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Les défibrillateurs : une histoire de coeur et de lobbies

Le lobbying, c'est travailler en coulisses, tenter de faire pression, d'influencer les pouvoirs publics et plus concrètement la réglementation.  Une mauvaise image colle aux lobbies, pourtant certaines actions peuvent être positives en matière de santé publique. C'est le cas des lobbies qui tentent de promouvoir l'installation de défibrillateurs. Les explications avec Rudy Bancquart.

Rédigé le , mis à jour le

Les lobbies autour des défibrillateurs, chronique de Rudy Bancquart du 5 décembre 2013

Les défibrillateurs sont des petites machines qui, en cas d'arrêt cardiaque, envoient un choc électrique pour faire repartir le cœur et sauver des vies.

Avant 2007, seuls les médecins avaient le droit de les utiliser. Mais en 2007 sous la pression de certains médecins, de l'Académie de médecine, le gouvernement de l'époque émet un décret et depuis, tout le monde peut les utiliser. Mais en 2008 la France reste sous-équipée, on compte seulement 5.000 défibrillateurs.

Dans cette dynamique, certains médecins ont essayé d'aller plus loin, et notamment le Pr Xavier Jouven, spécialiste de la mort subite et ses collègues ont essayé de faire passer un second décret pour rendre obligatoire l'installation des défibrillateurs dans les stades de plus de 34.000 spectateurs. L'Etat a tenté d'en évaluer le coût. Au final, la vie sauvée aurait coûté cinq millions d'euros. Trop cher selon Bercy. Mais pour le Pr Jouven, ce calcul est faux. L'administration aurait pris le défibrillateur le plus coûteux du marché à 4.000 euros alors qu'en moyenne, la machine vaut entre 1.000 et 1.300 euros. Il reconnaît qu'il s'agit d'un lobbying raté.

Les associations luttent pour l'installation des défibrillateurs

Les médecins ne sont pas les seuls à lutter pour convaincre les élus de s'équiper de défibrillateurs, il y a aussi les associations. Mais elles ne défendent pas toutes le même objectif : certaines luttent pour contraindre à l'installation tandis que d'autres souhaitent que ça reste une démarche volontaire pour mieux sensibiliser le public. Toutefois, les associations s'entendent toutes sur un point : il faut sensibiliser les élus.

Parmi les associations, l'association BFM/RMC qui promeut l'installation de défibrillateurs. Elle est présidée par Isabelle Weil, l'ex-femme du patron de presse Alain Weil. Le nom de l'association est surprenant ! On ne sait pas s'ils se servent du nom de la chaîne de télé pour faire passer un message de santé publique ou s'ils se servent de cette bonne cause qu'est la promotion des défibrillateurs pour l'image de leur groupe… pas facile à dire.

Les cabinets de lobbying à la rescousse

En tout cas, elle a réussi à mobiliser beaucoup d'acteurs : des députés, des professionnels de la santé… Tous font la promotion de "Ma commune a du cœur" qui est un label que l'association veut décerner aux communes qui se sont équipées en défibrillateurs. Si elle a pu réunir tout ce beau monde, c'est parce que l'association a suffisamment de moyens financiers pour faire appel à "affaires publiques consultants", un cabinet de lobbying, le même cabinet qui gère les intérêts de la chaîne de télé.

Grâce à ce cabinet de lobbying elle a aussi obtenu des rendez-vous avec des parlementaires, des maires de grandes villes et même avec Thierry Rey, le conseiller sport de François Hollande, afin de les sensibiliser à l'installation de défibrillateurs. Le député du Nord, Alex Türk, très investi, a même consacré sa réserve parlementaire pour équiper 400 communes. Finalement, malgré certaines méthodes, le lobbying peut être positif.

Le lobbying des fabricants et distributeurs de défibrillateurs

Les fabricants et distributeurs de défibrillateurs font eux aussi du lobbying. Les fabricants plutôt honnêtes tiennent le même discours que les associations auprès des élus alors que les distributeurs comme "City Care", un des plus gros distributeurs prétend qu'il manque un million de défibrillateurs en France, on sent le business. Pour se justifier, ils avancent le chiffre de 40.000 décès par arrêt cardiaque en France chaque année, mais il faut savoir que 80% de ces accidents se passent à la maison et il serait compliqué d'équiper tous les foyers.

Où en est le lobby des défibrillateurs ?

Les actions de lobbying auprès des autorités sanitaires et des élus portent-elles leurs fruits ? Concernant l'équipement qui reste une démarche volontaire, on est passé de 5.000 en 2008 à 120.000 défibrillateurs en 2012. Aujourd'hui, on peut dire que le lobbying fonctionne et peut être d'utilité publique. En revanche, la part de vies sauvées est passée de 2% en 2008 à 5% aujourd'hui grâce aux défibrillateurs. Le problème reste la formation de la population au massage cardiaque. Tous les acteurs insistent sur ce point.

Enfin certains élus et notamment certains maires hésitent encore à s'équiper, ils ont peur de porter la responsabilité d'une défaillance du matériel mal entretenu par exemple. Mais des entreprises sont exemplaires comme la SNCF qui a équipé tous les trains.

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