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Covid : pourquoi les poumons des fumeurs sont davantage infectés

En cas de covid, les voies respiratoires des fumeurs seraient deux à trois fois plus infectées que celles des non-fumeurs, selon une nouvelle étude. En cause ? Le tabac, qui diminue l’efficacité des défenses immunitaires dans les poumons.

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Covid : pourquoi les poumons des fumeurs sont davantage infectés
Image d'illustration. Crédits Photo : © Shutterstock / Billion Photos

Comment le coronavirus se comporte-t-il dans les poumons des fumeurs ? Les scientifiques avaient d’abord suggéré un effet protecteur de la nicotine et une moindre atteinte des fumeurs par le SARS-CoV-2. Mais comme l’a finalement estimé le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) en mai, le tabagisme est en fait "un facteur de gravité et d'évolution péjorative dans la covid-19".

Pourquoi les fumeurs courent-ils un risque accru de formes graves et de décès de la covid ? Des chercheurs de l’université américaine UCLA ont utilisé un modèle cellulaire pour comprendre les mécanismes de l’infection au niveau des poumons des fumeurs. Ils publient leurs résultats le 17 novembre dans la revue Cell Stem Cell.

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Recréer une infection respiratoire

Concrètement, les chercheurs ont utilisé un modèle pour recréer ce qui se passe lorsque les voies respiratoires - d’un fumeur ou d’un non-fumeur - sont infectées par le coronavirus. Ce modèle, déjà validé dans l’étude des maladies pulmonaires, est constitué de cultures de cellules souches qui reproduisent fidèlement le comportement des voies respiratoires humaines.

Plus précisément, ce modèle "reproduit la partie supérieure des voies respiratoires, qui est le premier endroit où le virus frappe", explique la docteure Brigitte Gomperts, professeure de médecine pulmonaire dans un communiqué de l’université UCLA.

Deux à trois fois plus de cellules infectées

Dans cette étude, les cellules souches ont été prélevées dans les poumons de cinq jeunes donneurs de tissus sains et non-fumeurs. Pour reproduire les effets du tabagisme, les chercheurs ont exposé certaines de ces cultures à de la fumée de cigarette trois minutes par jour pendant quatre jours. Ensuite, les scientifiques ont infecté toutes les cultures au virus SARS-CoV-2. Résultat : dans les modèles exposés à la fumée, les chercheurs ont compté entre deux et trois fois plus de cellules infectées par le virus.

C’est ce que montrent les images microscopiques des modèles de cellules souches ci-dessous.
En bleu : les noyaux des cellules constituant ce tissu. En vert : les cellules infectées par le SARS-CoV-2.
Sur la photo de droite, les tissus exposés à la fumée de cigarette comptent deux à trois fois plus de cellules infectées que les tissus non exposés, sur la photo de gauche.


© UCLA Broad Stem Cell Research Center/Cell Stem Cell

"Des trous dans un mur"

Comment expliquer ces résultats ? Les fumeurs présenteraient une infection plus sévère car le tabac bloque l'activité dans les voies respiratoires de protéines du système immunitaire, les interférons. Or ces protéines jouent un rôle essentiel dans la réponse immunitaire précoce de l'organisme.

Ainsi, de façon imagée, "si vous comparez les voies respiratoires aux hauts murs qui protègent un château, fumer des cigarettes revient à créer des trous dans ces murs", illustre la docteure Gomperts. Autrement dit, "fumer réduit les défenses naturelles et cela permet au virus de s'installer" avertit-elle enfin.

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