Biberons : la polémique retombe

Finalement, les maternités ne pourront plus stériliser leurs biberons et tétines à l'oxyde d'éthylène, une substance classée cancérigène, à l'exception des services de néonatologie.

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Biberons : la polémique retombe
Biberons : la polémique retombe

En novembre 2011, la polémique enfle. Des maternités utilisent des biberons stérilisés à l'oxyde d'éthylène, une substance classée cancérogène pour l'homme. Le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, exige alors le retrait de ces produits de la colère. Pour faire la vérité sur cette affaire, la Direction générale de la santé, a demandé une expertise, dont les conclusions viennent d'être rendues publiques.

L'oxyde d'éthylène, c'est quoi ?

L'oxyde d’éthylène est un gaz est connu depuis les années 1970 pour être hautement toxique et reste classé depuis 1994 comme cancérogène avéré par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Son utilisation est d'ailleurs interdite pour désinfecter des objets destinés au contact des denrées alimentaires. Mais comme pour beaucoup de matières dites cancérogènes, la dangerosité dépend de la durée et la fréquence d'exposition.

La stérilisation à l'oxyde d'éthylène est largement utilisée pour les dispositifs médicaux. Pour les biberons, ce procédé a été préféré à la traditionnelle stérilisation à l'autoclave, c'est-à-dire à la vapeur d'eau, le jour où les biberons en verre ont cédé à la place à des produits dits "incassables".

La stérilisation à l'oxyde d’éthylène est aujourd'hui la seule méthode disponible pour les matériaux utilisés pour la fabrication de biberons à usage unique. C'est aussi le seul procédé capable d'offrir une asepsie suffisante pour les biberons à destination des grands prématurés ou des nourrissons souffrant de pathologies graves.

A contrario, les biberons vendus dans le commerce (grandes surfaces et pharmacie) ne sont pas stérilisés à l'oxyde d'éthylène.

Pas besoin de stériliser les biberons à l'oxyde d'éthylène pour les nourrissons, sauf s'ils sont très fragilisés.

Un risque négligeable

Des experts ont prélevé biberons et autres tétines, chez les fabricants, et dans certains établissements de santé. Puis les échantillons ont été passés à la loupe. Verdict : quasiment pas de traces d'oxyde d'éthylène, à l'exception d'une tétine pour laquelle la substance en cause est d'une quantité à peine détectable.

Dans certains cas, les scientifiques trouvent des résidus en sortie d'usine, mais quasiment plus à l'arrivée dans les maternités. En fait, plus on s'éloigne de la date de stérilisation, plus les résidus sont quasi inexistants.

Conclusion des experts : "les mesures effectuées ne mettent pas en évidence d'excès de risque chez les nourrissons et prématurés nourris à l'hôpital à l'aide de biberons stérilisés à l'oxyde d’éthylène, indique le compte-rendu de l'expertise. Ainsi, pour un prématuré de 2kg hospitalisé 21 jours, l'excès de risque de cancer lié à son exposition à l'oxyde d’éthylène est de 1 sur un million. Un "risque considéré comme négligeable" pour les experts de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation).

Moralité : les maternités n’ont pas besoin de stériliser leurs biberons et tétines à l'oxyde d’éthylène. Il leur reste donc les méthodes traditionnelles, à savoir le traitement par rayonnement ionisant, moins efficace certes, mais sans danger pour les nourrissons.

Pas d'oxyde d'éthylène en néonatalogie

Les méthodes autres que celles utilisant l'oxyde d'éthylène ne permettent pas aujourd'hui d'obtenir les normes exigés par les services de néonatologie. Pour ces nourrissons pris en charge dans ces services, souffrant parfois de pathologies graves, les biberons et autres dispositifs médicaux doivent être microbiologiquement propres, selon des critères définis par le Haut Conseil de Santé Publique (HCSP). Car l'exposition de ces nouveaux-nés à un microbe peut avoir de graves conséquences, en raison notamment d'un système immunitaire fragile et immature.

Pour ces bébés immunodéprimés, plus à risque face aux microbes, le bénéfice d'une stérilisation à l'oxyde d'éthylène semble plus important que le risque d’une exposition à une substance dangereuse. A condition bien sûr que le procédé de stérilisation et les contrôles soient bien respectés. Notamment la phase appelée de désorption, qui permet de débarrasser le biberon ou la tétine des résidus d'oxyde d'éthylène. La Direction Générale de la Santé a par ailleurs demandé aux autorités sanitaires d'effectuer des contrôles chez les fabricants.

Source : Utilisation des biberons en établissements de santé - Conclusions et mesures à prendre, Afssaps, 13 avril 2012.

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