Alcool, nos jeunes en danger
A l'occasion de l'émission Enquête de Santé : "Alcool, nos jeunes en danger" diffusée sur France 5 le mardi 11 décembre à 20h35, nos équipes parties à la rencontre d'une jeunesse en quête d’ivresse vous ont proposé un Ch@t de 22h15 à 23h15. Le Dr Samia Boughaba, Fil Santé Jeunes, le Dr Catherine Burugorri, médecin généraliste, Oriane Cherrier, psychologue clinicienne, Bruno Albuixech et Georges Mrdjenovic, éducateurs spécialisés ont répondu à vos questions en direct.
Par La rédaction d'Allo Docteurs
Rédigé le
Les réponses du Dr Samia Boughaba, Fil Santé Jeunes
Le plus dur est fait, se dire et se savoir malade : alcoolique. De nombreuses structures spécialisées existent (CSAPA). Vous pouvez aller consulter votre médecin généraliste dans un premier temps qui pourra vous orienter dans une structure proche de chez vous.
Le binge drinking est le fait de boire des quantités massives d'alcool en un temps très court.
Effectivement la seule et unique condition à la réussite d'une prise en charge d'un jeune en prise avec l'alcool est sa motivation et son adhésion aux soins. Si la démarche n'est envisagée que par l'entourage la suite risque d'être très décevante. Un travail avec le jeune sur sa prise de conscience doit être envisagé en amont des soins.
Il est difficile d'imputer l'alcoolisation d'un jeune à un problème précis. Il est plus adapté de dire que le jeune peut réagir à des mouvements émotionnels difficiles, à des difficultés à s'adapter à des situations nouvelles. Ce qui laisse envisager une multitude de situations dont celles dont vous parlez.
Peut être serait-il pertinent d'envisager le problème en discutant dans un premier temps de ce qui peut les amener à boire, et des conséquences que cela peut avoir sur leur santé, leurs relations, leur vie... et d'envisager seulement alors ce qui peut être proposé en réponse à une envie de se faire aider.
C'est déjà très bien!!!
En effet il est important de rester vigilent quant à sa consommation, mais le plus important reste de définir le lien au produit, les raisons qui nous amènent à cette consommation et les réponses qu'on vient y chercher.
Il est difficile de répondre à votre question. Mais peut être serait-il intéressant, ce soir de vous interroger quant à votre inquiétude. Peut-être n'y a t-il aujourd'hui aucune conséquence notable mais si vous persistez qu'en sera t-il ?
Vous abordez le sujet de l'alcool avec votre fils, et il vous répond avec humour, mais il vous répond tout de même ! Peut être pourriez vous lui préciser qu'il ne s'agit pas d'un problème de manque de confiance en lui mais d'une inquiétude pour lui.
Effectivement après un sevrage il est fortement déconseillé, de reconsommer même à toute petite dose. Le chemin du rétablissement est long.
Il va nous être difficile de renter dans le détail du sujet autant qu'on le souhaiterait mais boire chez les jeunes est incontestablement une façon de contrecarrer un sentiment de frustration. En temps de crise, les premières choses qui sont évoquées tous les jours sont: privation, frustration, perte... ce qui chez certains jeunes peut provoquer des perturbations émotionnelles auxquelles ils peuvent être amenés à répondre par des prises d'alcool... Peut être alors pourrions nous répondre : oui.
Votre souhait d'aider votre frère est louable mais tant que lui ne sera pas dans une volonté de se soigner rien ne sera possible.
Nous ne minimisons rien, et vous avez entièrement raison. Nous en parlerons le jour où le thème de l'émission portera sur le cannabis.
Il est très difficile de généraliser les effets positifs d'un traitement sur l'alcoolisme, le Baclofène® vous a convenu et vous vous en êtes sorti. Mais ce traitement n'a pas toujours les effets "miraculeux" que vous décrivez sur tous les patients sans que l'on puisse comprendre cet état de fait.
Les réponses du Dr Catherine Burugorri, médecin généraliste
En parler peut être à son médecin ou se rapprocher d’un centre pour jeunes consommateurs centre d’addictologie.
Un ado ne dit pas consommer même en famille, baisse des résultats scolaires, problèmes comportementaux, agressivité accident de route .... Essayer de poser une question ouverte depuis quand bois tu de la bière, ou que préfères tu la vodka ou la bière ? Parlez en à un professionnel de santé.
C'est consommer trop dans des milieux propices à la consommation ?
C'est un plaisir qui peut évoluer vers une dépendance ou pas suivant la substance l'individu.
C'est juste une facilité et une façon de faire la fête, une société qui évolue, ... et la société se doit d’y répondre...
Seul la discussion, l’ouverture, éviter la moralisation, tenter de comprendre, se rapprocher...
Dès le jeune âge éviter de faire "goûter, ensuite tenter une approche compréhensive des éléments qui peuvent faire "basculer" le comportement (problème de l’adolescence, problèmes scolaires etc...).
Oui, il n'y a pas de comportement génétique, mais l'imitation familiale du comportement parental existe pour tout... y compris l'alcool.
Non, mais le mimétisme familial, éducatif... oui.
Non.
La consommation a commencé très jeune, aussi elle a été massive même si occasionnelle. Cela reste très toxique pour le foie. La principale conséquence reste toutefois psychique, celle du risque de dépendance.
Oui, du moment qu’il existe une dépendance avérée a l'alcool et que le consommateur est désireux d un sevrage, effectivement une thérapeutique peut être mise en place par plusieurs molécules. Les spécialistes des centres d’addictologie vous fourniront de plus amples détails.
Vaste sujet. Les pupilles dilatées peuvent être un signe d’utilisation de produits illicites mais pas forcément dus a l alcool, encore moins seul... Posez lui une question différente, par exemple, "tu as bu seulement de la bière ? Ou de la vodka ?" Car il est certain qu'il a bu... une question qui entraine une réponse positive et ferme la négative. Idem "tu as fumé un seul ou plusieurs joints ?"...Gardez un ton d'écoute, compréhensif, pas de jugement pas de moralisation.
Montrer lui que vous la voyez, gardez un ton calme compréhensif non moralisateur, essayer d’ouvrir le dialogue par des questions ouvertes ne pouvant supporter la négative (tu as bu quatre ou cinq bières), c'est a force de petites choses ainsi que le dialogue va s'amorcer enfin.
Parlez en à votre médecin traitant,... il reste majeur mais effectivement une aide semble souhaitable, surtout pour l'alcool.
La dépendance est sans rapport avec la quantité, il y a dangerosité pour les seuils que vous rapportez, mais il peut y avoir dépendance bien au dessous.
Il y a dangerosité dans les deux cas... les organes cibles différent quelques peu seulement.
Ca ne permet pas de s'alcooliser sans conséquences, ce n'est qu'un outil de plus a disposition dans l'arsenal de lutte contre la dépendance. C'est faux.
Vous avez certainement raison, cette responsabilité est indéniable.
Vous avez certainement raison.
Les réponses d'Oriane Cherrier, psychologue clinicienne
Vous pouvez vous renseigner sur les centres de post-cure (après un sevrage), mais aussi sur les structures en ambulatoires, tels que les (CSAPA) (centres de soins en addictologie). Selon les départements, il existe des associations comme La Source dans les Landes, l'ANPAA, le CEID ou autres, spécialisées dans la prise en charge ambulatoires des personnes présentant des problèmes d'addiction, la problématique de l'alcool étant très fréquemment rencontrée.
Il est difficile de définir une catégorie spécifique et de prédire les comportements, mais il est vrai que les personnes fragiles au niveau psychologiques, ayant un faible estime de soi, ou ayant vécu des traumatismes par exemple, sont plus vulnérables face à l'addiction en général.
En effet, le syndrome de Korsakoff (maladie dégénérative) peut être l'un des effets dramatiques d'une consommation d'alcool importante et répétée. D'où l'importance de la prévention.
Il est extrêmement difficile de venir en aide à quelqu'un qui ne souhaite pas être aidé, qui est dans le déni ou qui refuse le soin. Dans ce cas-là, peu de solutions s'offrent à vous. Dans la majorité des dispositifs de soins, il faut s'engager au minimum dans le soin. Si cette personne a des problèmes d'hébergement, il existe des dispositifs d'appartements de coordination thérapeutique (selon les régions et peu de places), qui sont un intermédiaire temporaire entre le milieu fermé et cadré et la prise en charge en ambulatoire. Les post-cures posent ce problème que lorsque la personne retourne dans son contexte habituel (et celui où il avait l'habitude de s'alcooliser), il est difficile de ne pas retomber dans les anciens comportements...
A-t-il conscience de l'aspect excessif de sa consommation ? Cela lui pose-t-il un problème ? Essaye-t-il d'arrêter sans y parvenir ou cela lui convient-il ? Il est important d'essayer de repérer quelles sont les fonctions de ces alcoolisations. Il y a souvent une phase de déni, avant l'acceptation du problème et la recherche d'aide.
Selon l'âge de votre fils, on peut comprendre qu'il aime sortir et faire la fête. Cependant, si son hospitalisation a un lien avec ses consommations alcooliques et qu'il ne change pas ses habitudes après un épisode comme celui-là, il y a la question de la mise en danger. A-t-il conscience qu'il se met en danger en buvant encore autant, présente-t-il d'autres comportements à risque ? L'idéal est toujours de pouvoir en discuter, soit avec vous, soit avec un professionnel s'il ne souhaite pas le faire avec vous, ce que vous pouvez entendre.
L'idéal est toujours de pouvoir en discuter. Si cela n'est pas possible avec vous, elle peut le faire avec un professionnel. Attention aux sanctions trop restrictives, qui peuvent au contraire pousser les jeunes à transgresser de nouveau. Mais il est tout de même important de rappeler les règles, les limites, qu'on ne mélange pas le cadre scolaire et le contexte festif ou de soirées... Ne pas banaliser non plus de tels comportements. Montrer son inquiétude plutôt qu'accuser ou culpabiliser.
Il s'agit de deux mécanismes différents, mais qui ont tous deux des effets pouvant être dangereux. La prise d'alcool fort en grande quantité en peu de temps est extrêmement dangereuse pour le corps et le cerveau, a des effets immédiats (coma éthylique ou autre), mais cette consommation faite de façon répétée dans le temps, pourra aussi avoir des effets sur le long terme, notamment au niveau cognitif et pour le foie bien entendu. Il y a aussi la question de la régulation de la consommation, ne pas réussir à s'arrêter, ça pose question aussi sur le plan psychologique. Quelle est la fonction de ce comportement ? La consommation quotidienne a aussi des effets, mais peut-être plus lentement et moins spectaculaires...
Je ne connais pas les chiffres (s'il y en a). Tous les enfants d'alcooliques ne deviennent pas systématiquement alcooliques et tous les alcooliques n'ont pas un parent alcoolique. Il n'y a pas de possibilité de prédire systématiquement, mais ce contexte peut effectivement créer des vulnérabilités. Il convient dans ce cas d'en avoir conscience et d'être vigilant. Mieux vaut travailler sur les ressources et ce qui peut nous protéger de ces risques.
Les réponses de Bruno Albuixech et Georges Mrdjenovic, éducateurs spécialisés
Consulter un moteur de recherche en tapant (CSAPA) dans votre département ?
Alcoolisme n'est pas forcément plus fréquent chez les jeunes mais il devient très vite beaucoup plus dangereux.
Privilégier l'échange le dialogue et si cela est difficile envisager une orientation vers des professionnels.
Il existe également des prises en charge ambulatoires avec des relais en structures spécialisées vous en trouverez la liste sur internet en tapant CSAPA dans votre département.
Rester vigilant à l'écoute instaurer de la confiance il est fort probable que l'expérience désagréable que votre fille a vécu lui ait servi.
La loi EVIN prévoit toute une série de règlementations mais très certainement pas encore assez élargie.
On est jeune d'abord et tous les jeunes qui sont dans l’excès de consommation ne deviennent pas des alcooliques, c'est l'installation de la consommation dans le temps et sa perte de contrôle qui est problématique.
C'est d'abord vers les centres de soins CSAPA qu'il vous faut orienter ces personne,s la MILDT n'est qu'une instance ministérielle.
Oui bien sûr, mais il est important que vous puissiez maintenir du dialogue, être présente si votre enfant le nécessite. Vous pouvez s'ils le désirent les orienter vers des centres de consultations de jeunes ou des éléments de prévention lui seront donnés.
Ne pas envisager si vite ce type de réponse thérapeutique orientez-la vers une consultation jeune ou un CSAPA qui pourra la prendre en charge et l'aider à réfléchir sur son alcoolisation.
Les temps de crise qui peuvent générer des problèmes sociaux (chômage etc.) peuvent en effet être des raisons supplémentaires à l'alcoolisation.
Non car le coût en soin est bien supérieur aux taxes générées par la vente d'alcool.
En savoir plus
Des comas éthyliques au collège. Des agressions sexuelles au lycée… Des soirées étudiantes mortelles… A la lecture des faits divers, les conséquences de la consommation d’alcool chez les jeunes apparaissent dramatiques. Quelles sont les limites de cette génération ? Pourquoi la fête tourne t-elle parfois au cauchemar ? Quels sont les ingrédients de ce nouveau cocktail explosif ?
Les experts sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à tirer la sonnette d’alarme : la consommation d’alcool chez les jeunes et ses nouveaux modes de consommation sont inquiétants, ils représentent un véritable problème de santé publique. En France la place culturelle de l’alcool, un accès à la consommation relativement simple, conduisent à des statistiques éloquentes. 60 % des enfants ont déjà gouté l’alcool à l’entrée au collège.
En savoir plus
Sur France 5 :
Sur Allodocteurs.fr :
Et aussi :