du clystère

Le clystère est un instrument qui permettait de réaliser un lavement au niveau rectal. Selon le lieu d'injection, un nom différent lui était donné. Les explications du Dr Bruno Halioua, historien de la médecine.

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"Ce qui dégage soulage", l'histoire du clystère

Un clystère est une grande seringue en étain possédant une canule à bout mousse. Le poussoir est en bois, il est terminé par une rondelle de bois désolidarisée du piston. Selon le lieu d'injection, un nom différent était donné au clystère. Pour une injection auriculaire, on parlait d'otenchyte. Pour une injection vésicale, on parlait de typhon ou de cathéter et pour une injection utérine, on l'appelait metenchyte.

Les "bergers de l'anus"

La constipation était une préoccupation fréquente dans l'Ancienne Egypte comme le laisse supposer le grand nombre de prescriptions retrouvées dans les papyrus médicaux. Selon Pline, les Egyptiens auraient adopté l'usage des lavements à la suite de l'observation d'un ibis qui aurait pris de l'eau de mer avec son long bec afin de se l'introduire dans son anus.

Ils sont donc à l'origine de la création du premier clystère qui était confectionné avec un tube de roseau attaché à une vessie de porc. Ceux qui administraient les lavements étaient des médecins spécialisés qu'on appelait les "bergers de l'anus".

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Hippocrate, un fervent défenseur du lavement

Selon Hippocrate, la santé était la résultante de l'équilibre des humeurs, qui étaient au nombre de quatre : le flegme, le sang, l'atrabile et la bile. La maladie était la conséquence d'un excès, d'une insuffisance ou d'un déplacement d'humeur. En guise de clystère, il utilisait une vessie de porc emmanchée d'une tige creuse de sureau ou de roseau. La vessie remplie, il suffisait de la presser à deux mains pour faire sortir le liquide. En cas d'échec, il était procédé à l'insufflation d'air qui permettait une distension des intestins et une contraction réflexe.

Le lavement a continué à être utilisé car l'évacuation des selles était considérée comme le moyen d'évacuer les substances nocives. D'ailleurs, l'expression simple et quotidienne de salutation, "Comment ça va ?", possède un sens insoupçonné car il renvoie à "Comment allez-vous à la selle ?", qui était la formule complète habituellement employée en particulier à la cour du roi de France au XVIIe siècle. La question "Comment allez-vous ?" renvoyait directement à la consistance, à l'odeur et aux autres qualificatifs de la défécation de l'interlocuteur.

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Le lavement en pratique

Plus tard dans l'histoire, c'est le roi Louis XIV qui donne également ses lettres de noblesse aux lavements. À cette période, le terme savant de clystère est préféré à celui de lavement. L'administration des clystères était le fait de l'apothicaire qui se rendait au domicile des malades pour cette opération bien codifiée. Le lavement élémentaire était composé d'un demi-litre d'eau tiède qui était introduit dans l'anus, ce qui entraînait une contraction intestinale et l'évacuation de matières fécales. Le roi Louis XIV en usa allègrement, puisqu'il a subi pas moins de 2.000 lavements au cours de vie.

Avec la vogue du clystère, les apothicaires du siècle gagnent beaucoup d'écus. Un apothicaire lyonnais, enrichi par cette pratique, eut ainsi pour épitaphe : "Ci-gît qui, pour un quart d'écu, s’agenouillait devant un cul". La constipation était un problème redouté par tous à cette époque. Cette époque a d'ailleurs donné lieu à de nombreux proverbes en rapport avec la constipation : "Un pet retenu est un abcès quand on est vieux", "C'est trop tard de frapper sur sa cuisse quand le pet est lâché" ou encore "Pet sournois, pet putois !"...