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Venezuela : un système sanitaire au bord du gouffre

Le Venezuela fait face à une crise sanitaire dévastatrice. Des personnes meurent chaque jour faute de soins, même en dehors de la spectaculaire panne d'électricité qui a récemment fait la une des médias. Cette crise des droits à la santé contraint des milliers de personnes à quitter le pays.

Rédigé le , mis à jour le

"Venezuela : un système de santé exsangue", chronique de Géraldine Zamansky, journaliste, du 26 mars 2019

Il est impossible d'avoir des chiffres exhaustifs car le gouvernement vénézuélien ne publie plus de statistiques nationales depuis 2017. Des organisations médicales locales évoquent des milliers de décès liés à l'effondrement du système de soins ces dernières années au Venezuela qui se trouve en Amérique latine, au nord du Brésil et à l'est de la Colombie. Lors de la panne d'électricité massive au début du mois de mars 2019, la sitution avait éclaté au grand jour.

La santé en état d'urgence

Cette situation a fait l'objet la semaine dernière d'une intervention aux Nations Unies du Haut Commissaire aux Droits de l'Homme, Michelle Bachelet. En quelques phrases, elle résume, très inquiète, la situation de ce pays qui traverse une grave crise économique déclenchée par l'effondrement des cours du pétrole depuis 2010 et des infrastructures qui n'ont pas été entretenues.

Pendant la panne d'électricité, il n'y avait pas de groupes électrogènes opérationnels dans les hôpitaux. Une vidéo a même été tournée par un député devant un grand hôpital pédiatrique de Caracas. On pense que la vidéo n'a pas commencé mais il fait juste totalement noir... On devine à peine la silhouette des immeubles, alors qu'il y a théoriquement des enfants en soins intensifs et du personnel soignant.


On y voit aussi des salles de dialyse vides. Les insuffisants rénaux font partie des premières victimes de cette panne. Ils seraient plus de quarante et comme le disait Michelle Bachelet, le décompte complet est encore difficile à évaluer.


Une pénurie de médicaments et de matériel

Aujourd'hui, même si ce n'est plus le black out complet, l'électricité reste très aléatoire. Le nombre d'heures de dialyse serait rationné, une heure par personne au lieu de trois à quatre heures. De nombreux hôpitaux ont des difficultés pour acheter les différents dispositifs nécessaires aux branchements sur la dialyse. Ce ne sont pas seulement les infrastructures hospitalières qui ont souffert ces dernières années. Tout l'approvisionnement en médicaments et en matériel fait défaut.

C'était déjà le cas en 2016, quand l'ONG de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch avait pu faire un reportage sur la situation dans une maternité. Depuis, la situation s'est encore aggravée. Il devient par exemple impossible d'acheter la liste des produits demandée par la sage-femme à des prix accessibles. Faute d'entretien, les salles de naissances et les blocs opératoires ferment et sont inutilisables. Lors des dernières statistiques officielles, la mortalité maternelle avait augmenté de 60% en un an. Les femmes enceintes ne sont pas les seules à être en danger. Un grand nombre de services de chirurgie sont hors service.

Un effondrement difficile à imaginer

90% des patients atteints de maladies chroniques n'ont plus accès à leurs traitements. Au Venezuela, le cancer est redevenu une maladie mortelle. Aujourd'hui, alors que de nombreux patients ont besoin d'une radiothérapie pour enrayer la récidive de leur cancer, les machines ne fonctionnent plus dans de nombreux centres de cancérologie.

Les salaires sont tellement faibles dans les hôpitaux publics que presque tous les spécialistes du pays sont partis à l'étranger. Les départs ont été si massifs que la Croix Rouge a dû organiser des formations de personnel médical à la gestion des urgences traumatologiques et à certains gestes chirurgicaux.

Près de quatre millions d'habitants ont déjà quitté le pays

Quelque 3,4 millions de Vénézuéliens ont fui leur pays pour survivre et essayer d'envoyer de l'argent à ceux qui restent car la crise a plongé la population dans d'extrêmes difficultés. Après le manque de médicaments, il y a le manque de denrées alimentaires. Catalina Vargas de l'ONG Care raconte que les parents partent et laissent leurs propres parents s'occuper de leurs enfants. Avec l'hyperinflation, il faudrait 52 SMICS par mois pour qu'une famille puisse se nourrir correctement. Quatre foyers sur cinq sont en état d'insécurité alimentaire.

60% des enfants en moyenne ont un risque de malnutrition. Et la situation est encore plus grave au niveau rural. Si en plus il n'y a pas d'eau, cela devient critique pour l'hygiène, la santé et l'alimentation. L'accès à l'eau potable ne concernait que 30% de la population avant la dernière panne d'électricité et les aléas de ces dernières semaines n'arrangent rien. Il n'y a plus de vaccinations, la population est sous-alimentée, les conditions d'hygiène sont précaires, le système de santé est totalement effondré. Le paludisme et les maladies infectieuses repartent de plus belle. La rougeole, la tuberculose et même la diphtérie font leur retour.

Rosana Raffali de l'ONG Caritas raconte la difficulté de leur combat. L'ONG distribue des médicaments et des poches de nutrition thérapeutique pour les enfants de 0 à 5 ans qui souffrent de malnutrition. Mais si leurs frères et soeurs plus âgés sont malades, ils n'ont pas les moyens de soigner tout le monde aujourd'hui. Ils doivent se concentrer sur les plus jeunes qui risquent le plus d'avoir des séquelles irréversibles si les carences sont trop grandes.

Le besoin d'aide augmente, son coût aussi en raison de l'inflation. Une chose est sûre, soutenir les ONG qui travaillent sur place, ce n'est pas soutenir le gouvernement en place. Tous les interlocuteurs dénoncent les risques d'instrumentalisation de l'humanitaire entre le gouvernement et l'opposition. C'est la raison pour laquelle les ONG sont neutres. Elles aident les plus démunis pour leur sauver la vie.

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