Boissons énergisantes : les risques liés à leur consommation

Depuis leur entrée sur le marché, en 2008, les boissons énergisantes sont placées sous surveillance renforcée en raison "d'effets indésirables suspectés". L'Agence sanitaire (Anses) a reçu jusqu'ici le signalement d'une vingtaine de cas suspects, dont deux décès par crise cardiaque. Dans un rapport présenté mardi 1er octobre 2013, l'Anses souligne les risques de ces boissons énergisantes associées à une activité physique ou mélangées à de l'alcool.

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Boissons énergisantes : les risques liés à leur consommation

"Le terme boisson énergisante est un terme commercial qui ne fait pas référence à un encadrement réglementaire spécifique à ces produits", note dans son rapport l'Anses, qui préfère employer l'expression "boisson dites énergisantes" (BDE).

Selon une enquête menée à la demande de l'Efsa, l'Autorité européenne de sécurité des aliments, 30% de la population adulte est consommatrice de ces boisons et 12% de cette population en boit jusque 4,5 litres par mois. Les français en consommeraient 40 millions de litres chaque année. "Plus étonnant (et inquiétant)", souligne l'Anses, "est de constater que 18% des 3-10 ans avaient consommé des boissons énergisantes dans l'année."

Arrivées sur le marché français en 2008, ces boissons font l'objet d'une surveillance rapprochée des autorités de surveillance. Depuis 2009, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) suit, dans le cadre de son dispositif de nutrivigilance, les effets indésirables suspectés d'être liés à la consommation de ces produits.

En juin 2012, plus de 250 personnes avaient déclarés de tels effets, un lien "vraisemblable ou très vraisemblable" avec les boissons énergisantes ayant été établi dans vingt-cinq cas. Les effets rapportés sont principalement d'ordre cardiaque (tachychardie, hypertension, douleurs thoraciques), neurologique (crises d'épilepsie, vertiges, hallucinations) et psychiatrique. Deux cas de décès par crises cardiaques restent pour l'heure "en cours d'investigation". 

Réservées à l'adulte et déjà déconseillées aux femmes enceintes et aux sportifs, ces boissons assimilées des sodas sont très appréciées des Français. (voir encadré). Les BDE se différencient cependant des boissons rafraîchissantes du fait de la présence de divers ingrédients dits "stimulants" comme la taurine, la caféine, le ginseng ou le guarana. Elles sont d’ailleurs, comme le rappelle l’Anses dans son rapport, soumises à la réglementation spécifique encadrant les "aliments enrichis".

La caféine au cœur du débat

"Les BDE ont une composition relativement hétérogène, sauf en matière de caféine, présente quasi-systématiquement dans ces boissons. La consommation d'une canette standard (250 ml) de boissons dites énergisantes apporte en moyenne l'équivalent en caféine de deux expressos (50 ml) ou de plus de deux (2,3) canettes de sodas au cola (330 ml)."

"A l'issue de l'analyse des cas de nutrivigilance et des données bibliographiques, la caféine de ces boissons a été considérée comme le facteur explicatif majeur [de la plupart des effets secondaires observés]", notent les auteurs du rapport, "même si quelques données parcellaires suggèrent que la taurine associée à la caféine dans certaines boissons énergisantes pourrait avoir un effet additionnel sur l’élévation de pression artérielle et favoriser la survenue d’angines de poitrine."

La présentation de caféine sous forme de boissons dites énergisantes "fait évoluer les modalités de consommation" d'une population "dont plus de 30% dépassent déjà les seuils recommandés". Selon l'Anses, ces nouvelles formes de consommation touchent des consommateurs jusque-là peu exposés à la caféine, notamment les enfants et les adolescents qui, au niveau européen, sont respectivement 3 et 8% à consommer des BDE plus de quatre à cinq fois par semaine. Par ailleurs, l'Anses observe que 32% des amateurs français de BDE les consomment lors d'occasions festives (bars, discothèques, concerts, etc.), 41% en lien avec une activité sportive et 16% en mélange avec de l'alcool. 
Autant de nouveaux facteurs susceptibles de générer des situations à risques.

L'agence insiste sur la nécessité, pour un certains nombre de consommateurs, d’être particulièrement vigilants vis-à-vis des apports en caféine. Outre les personnes présentant une sensibilité identifiée à cette molécule, le rapport cible notamment les femmes enceintes et allaitantes (la caféine pouvant notamment "augmenter le risque de retard de croissance du fœtus et passer dans le lait maternel") ainsi que les enfants et adolescents (susceptibles de s'exposer à des perturbations du sommeil, des somnolences diurnes et au risque de développement ultérieur de conduites addictives).

Risques liés à la pratique physique

Pour ce qui concerne l'utilisation des BDE en pratique sportive, l'Anses note que "la consommation de caféine avant un exercice prolongé à la chaleur se traduit par une augmentation très significative de la température corporelle. On peut se retrouver ainsi dans des situations à risque de survenue d'accident à la chaleur, en particulier de coup de chaleur d'exercice (urgence médicale associée à une température corporelle supérieure à 40°C et des troubles cardiovasculaires) dont le pronostic médical est toujours très réservé."

En outre, l'agence souligne que les boissons énergisantes ne doivent pas être confondues avec les boissons énergétiques (de type Isostar®) spécialement formulées pour répondre aux besoins des sportifs. Leur forte teneur en sucres "ne correspond absolument pas aux caractéristiques attendues". Et la propriété diurétique de la caféine "va à l'encontre de l'objectif nutritionnel recherché qui est la préservation des fluides de l'organisme."

Un mélange avec l'alcool dangereux

La consommation de boissons énergisantes associées à l'alcool, qui est loin d'être rare puisque 73 % des consommateurs réguliers déclarent associer cette boisson avec de l’alcool, "expose à d’autres types de risques, comme celui de la suralcoolisation" s'inquiète l'Anses. Et pour cause : "15-20 % des étudiants interrogés justifient ces mélanges par l’envie de boire plus d’alcool en retardant l’installation de l’état léthargique de l’ivresse." Ce qui selon l'Agence a pour effet de favoriser les conduites sexuelles à risque, les accidents par chute ou la conduite sous l'emprise de l'alcool.

Sources :
- Rapport de l'Anses, septembre 2013
- Boissons énergisantes : consommations et risques sanitaires, Bordes, X. Bigard, I. Margaritis, 2013

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