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Médicaments anticancéreux : comment les prix sont-ils fixés ?

La polémique à propos du prix des médicaments anticancéreux innovants est relancée après l'annonce de l'approbation d'une immunothérapie contre le cancer du poumon, le Keytruda, qui coûte 6.000 euros par mois et par patient. Comment sont fixés les prix des médicaments anticancéreux ? Existe-t-il des moyens pour faire baisser les prix ?

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"Cancer : pourquoi les médicaments innovants sont-ils si chers ?", chronique de Maroussia Renard du 12 décembre 2017

Pour les médicaments anticancéreux innovants, comme pour tous les autres médicaments, le point de départ est la Haute autorité de santé (HAS). Dès qu'un médicament a obtenu une autorisation de mise sur le marché, le dossier arrive entre les mains de la Commission de la transparence de la HAS, composée de médecins, d'épidémiologistes et de représentants des patients.

Leur mission consiste à évaluer le médicament en fonction de son efficacité. Pour cela, le critère le plus important est l'amélioration du service médical rendu (ASMR). Il permet de répondre à une question cruciale : le nouveau médicament apporte-t-il un progrès par rapport aux traitements déjà disponibles pour la même maladie ? La réponse prend la forme d'une note qui va de 1 à 5 : un ASMR 1 si le médicament apporte un progrès thérapeutique majeur, ASMR 2 pour un progrès important... et ASMR 5 pour une absence de progrès.

Un progrès thérapeutique difficile à déterminer

Pour un nouveau médicament, la question la plus importante est de savoir s'il va guérir de manière définitive le patient ou si ce dernier devra prendre ce médicament à vie. Or, cet argument de la guérison ne peut pas être utilisé pour les médicaments innovants du cancer qui, en général, ne font que prolonger la durée de vie du patient. Tout le problème est donc de déterminer les critères pour comparer le nouveau médicament aux traitements déjà disponibles : Est-ce la réponse tumorale ? Fait-il diminuer davantage la tumeur ? Faut-il prendre en considération le nombre de mois de survie de plus ?...

Il existe donc une question éthique majeure qui est : combien la collectivité doit accepter de payer pour quelques mois, voire quelques semaines, de vie supplémentaires ? Mais le rôle de la HAS n'est pas de philosopher, elle doit donner une réponse objective, une note qui va servir d'étalon pour fixer le prix.

Qui fixe les prix ?

Après la HAS, le dossier est transmis au Comité économique des produits de santé (CEPS), un organisme qui dépend du ministère de la Santé et de celui de l'Économie. Des négociations sont alors menées avec le laboratoire pharmaceutique. Pour ces médicaments de pointe, elles peuvent durer jusqu'à un an. Et généralement, elles tournent vite au bras de fer parce que l'industriel fait tout pour obtenir le prix le plus élevé. Son argument principal étant les coûts de recherche et développement, qui pour ces médicaments peuvent facilement dépasser le milliard de dollars.

En face, le gouvernement ne peut pas priver les malades du cancer d'un nouveau traitement efficace. Problème, le budget de la Sécu n'est pas extensible à l'infini. Or, le coût global de prise en charge des anticancéreux ne cesse d'augmenter. Aujourd'hui, il représente 10% des dépenses de la Sécu contre 6,6% il y a huit ans.

Que peut faire le gouvernement ?

Officiellement, le gouvernement ne peut pas forcer un industriel à baisser ses prix. Mais officieusement, cela est possible. Les négociations au sein du CEPS sont totalement confidentielles, rien ne filtre. Mais il existe des clauses secrètes entre les labos et le gouvernement. Cela peut prendre plusieurs formes.

  • Les remises de quantité : à partir du moment où on atteint un certain nombre de patients traités, la firme doit baisser le prix.
  • Le plafonnement du chiffre d'affaires : une fois que l'on a dépassé un certain montant en millions d'euros, le laboratoire doit faire une ristourne.
  • Les rééquilibrages au sein d'un même labo : pour privilégier le lancement d'un produit cher, l'industriel peut accepter de baisser les prix pour d'autres traitements déjà sur le marché.
     

Sous des aspects de parcours très encadré, la fixation du prix de ces médicaments reste pour le moins opaque. Et le prix annoncé au grand public n'est en réalité jamais le vrai prix du médicament. Il s'agit d'un prix officiel qui ne tient pas compte de toutes ces remises. Au final, le prix réel peut être 25 à 30% moins cher, ce qui n'a rien d'anodin pour des médicaments qui peuvent coûter plusieurs milliers d'euros par mois.

Le prix réel de ces médicaments n'est jamais rendu public parce que si les labos constataient que les remises sont rendues publiques, alors on ne les obtiendrait plus... surtout par peur que nos voisins européens demandent à s'aligner sur les tarifs les plus bas. Comme dans toute négociation commerciale, si on souhaite obtenir un avantage, le fournisseur demande généralement de ne pas le révéler.

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