Jacques Servier est mort, le procès du Mediator continue

Le docteur Jacques Servier, président et fondateur du groupe pharmaceutique au cœur du scandale du Mediator, est mort ce 16 avril 2014, à 92 ans. Cette disparition survient alors qu'un "grand procès du Mediator" visant tous les acteurs du dossier doit se tenir au premier semestre 2015. Ce décès ne met pas un terme aux procédures en cours.

Rédigé le

Entretien en vidéo avec Me Charles Joseph-Oudin, avocat de victimes du Mediator (17 avril 2014)

Jacques Servier avait fondé l'entreprise portant son nom il y a 60 ans, rachetant en 1954 un laboratoire orléanais producteur d'un sirop contre la toux. Au fil des décennies, l'homme a transformé cette entreprise en un groupe pharmaceutique de grande envergure (4,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2013), dont l'image a été ternie au cours de ces dernières années par le scandale du Mediator (voir encadré).

Le Mediator (benfluorex) a été utilisé par cinq millions de personnes pendant 33 ans. Il a d'abord été prescrit contre l'excès de graisses dans le sang, puis comme traitement adjuvant chez les diabétiques en surpoids, avant d'être retiré du marché fin 2009. Dans les faits, ce médicament a largement été prescrit comme coupe-faim. Il est a l'origine de graves lésions des valves cardiaques et pourrait être responsable à long terme de 2.100 décès, selon une expertise effectuée dans le cadre d'une enquête judiciaire.

L'affaire avait entraîné en 2011 la mise en examen de l'industriel et de plusieurs sociétés de son groupe, et l'ouverture de deux enquêtes judiciaires.

La première enquête porte notamment sur des faits de tromperie, d'escroquerie et de trafic d'influence. La seconde concerne des faits d'homicides et blessures involontaires, et l'éventuelle causalité entre la prise de Mediator et les pathologies développées par chacun des plaignants. Cette seconde enquête risque de prendre plusieurs années en raison du grand nombre de personnes ayant pris le médicament.

"La Justice ne s'arrête pas"

Le docteur Irène Frachon, la pneumologue brestoise qui a été la première à dénoncer les risques du Mediator, a souligné à l'AFP que les problèmes de santé de Jacques Servier étaient connu. "Cette mort était attendue avec une certaine appréhension de la part de ses victimes qui peuvent craindre que le processus de la justice s'arrêtera avec sa mort. Ce n'est pas le cas", a-t-elle insisté. "La Justice ne s'arrête pas, et les victimes doivent le savoir".

"Si la personne a disparu, le nom de Jacques Servier et ses collaborateurs auront à répondre des crimes devant la Justice", a-t-elle poursuivi. "On attend de l'instruction la vérité et la justice".

Elle a qualifié le disparu de "manipulateur" et "d'escroc", ajoutant que le scandale du Mediator avait révélé "une culture de pharmaco-délinquance de l'entreprise Servier". "Il reste à écrire la vraie histoire des laboratoires Servier, une entreprise liée à la personnalité de Jacques Servier marquée du sceau de l'influence, du secret, du complot, de la mégalomanie", a-t-elle jugé.

"Ce qui restera de lui, c'est ce scandale"

Interrogée sur France Inter, la ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine, a déclaré que si l'homme "a créé un grand groupe industriel […] ce qui restera de lui, c'est ce scandale sanitaire gigantesque du Mediator". "Ce scandale a marqué notre pays et on ne peut pas ne pas avoir aussi une pensée pour les victimes", a-t-elle poursuivi.

Jacques Servier avait à plusieurs reprises créé la polémique dans ce dossier.

"[Le Mediator, ce n'est] que trois morts. Les autres avaient déjà des valvulopathies" (défaillances des valves cardiaques), avait-il déclaré lors de ses voeux au personnel en 2011, selon le quotidien Libération. Les expertises réalisées dans le cadre des expertises judiciaires estiment que 1.300 à 1.800 personnes sont déjà décédées des suites d'une défaillance cardiaque causée par la prise du médicament. 

Pour en savoir plus sur le scandale du Mediator :

Sponsorisé par Ligatus