Détecter le cancer du poumon avant même qu'il ne soit visible

Prédire la survenue d'un cancer du poumon est désormais possible, grâce à l'étude de cellules cancéreuses circulant dans le sang. Un véritable signal d'alerte, détectable des mois, voire des années avant les diagnostics classiques.

Rédigé le , mis à jour le

Entretien avec Patrizia Paterlini-Bréchot, professeur en biologie cellulaire et oncologie

Pour la première fois, des chercheurs ont réussi à détecter un cancer du poumon, avant même qu'il ne soit visible sur une radio. L'équipe du Professeur Paul Hofman (Unité Inserm 1081, Nice) a mis au point un test de diagnostic précoce grâce à l'étude de cellules cancéreuses circulant dans le sang (cellules tumorales circulantes). Ces cellules s'échappent de la tumeur métastasée dès les premiers instants de sa formation et se propagent dans tout l'organisme. Leur présence dans le sang devient un réel signal d'alarme. "La dissémination de ces cellules est très précoce, elles circulent même quand la tumeur est minuscule" précise le Pr. Hofman.

100% des patients avec ces cellules développent un cancer du poumon

Depuis 2008, l'équipe a suivi un groupe de 245 personnes, dont 168 présentaient des risques accrus de développer un cancer du poumon. Ces patients, le plus souvent gros fumeurs, étaient atteints de broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO). Une maladie qui multiplie par trois les risques de cancer.

Tous les ans, le sang de ces patients était analysé, à la recherche de cellules cancéreuses circulantes. " Nous avons utilisé le test ISET pour les détecter. Un procédé qui consiste à filtrer le sang. Les cellules cancéreuses étant plus grosses (que le reste des composants du sang NDLR), elles restent à la surface du filtre. Ce test est très sensible et très spécifique. Comme il retient toutes les cellules cancéreuses sans exception, nous effectuons ensuite un test pour identifier uniquement les cellules pulmonaires " explique le Pr. Hofman. A cet échantillonnage était couplé des images radiographiques du poumon.

Sur les 168 patients atteints de BPCO, 5 ont présenté ce type de cellules dans leur circulation sanguine. Un à 4 ans plus tard, ils ont tous les 5 développé un nodule au poumon, visible à l'imagerie. " Nous avons opéré ces patients malades, en enlevant une partie du lobe du poumon. Un après la chirurgie, aucun n'a présenté de récidive ! " s'enthousiasme le Pr. Hofman. A l'inverse, aucunes des personnes sans cellules circulantes, n'a développé de cancer. Ces cellules se révèlent donc être un marqueur très fiable des tumeurs du poumon.

Une première mondiale

Alors qu'une dizaine de laboratoires travaillent à la détection des cellules circulantes dans le monde, l'équipe du Pr Hofman a pour la première fois utilisé ce test pour prédire la survenue d'un cancer. Plus le cancer du poumon est détecté tôt et plus la prise en charge est efficace. " Le problème de ce cancer est qu'il devient symptomatique très tard, trop tard... Le malade reste 3 ou 4 ans sans aucun signe, puis, quand il s'en rend compte, il est déjà trop tard pour opérer " précise le Pr. Hofman. Dans 75% des cas, quand le diagnostic survient, le cancer est inopérable. " A 5 ans, tout stade confondu, seuls 12% des malades survivent." ajoute-il.

Grâce à ces travaux novateurs, il devient envisageable de diagnostiquer la maladie des mois, voir des années avant. En localisant la tumeur, l'opération pourrait donc être programmée au plus vite. Une avancée majeure quand on sait que le cancer du poumon est la première cause de mortalité en France, tuant chaque année 30.000 personnes.

Source : "Sentinel" Circulating Tumor Cells allow early diagnosis of lung cancer in patients with chronic obstructive pulmonary disease, Ilie. M, Hofman. V, et al. Octobre 2014, PlosOne.

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