Des recherches sur l'embryon bientôt élargies ?

L'Assemblée se penche aujourd'hui, jeudi 28 mars 2013, sur une proposition de loi des radicaux de gauche qui autorise, de manière encadrée, la recherche sur les embryons et les cellules souches. Le sujet, qui soulève de nombreuses questions d'éthique, divise les rangs. Faut-il modifier la loi pour élargir le champ de travail des chercheurs ? Oui, répond Marc Peschanski, directeur de l'Institut des cellules souches (I-Stem, Evry). Non, dit le Pr Claude Huriet, président de l'Institut Curie et ancien membre du Comité d'éthique.

Rédigé le

Des recherches sur l'embryon bientôt élargies ?
Des recherches sur l'embryon bientôt élargies ?
Sommaire

Recherches sur l'embryon : vif débat à l'Assemblée

Le texte, qui a l'appui du gouvernement, a été déjà adopté au Sénat début décembre 2012, dans une certaine discrétion, ce qui fait dire à ses détracteurs, des députés UMP, que tout se passe "en catimini".

Depuis 2004, la recherche sur l'embryon et les cellules souches est interdite sauf dérogations. En 2011, à l'occasion de la révision des lois de bioéthique, le Parlement a reconduit ce régime d'interdiction avec dérogations, après d'âpres débats.

La proposition de loi autorise la recherche à quatre conditions : le projet doit être "scientifiquement pertinent", avoir "une finalité médicale", "ne pouvoir être conduit qu'avec des embryons humains" et enfin "respecter des garanties éthiques". L'Agence de biomédecine continuera d'opérer le contrôle.

Certains députés UMP, déjà très actifs en 2011 lors de la révision de la loi bioéthique, protestent vivement. Très réfractaires au passage du régime d'interdiction avec dérogations de la recherche sur l'embryon et les cellules souches, à l'autorisation encadrée, ils défendront en séance près de "300 amendements", a confié Philippe Gosselin, député UMP, pour qui ce texte s'attaque "à des fondements de notre société".

Jean Leonetti (UMP), ancien rapporteur de la loi bioéthique, a mis en garde : "Attention à ne pas céder au moins disant éthique au nom du mieux disant scientifique et de la performance!"

Invité par les députés UMP les plus réfractaires à ce texte, le neurobiologiste Alain Privat estime que la future autorisation "pouvait constituer une source de profit considérable pour l'industrie pharmaceutique", craignant même pour l'avenir le clonage reproductif.

A l'inverse, dans une tribune au journal Le Monde, Jean-Philippe Wolf, chef du service de biologie de la reproduction de l'hôpital Cochin, et professeur à l'université Paris-Descartes, disait il y a quelques jours "oui à une nouvelle loi sur l'embryon". "Qu'on nous comprenne bien, les biologistes n'ont jamais demandé un chèque en blanc pour faire n'importe quoi, mais au contraire la simple possibilité de pouvoir expérimenter, sous le contrôle des agences faites pour cela, des projets sélectionnés et financés par des instituts scientifiques".

Le vote de ce texte est prévu mardi 2 avril 2013. Mais le débat préalable, loin d'être clos, risque de se prolonger...

Pourquoi une partie de la communauté scientifique dit oui

Les enjeux de la recherche sur les cellules souches embryonnaires

L'enjeu pour les chercheurs est de pouvoir travailler sur les cellules souches embryonnaires.

La particularité et l'avantage des cellules souches c'est qu'elles ne sont pas encore spécialisées. Elles sont comme vierges. Elles ont gardé la capacité à se transformer en différents types de cellules - muscle, peau, cerveau - en fonction de l'environnement dans lequel elles se trouvent, et ce à l'infini.

La loi de bioéthique de 2011 avait pourtant réglé le sort de la recherche sur l'embryon. Elle maintenait l'interdiction à l'exception de certains projets de recherche, sur dérogation uniquement. Mais c'était sans compter la volonté politique de la nouvelle majorité, qui souhaite revenir sur ce principe. On pourrait ainsi passer d'un régime d'interdiction, avec dérogation, à une autorisation encadrée.

Un changement réclamé par une partie de la communauté scientifique. C'est le cas du professeur Marc Peschanski, directeur scientifique de l'Institut de recherche spécialisé dans les cellules souches (I-Stem, Evry).

Non à la recherche sur les cellules souches embryonnaires

Entretien avec le Pr Claude Huriet, président de l'Institut Curie

La recherche sur les cellules souches embryonnaires compte aussi beaucoup d'opposants parmi les scientifiques. C'est le cas du Pr Claude Huriet, professeur agrégé de médecine et président de l'Institut Curie, à Paris.

Tout le débat, dans ce camp est de savoir si les cellules souches embryonnaires sont indispensables à la recherche ou si elles peuvent être remplacées par les cellules souches pluripotentes induites (iPS), des cellules souches adultes reprogrammées. 

L'usage de cellules iPS ne pose pas de problème éthique fondamental, au contraire des cellules souches prélevées sur des embryons humains.

En savoir plus

Sur Allodocteurs.fr :

Et aussi :