La légende de ''l'Attrapeur de rats de Hamelin'', un joueur de flûte parvient à attirer les rats qui envahissent la ville de Hamelin en leur jouant un petit air de flûte...
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Drainer les cellules cancéreuses hors du cerveau

ETUDE - Certaines tumeurs, telles que celles qui se développent dans le cerveau, sont inaccessibles aux traitements. Des chercheurs étasuniens viennent de créer une fibre artificielle "plus fine qu'un cheveu" à laquelle les cellules cancéreuses viennent s'agripper... et le long de laquelle celles-ci migrent, vers des sites moins dangereux. Une innovation prometteuse décrite le 16 février 2014 dans la revue Nature Materials.

Florian Gouthière
Rédigé le

Pour se déplacer dans l'organisme, certaines cellules mobiles sont capables de projeter une partie de leur membrane, et de l'agripper à des filaments présents dans le milieu environnant (l'intégrine). Ces filaments sont tantôt utilisés comme simple "prise", tantôt comme de véritables "mains courantes", le long desquelles elles cheminent.

Au stade embryonnaire, la plupart des cellules utilisent cette compétence de migration cellulaire pour se positionner et croître dans les bonnes directions. Malheureusement, de nombreuses cellules cancéreuses ont également cette capacité (notamment lorsque le cancer métastase).

Des chercheurs du Georgia Institute of Technology (Etats-Unis) ont décidé de détourner cette capacité migratoire latente... pour forcer les tumeurs à quitter les sites sensibles sur lesquels elles se développent.

Les cellules cancéreuses possèdent, à leur surface, des protéines très spécifiques (utilisées pour les cibler, dans le cadre de certaines thérapies). Les scientifiques ont donc conçu une fibre similaire à l'intégrine(1), mais possédant une affinité particulière avec divers types de cancers, parmi lesquels... des glioblastomes (voir encadré).

Dans une série d'expériences réalisées in vitro, une très grande partie des cellules composant le glioblastome ont été prises au piège, et ont migré le long de la fibre artificielle.

En réitérant l'expérience sur quelques souris présentant des glioblastomes, les chercheurs seraient parvenus à réduire leur volume de 93%, en drainant les cellules vers d'autres zones de l'organisme.

Il s'agit, en somme, de faire sortir "la bête hors de son terrier", puis de l'emmener à découvert, où elle sera plus facile à prendre au piège...

Dans une interview accordée au site de la BBC, Ravi Bellamkonda, l'un des inventeurs du procédé, suggère que cette méthode pourrait permettre de contrôler en permanence la taille d'une tumeur, "faisant d'un cancer [incurable] quelque chose avec lequel les gens peuvent vivre" sur le très long terme, "comme un diabète".

Toutefois, le scientifique insiste sur le fait que de très nombreux essais doivent encore être menés sur l'animal avant d'envisager l'application du procédé sur l'homme. "Il y a encore un très long chemin à parcourir avant de savoir si cette technique est sans danger, et si elle est réellement efficace pour traiter le cancer".

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(1) Il s'agit d'un empilement de nanoparticules de polycaprolactone.

Source : Guiding intracortical brain tumour cells to an extracortical cytotoxic hydrogel using aligned polymeric nanofibres. R.V. Bellamkonda et coll. Nature Materials, fev. 2014 doi:10.1038/nmat3878

 

VOIR AUSSI :

Les glioblastomes constituent les tumeurs cérébrales les plus fréquentes et les plus agressives. Elles sont très difficiles à traiter, notamment du fait de leur localisation.