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PACES : les étudiants dénoncent une "réforme en trompe l’oeil"

La réforme des études de santé publiée au Journal Officiel ne plait pas aux étudiants en médecine, pharmacie et kinésithérapie. Dans une tribune critique, ils expriment leur mécontentement et leur désillusion.

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PACES : les étudiants dénoncent une
Crédits Photo : Creative Commons / Guilhem Vellut  

Qu’ils soient en médecine, en pharmacie ou en kinésithérapie, les étudiants s’insurgent contre la réforme des études de santé dont les décrets ont été publiés le 5 novembre 2019 au Journal Officiel.

Le 6 novembre, l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF), l’Association nationale des étudiants en pharmacie de France (ANEPF) et la Fédération Nationale des Etudiants en Kinésithérapie (FNEK) signaient conjointement une tribune dans laquelle ils listent les raisons de leur colère et de leur déception.

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Un texte en-dessous des ambitions étudiantes

Cette tribune, intitulée "A défi majeur, réforme en trompe l’œil ?" fait part de leur "désillusion", dénonçant des "textes flous" et une "absence de moyens financiers suffisants".

"Nous sommes tout d’abord déçus car les textes ne répondent pas à nos ambitions", nous confie Maxime Tournier, vice-président de l’ANEMF chargé de l’enseignement supérieur. Avec la fin annoncée du Numerus Clausus et du concours de la PACES(1) par QCM(2), les étudiants en parcours de santé pensaient "en finir avec le gâchis humains", rapporte Maxime Tournier. "Nous comptions sur cette réforme pour imposer plus de réorientation, de voies d’entrées et de passerelles pour diversifier les profils des étudiants et pour arrêter enfin avec la voie d’entrée unique et "royale" qu’est la PACES" poursuit-il. Mais pour le moment, il n’en est rien.

"Modalités dérogatoires"

Car si le décret incite bien les universités à adopter ces mesures, il ne les y contraint pas. Le texte, "trop flou" et dépourvu de "mesures incitatives", offre en effet aux facutés des "modalités dérogatoires" qui "leur donnent le droit de ne pas appliquer le décret" déplore Maxime Tournier. Car "créer des nouveaux parcours transversaux et des nouvelles orientations obligerait les universités à réviser leur maquette et leur manière d’enseigner". Et bien que "certaines universités se lancent", d’autres "manquent de réactivité" et "ne garantissent donc pas l’application entière de la réforme dans les prochaines années" poursuit le vice-président de l’ANEMF.
"Notre tribune a donc aussi pour objectif de signaler aux universités que nous, étudiants, continuons à les observer, à les accompagner et que nous avons envie de participer à la réforme malgré notre rejet des textes actuels" appuie Maxime Tournier. 

Moyens financiers insuffisants

Seconde cause de déception pour les étudiants, les moyens financiers proposés par l’État pour appliquer la réforme en 2020 et qui sont jugés insuffisants : 16 millions au lieu des 30 précisément chiffrés et proposés par l’ANEMF. Un chiffre trop faible pour parvenir à modifier les programmes, les maquettes, les enseignements et organiser de nouvelles épreuves de sélection qui, contrairement aux QCM, nécessiteront la rémunération de jurys.  
Les associations étudiantes attendaient en effet des textes qu’ils soient cadrés, qu’ils définissent convenablement les enseignements et les mesures à subventionner pour chiffrer réellement les moyens financiers nécessaires avant de les fixer.

"Briser la mentalité concours"

Maintenant, les seules possibilités offertes, selon la tribune des associations étudiantes, sont "la reproduction de pratiques passées et dépassées" à savoir le QCM et les cours en amphithéâtre. Pourtant, "les QCM n’évaluent que des compétences très restreintes. Ils ne reflètent pas le potentiel d’un étudiant et le jugent sur sa capacité à absorber des connaissances sans vérifier qu’il les comprenne" déplore Maxime Tournier selon qui il serait temps de "briser la mentalité concours" en réfléchissant à "de nouveaux moyens d’apprendre et d’évaluer".

Du côté de l’ANEMF, les demandes au gouvernement ont déjà été formulées dans un rapport publié le 22 octobre 2019. Elles regroupent une hausse des moyens financiers, la création d’une cellule de suivi au niveau ministériel et la création d’une stratégie pluriannuelle visant à accompagner les universités dans la mise en place progressive de la réforme.

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(1) Première Année Commune aux Etudes de Santé, qui devrait être supprimée dès la rentrée 2020.
(2) Questionnaires à Choix Multiples. Ils constituent le mode d’évaluation du concours de la PACES. Les grilles remplies par les candidats sont corrigées informatiquement.

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