Arrêt du tabac : les patchs à la nicotine n'aident pas les femmes enceintes

ÉTUDE - Les patchs à la nicotine sont inefficaces pour aider les femmes enceintes à arrêter de fumer au troisième trimestre de grossesse, selon une nouvelle étude publiée le 11 mars 2014 par une équipe française, dans le British Medical Journal (BMJ).

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Arrêt du tabac : les patchs à la nicotine n'aident pas les femmes enceintes

En France ou au Royaume-Uni(1), les substituts nicotiniques sont préconisés pour accompagner l'arrêt du tabac chez les femmes enceintes qui peinent à arrêter de fumer, "en dépit d’une absence de preuve satisfaisante de leur efficacité [pour cette population]", comme le notent les auteurs de l’étude.

Comme le rappellent les auteurs de l’étude, fumer augmente notamment le risque de complications au cours de la grossesse, de retard de développement, d'accouchement prématuré, de petit poids à la naissance ou de malformations du nouveau-né.

Selon le professeur Berlin, en France, la fréquence du tabagisme chez les femmes enceintes serait de l'ordre de 17% au troisième trimestre de grossesse, ce qui correspond à environ 137.000 fœtus exposés directement au tabagisme maternel chaque année.

Afin de confirmer l'intérêt de ce dispositif, l'équipe du professeur Berlin a suivi 402 femmes enceintes de plus de 18 ans, fumant au moins cinq cigarettes par jour à la fin de leur second trimestre de grossesse. Deux types de patchs ont été attribués aux participantes. Les premiers délivraient de la nicotine pendant 16h (pour une dose journalière adaptée à chaque patiente, allant jusqu'à 30 mg/jour(2)). Les seconds, d’aspect parfaitement identiques aux premiers(3), ne contenaient absolument pas de substance active.

L'abstinence complète n'a été obtenue que chez onze femmes (5,5%) du groupe nicotine et dix (5,1%) du groupe témoin, une différence non significative qui permet de conclure à l'inefficacité de ces patchs, pour ces grandes fumeuses (+ de 5 cigarettes/jour). Dans les deux groupes, le délai moyen de reprise de la cigarette était de 15 jours.

Le poids moyen à la naissance des nouveau-nés était similaire dans les groupes nicotine et placebo (respectivement 3.065 g et 3.015 g) alors que celui des bébés des 21 femmes devenues totalement abstinentes était nettement supérieur (3.364 g).

Par ailleurs, une pression artérielle significativement plus élevée a été relevée sous substituts nicotiniques. Les auteurs suggèrent donc que le contrôle de la tension artérielle fasse partie des critères d'évaluation des études à venir chez les femmes enceintes.

En résumé, "les timbres à la nicotine, en dépit des doses et de la durée du traitement, n'augmentent ni l'arrêt du tabac ni le poids de naissance des bébés", notent les chercheurs. "Ces résultats sont décevants et devraient encourager les efforts pour évaluer de nouvelles approches", écrivent-ils.

Le soutien psycho-comportemental au cœur de l'accompagnement

En l'absence de preuve de l'efficacité des substituts nicotiniques chez les femmes enceintes fumeuses très dépendantes du tabac, le soutien psycho-comportemental reste l'intervention à privilégier pour les aider à cesser de fumer, estime les auteurs de ces travaux.

Ces travaux soulignent la spécificité du cas des femmes enceintes en termes de dépendance à la nicotine. "On sait que, du fait de son métabolisme particulier, la femme enceinte a un besoin en nicotine bien supérieur aux autres femmes", note le tabacologue Patrick Dupont, interrogé par Allodocteurs.fr.

"On sait par ailleurs qu'un substitut nicotinique seul ne donne pas toujours de bons résultats. Quand on reprend les méta-analyses sur l'efficacité des patchs nicotiniques pour le sevrage tabagique, on voit qu'ils [doublent] la probabilité d'arrêter de fumer. Mais lorsque ces patchs sont associés à des substituts oraux, par exemple, la probabilité d'arrêter [triple]."

"Ces méta-analyses montrent surtout qu'une prise en charge uniquement thérapeutique (produits de substitution seuls) suffit rarement. Elles montrent que l'efficacité de toute thérapeutique [de substitution] est au moins doublée par l’appui d’une thérapie cognitive et comportementale. Des entretiens motivationnels constituent une approche essentielle pour la prise en charge de ces femmes enceintes."

Concernant l'intérêt éventuel de l’utilisation de la cigarette électronique pour le sevrage des femmes enceintes, le tabacologue se veut très prudent. "A l'heure actuelle, on n'a aucune idée de la nocivité des différents produits inhalés, encore moins pour les femmes enceintes. Pour l'heure, ces produits sont déconseillés."

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(1) Aux Etats-Unis, il n’existe pas de recommandation officielle pour la prescription de patchs.
(2) "Il s'agit de la dose quotidienne la plus élevée et de la durée d'exposition la plus longue testées dans une étude chez les femmes enceintes", a précisé à la presse le Dr Berlin, qui a reçu l'aval de l'agence française du médicament ANSM pour administrer cette dose.
(3) La société productrice des premiers patchs nicotiniques a accepté de produire de faux patchs.

Source : Nicotine patches in pregnant smokers: randomised, placebo controlled, multicentre trial of efficacy. I. Berlin et coll. BMJ, 11 mars 2014 doi: 10.1136/bmj.g1622

 

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