Pourquoi faut-il relocaliser la production de certains médicaments ?

Pour lutter contre les pénuries de médicaments, le gouvernement fait le pari de la relocalisation. C’est d’ailleurs une des mesures phares du plan de relance de l’économie. Reportage dans une entreprise qui vient de se lancer.  

La rédaction d'AlloDocteurs
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Dans les réacteurs, la chimie opère pour fabriquer des molécules nécessaires à la composition de médicaments. L’entreprise Seqens va bientôt enrichir son catalogue. Elle vient d’être choisie par le gouvernement pour relocaliser, en France, la production de molécules et principes actifs. 

“On a sélectionné quelques antiviraux, des molécules qui ont montré une efficacité potentielle dans le cadre de la Covid-19 et puis aussi des produits qui se sont retrouvés en tension pour des causes adjacentes, comme des produits anesthésiques et autres utilisés dans les hôpitaux pour traiter les patients qui étaient atteints de la Covid-19." explique Nicolas Biz, directeur des projets de Seqens.

Plus de 20 ans de pénuries

La crise sanitaire a mis en évidence des difficultés d’approvisionnement pour des médicaments, des molécules et des principes actifs. Mais, les pénuries existaient déjà avant.  Depuis une vingtaine d’années, les laboratoires pharmaceutiques ont délocalisé la fabrication de matières premières en Asie, en particulier en Inde et en Chine. 

Ces pays produisent 80% des molécules et des principes actifs. Face à cette dépendance, Emmanuel Macron souhaite engager une stratégie de "reconquête de souveraineté sanitaire et industrielle" qui passe par une relocalisation d’une partie de la production en France. 

Pour l’entreprise Seqens, qui travaille depuis six mois sur le sujet, la relocalisation est une aubaine. Mais relocaliser toute la chaîne de production, de la matière première au produit fini, prend du temps, plusieurs années parfois même, et nécessite une action coordonnée portée par l’Europe.  

Du “made in France”... plus cher

Produire en France, c’est aussi plus contraignant avec des réglementations plus strictes en termes de sécurité, des normes environnementales à respecter bien plus exigeantes et surtout cela a un coût. En effet, si la fabrication de médicaments a été délocalisée, c’est parce que cela revient moins cher, notamment grâce à une main d’œuvre bon marché.   

“Si vous prenez l’exemple du paracétamol, la production en France coûte 20% plus cher que la production en Inde, détaille Agnès Pannier-Runacher, la ministre déléguée chargée de l’Industrie. Donc, là tout le monde se dit 20% plus cher, ce n’est pas gérable. En réalité, votre principe actif représente 5% de votre comprimé de paracétamol. 

Ça veut dire que le coût de la production du principe actif en France, ce n’est pas 20% mais 20% de 5%. Ce n’est plus que 1%. Et ce pourcentage-là, c’est votre assurance d’avoir cette molécule en permanence sur votre territoire. Donc, on estime que ça vaut le coup de payer un tout petit peu plus cher pour certaines molécules.” 

En mettant fin aux pénuries et aux difficultés d’approvisionnement, cette relocalisation devrait bénéficier aux patients. Mais, en contrepartie, la Sécurité sociale devra rembourser un médicament un peu plus coûteux.