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Suicide : prévenir le passage à l'acte

Chaque année, en France, près de 10.000 personnes meurent par suicide, soit trois fois plus que les décès par accident de la circulation. Il faut également y ajouter une tentative de suicide toutes les quatre minutes. Des chiffres qui font de la France l'un des pays d'Europe les plus touchés par ce fléau. En 2013, un observatoire national du suicide a donc été créé pour renforcer la prévention.

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Suicide : prévenir le passage à l'acte
Suicide : prévenir le passage à l'acte
Sommaire

Prévention du suicide : le dispositif VigilanS

VigilanS, c'est le nom d'un dispositif pilote chargé d'accompagner les personnes après une tentative de suicide

Pour prévenir la récidive suicidaire, il existe un dispositif appelé "VigilanS", qui se base sur une idée simple : maintenir le lien après une tentative de suicide à la sortie d'une structure de soin. Testé en 2015 dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, il a été étendu en 2016 à d'autres régions comme Montpellier.

Depuis plus d'un an, les spécialistes du dispositif VigilanS Languedoc-Roussillon appellent chaque jour cinq à dix personnes. Toutes ont un point commun : celui d'avoir tenté de mettre fin à leur vie à au moins deux reprises. "Nous appelons les patients pour prendre de leurs nouvelles mais aussi pour créer du lien, confie Christine Navarro, infirmière, et la plupart du temps ils sont assez satisfaits d'avoir nos appels et de se sentir écoutés, accompagnés et de voir que quelqu'un s'intéresse à eux".

L'appel a lieu dix à vingt jours après la sortie de l'hôpital. Un délai qui n'est pas choisi au hasard comme l'explique le Pr Philippe Courtet, psychiatre : "Les patients qui ont fait une tentative de suicide sont à haut risque suicidaire durant toute leur existence. Ils sont à très haut risque durant les premières semaines après la tentative de suicide, quand le patient se retrouve dans son environnement social, familial, professionnel...".

À chaque appel, la situation est unique et imprévisible. Spécialement formés pour détecter les moindres signes de détresse, les professionnels du dispositif VigilanS (infirmiers, psychologues...) doivent être attentifs. Pour donner l'alerte en cas de passage à l'acte imminent, le dispositif est stratégiquement installé au cœur des centres de secours. Pour éviter d'arriver à ces situations extrêmes, une fois par semaine, l'équipe pluridisciplinaire se réunit pour parler des patients inquiétants.

Depuis sa création, 850 personnes sont suivies par le réseau VigilanS Languedoc-Roussillon. Un dispositif qui prévoit également un numéro vert joignable uniquement par les patients pris en charge dans la région.

Suicide : une psychoéducation pour prévenir la récidive

Comment se déroule une séance de psychoéducation ?

Au CHU de Montpellier, un programme, encore en test, propose aux personnes ayant fait une tentative de suicide de suivre des séances de psychoéducation.

La première étape du programme consiste à bien connaître la maladie. "Il est vraiment important que les patients comprennent qu'il s'agit d'une maladie à part entière qui nécessite un suivi particulier parce que 50% des suicidants ne sont pas suivis au delà d'une semaine (...) L'idée, c'est que le patient devienne expert et acteur de son trouble", explique le Dr Déborah Ducasse, psychiatre. 

Premier moyen d'agir contre ce trouble : s'efforcer de ne plus vivre en fonction d'objectifs incontrôlables et fluctuants mais plutôt se recentrer sur soi et vivre l'instant présent. Autre outil expliqué par l'infirmière : une technique de méditation de pleine conscience pour ne plus se laisser submerger par les émotions et les idées noires à l'origine d'actes impulsifs.

Quels symptômes doivent alerter ?

"Prévention du suicide : quels signes doivent alerter ?", les réponses avec le Dr Cécile Omnes, psychiatre

"Les symptômes qui peuvent alerter en priorité sont tous les symptômes de souffrance. Ces symptômes doivent pouvoir mettre la puce à l'oreille et la possibilité de pouvoir interroger jusqu'où va cette souffrance. Les idées suicidaires étant très rapidement présentes comme étant un des mécanismes possibles de réponse à la souffrance, il faut là en revanche poser la question.

"Quand on connaît bien la personne, on voit quand elle commence à être différente, à se renfermer sur elle-même ou au contraire à être plus agressive... et il faut pouvoir en parler avec la personne pour savoir ce qu'il lui arrive. Elle ne le dira pas forcément, pas forcément non plus à ses proches pour les protéger aussi de ce qui peut se passer d'où l'intérêt de pouvoir aussi passer la main et alerter plus largement de façon à ce que l'environnement soit le plus protecteur possible."

Comment prévenir une récidive ?

"Suicide : comment prévenir une récidive ?", les réponses avec le Dr Cécile Omnes, psychiatre

"Le chemin est assez classique. On a finalement quelque part la chance que cette jeune fille ait bénéficié d'une réanimation qui manifestement a été efficace. Elle a ainsi pu rencontrer un certain nombre de professionnels, y compris un professionnel du champ de la santé mentale pour évaluer ce qu'il en est. Les jeunes, hélas, tentent de mettre fin à leurs jours de plus en plus jeunes aujourd'hui, ce qui est très inquiétant. Cela permet d'évaluer si on est sur le champ d'une maladie psychiatrique qui génère des problématiques suicidaires à répétition et bien évidemment il faut mettre en place les soins nécessaires le plus tôt possible de façon à éviter des déficits, à éviter des complications inutiles.

"La deuxième chose, une fois que les passages à l'acte ont été faits, il y a tout un travail de veille des suicidants de façon à travailler en amont sur le repérage des signes de réactivation de souffrance. Une fois que le chemin de la tentative de suicide, du passage à l'acte a été créé comme réponse possible, il arrive beaucoup plus rapidement dans les crises suivantes. Il est donc absolument important de travailler avec ça, c'est le champ des psychothérapies individuelles mais aussi de groupe. Il y a actuellement tout un travail qui est fait par l'équipe de Montpellier absolument passionnant sur la place des psychothérapies de groupe sur un certain nombre de séances et l'efficacité par rapport à la récidive suicidaire ou non. Et il faut aussi travailler avec l'entourage, il faut toujours travailler avec l'entourage quand il y en a et heureusement il y en a encore souvent."

Suicide : l'accompagnement des personnes endeuillées

Groupe de parole organisé par l'association Phare enfants-parents

Le suicide provoque souvent l'incompréhension des proches, qui sont profondément meurtris et sidérés. D'autant plus quand il s'agit du suicide d'un enfant. Au-delà de l'aide médicale et psychologique, un autre type d'accompagnement est souvent très précieux et efficace pour les personnes endeuillées : c'est celui des personnes qui ont vécu la même chose.

Des groupes de parole réunissent des parents dont l'enfant s'est suicidé. Les groupes de parole leur permettent de partager cette expérience douloureuse.

Pour obtenir les coordonnées des associations proposant notamment des groupes de parole, vous pouvez consulter le site Internet de l'Union nationale pour la prévention du suicide (UNPS).

Réapprendre à vivre après une tentative de suicide

Le suicide est la deuxième cause de décès chez les jeunes, juste après les accidents de la route. Entre 18 et 22 ans, Myriam a fait plusieurs tentatives de suicide. Aujourd'hui, à 35 ans, elle va mieux. Elle se confie.

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