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Les produits chimiques ont-ils un impact sur le microbiote des enfants ?

Les produits chimiques présents dans notre environnement pourraient modifier le microbiote intestinal des enfants, selon une étude. Une piste à creuser pour comprendre le rôle de ces produits du quotidien sur la santé des plus jeunes.

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Les produits chimiques ont-ils un impact sur le microbiote des enfants ?
Image d'illustration. Crédits Photo : © Shutterstock / Ann in the uk

Quel est le lien entre le microbiote et les produits chimiques présents dans notre environnement ? Une équipe de chercheurs spécialisés en ingénierie environnementale à l’université de Duke (États-Unis), s’est posée la question. Elle a mis en évidence une corrélation entre la diversité du microbiote intestinal des enfants et la quantité de produits chimiques communs dans leur environnement.

L’étude que ces scientifiques publient le 2 novembre dans la revue Environmental Science and Technology Letters pourrait aider les scientifiques à comprendre comment les composés chimiques affectent la santé humaine.

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Sang, urine et matière fécale à la loupe

Pour ces travaux, les chercheurs ont mesuré les niveaux de composés semi-organiques dans le sang et l’urine de 69 enfants âgés de trois à six ans. Ils se sont ensuite intéressés à leur matière fécale pour étudier la composition de leur microbiote intestinal.

Le microbiote correspond à l’ensemble des bactéries et des champignons qui vivent dans notre tube digestif. Il serait impliqué dans notre immunité et notre état de santé. Un microbiote déséquilibré a ainsi déjà été associé à des maladies comme l’asthme ou l’obésité.

Détergents, tapis, savons, vernis, peintures…

Résultats : dans les échantillons de sang et d’urine, les chercheurs ont trouvé des phtalates utilisés dans les détergents, les vêtements en plastique tels que les imperméables, les rideaux de douche et les produits d’hygiène comme certains savons, shampoings et laques pour les cheveux.

Ils ont également détecté des substances per- et polyfluoroalkyles (ou PFASs) utilisées dans les tissus antitaches et hydrofuges, les revêtements pour tapis et meubles, les produits de cuisson antiadhésifs, les vernis, les peintures et les produits de nettoyage.

Selon les auteurs de l’étude, la population est quotidiennement exposée à ces produits chimiques qui persistent dans l’air et la poussière de leur logement, en particulier les jeunes enfants qui peuvent les ingérer en rampant ou en portant des objets à leur bouche.

Moins de bactéries et de champignons

Et dans les matières fécales ? Les chercheurs ont découvert que les bactéries intestinales des enfants qui présentaient les niveaux les plus élevés de produits chimiques dans leur sang, était différentes. Leur microbiote affichait en effet une réduction de la quantité et de la diversité des bactéries et une réduction des populations de champignons.

Pour Courtney Gardner, spécialiste en biologie moléculaire et co-autrice de l’étude, la corrélation entre les produits chimiques et la faible abondance de bactéries est particulièrement prononcée et potentiellement très préoccupante.

Le microbiote "essaye de se corriger lui-même"

Autre résultat étonnant : les enfants qui présentaient les plus hauts niveaux de composés chimiques dans le sang avaient dans leurs intestins des bactéries dites de "bioremédiation", utilisées en ingénierie environnementale pour "nettoyer" les produits chimiques toxiques.

Or ces bactéries ne se trouvent généralement pas dans l'intestin humain. "Trouver des niveaux accrus de ce type de bactéries dans l'intestin signifie que, potentiellement, le microbiote intestinal essaie de se corriger lui-même", suggère la docteure Gardner dans un communiqué de l’université.

Mais attention : ces données ne traduisent pas de lien de cause à effet entre microbiote et produits chimiques. Elles donnent simplement "une indication des types de micro-organismes qui peuvent être touchés par l’exposition à ces composés", tempère la scientifique. Pour elle, cette étude est avant tout un "tremplin" pour davantage de recherches qui aideront à mieux comprendre le lien entre microbiote, santé humaine et santé publique.

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