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Covid : on vous explique pourquoi la prise en charge des malades s'est améliorée

Gestion des patients, ventilation, surveillance de la maladie… Grâce aux connaissances accumulées ces derniers mois, les médecins sont désormais mieux armés pour soigner les malades du covid en cas de deuxième vague.

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Covid : on vous explique pourquoi la prise en charge des malades s'est améliorée
Image d'illustration. Crédits Photo : © Shutterstock / sasirin pamai

Six mois seulement nous séparent du début de la crise sanitaire du covid-19. Pourtant, les connaissances sur la maladie se sont déjà considérablement amélioré grâce "à l’observation des malades" et à la "publication d’études scientifiques", nous explique Stéphane Gaudry, professeur de médecine intensive réanimation à l'hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis).

Evaluer la gravité

Aujourd'hui, la prise en charge d’un malade n’est pas comparable à celle d’un malade du mois de mars.
Premier point sur lequel la prise en charge a fondamentalement changé : la ventilation des patients. "Le covid ressemble fortement à d’autres pneumonies virales car elle nécessite comme elles une ventilation mécanique artificielle chez les patients en réanimation" observe le professeur Gaudry. Problème : avec le covid, "les patients ont besoin d’oxygène mais ont rarement la sensation d’avoir du mal à respirer". Il a donc d’abord fallu apprendre à "évaluer la gravité sur d’autres paramètres que la difficulté à respirer" révèle le spécialiste.

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Moins d’intubations

Une fois ce besoin en oxygène identifié, comment y répondre ? "Nous avons commencé par appliquer ce qu’on connaissait à cette nouvelle maladie et avons endormi puis intubé les patients" raconte Stéphane Gaudry. Mais sous intubation, la durée de ventilation en cas de covid est très longue : "entre 15 et 21 jours en moyenne". Or, plus un patient est ventilé longtemps, plus il risque de développer des complications, de contracter une maladie nosocomiale et de conserver des séquelles.

Bonne nouvelle : d’autres techniques de respiration artificielle moins invasives que l’intubation existent. C’est le cas de l’oxygénothérapie à haut débit, qui délivre de l’oxygène aux patients au moyen de canules nasales. Au début de l’épidémie, les soignants craignaient que cette technique augmente le risque de transmission du virus car avec cette technique, "le patient est conscient, respire avec un grand débit d’oxygène dans le nez et produit donc une sorte d’aérosol propice à la propagation du virus" décrit le professeur Gaudry.

Finalement, les données ont montré que le risque était faible. "Et il arrive un moment où le soignant sait qu’il doit prendre un petit risque sans quoi il y aura trop de malades intubés" confie le réanimateur.

"Ne pas passer à côté d’une dégradation brutale"

Autre avancée notable dans la prise en charge : la gestion du flux de malades et la surveillance de leur état. "Nous avons rapidement compris que les malades se dégradaient parfois rapidement, à huit ou 10 jours. Nous avons donc désormais une surveillance plus efficace, pour ne pas passer à côté d’une dégradation souvent assez brutale" explique Stéphane Gaudry.

Cette surveillance s’applique aux poumons mais aussi au cœur, aux reins ou encore au cerveau. Car la réponse inflammatoire du corps au virus peut atteindre ces organes parfois jusqu’à un niveau létal. "Le travail du réanimateur ici est de maintenir les fonctions vitales le temps que la maladie guérisse" témoigne le professeur Gaudry. Grâce aux connaissances accumulées ces derniers mois, les médecins dépistent plus rapidement ces atteintes pour les prendre en charge au plus vite.

Enfin, quand l’état des malades s’améliore et qu’ils n’ont plus besoin de ventilation, les médecins les sortent désormais du service de réanimation pour les répartir dans des zones spécialisées pour la fin de la surveillance. "Des zones qui n’existaient pas avant la crise" rappelle le réanimateur.

Toujours pas de traitement miracle

Qu’en est-il des traitements ? Sur ce point, pas d’annonce miracle. Au début de la crise, deux familles de médicaments étaient observées de près : les antiviraux, pour tuer le virus et limiter sa propagation, et les anti-inflammatoires pour limiter les conséquences de la présence du virus comme les fameux orages cytokiniques.

"On savait dès le début que parmi les antiviraux si l’un d’eux était efficace il le serait de manière très faible car les antiviraux marchent faiblement sur les coronavirus" reconnait Stéphane Gaudry. Plusieurs mois après, les candidats explorés comme l’hydroxychloroquine et le remdesivir n’ont pas fait leurs preuves.

Du côté des anti-inflammatoires, seuls les corticoïdes standards semblent avoir une certaine efficacité contre les formes graves de la maladie. "Mais une confirmation par d’autres essais cliniques est encore nécessaire" commente le médecin.

"Nous ne revivrons pas le même phénomène de peur"

Alors, en cas d’afflux massif de malades lors d’une "deuxième vague", "on saurait mieux organiser les soins" assure le professeur Gaudry. "On a remplacé des services entiers de chirurgie par des services covid, on le fera encore mieux".

Côté recherche, les études continuent pour identifier les traitements et les stratégies les plus efficaces, qui seront des aides précieuses en cas de rebond de la maladie.

Dernier point important pour Stéphane Gaudry : "si nous devons faire face à un nouvel afflux massif de malades, nous ne revivrons pas le même phénomène de peur. Nous avions peur pour nous et pour nos proches bien sûr, mais surtout peur de ne pas y arriver et pour un soignant, c’est une peur très difficile à gérer."

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