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Retour sur l'histoire de la découverte surprenante de deux médicaments anti-cancéreux

Quand la recherche médicale et le hasard se croisent et permettent la mise au point de traitements révolutionnaires : l'exemple de deux médicaments anticancéreux, le cisplatine et la chloreméthine.

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Retour sur l'histoire de la découverte surprenante de deux médicaments anti-cancéreux

La Chlormethine ou Caryolysine, médicament qui a été et reste, malgré les ruptures d’approvisionnements récurrentes, d’une très grande utilité dans le traitement de certaines leucémies et dans la maladie de Hodgkin.

Un dérivé du gaz moutarde

Ce sont des cancers du sang avec la prolifération de cellules tumorales dans le sang (leucemies) et les ganglions (Hodgkin). La Chlormethine ou Caryolysine®, est un produit dérivé de gaz de combat de réputation sinistre de la première guerre mondiale, l'Yperite. 

Durant le conflit, il avait été constaté des lésions cutanées provoquées par cet Yperite (fameux "gaz moutarde" par sa couleur jaunâtre et son odeur) mais aussi, de façon plus sporadique, une forte baisse des globules blancs, les leucocytes. Puis on avait oublié cet effet.

Un gaz qui détruit les cellules sanguines

Lors de la 2ème guerre mondiale, dans le port de Bari, au sud de l’Italie, lors d’un bombardement allemand un navire américain, le John Harvey explose dans le port, libérant sa gargaison, il contenait des milliers de litres de cet Ypérite. 

Les blessés présentent tous une chute vertigineuse des taux de leucocytes. L’affaire est gardée sécrète (les gazés sont transformés ou brûlés….). 
Les scientifiques se rappellent alors les observations de la première guerre et comprennent que ce gaz détruit les cellules sanguines donc, pourrait être utilisé pour détruire les cellules cancéreuses du sang.

Recherche de dérivés

Il est alors décidé de trouver des dérivés (toujours la même démarche) et de créer des composés dits moutardes à l’azote dont la Metchlorethamine en 1949 puis le Melphalan ou Alkéran en 1953 (Bergel et Stock). 

Un effroyable gaz de combat, des observations fortuites, une réflexion sur une toxicité qui peut se traduire en activité et on obtient la création de médicaments. Ces médicaments sont toujours d'actualité, notamment le Melphalan dans le myélome qui est aussi un cancer avec prolifération de certaines cellules du sang qui sont devenues anormales. 

Des anticancéreux dérivés d’un métal précieux, le platine 

C'est aussi assez fascinant en termes de hasard mais exploité  par une démarche scientifique rigoureuse. Les complexes de platine (un métal très précieux) sont aujourd’hui parmi les anticancéreux les plus efficaces et les plus utilisés par exemple le Cisplatine, ou Cis-chlorodiammino platine, très utilisé dans des cancers ORL ou de l’œsophage.  La découverte des propriétés antitumorales du platine a été fortuite.  

En 1965, Barnett Rosenberg, un professeur de chimie de l’université du Michigan, cherchait si le courant électrique pouvait inhiber la croissance bactérienne. 

Le courant tue les bactéries !

Il observa une inhibition de la croissance de bactéries Escherichia coli lorsque le milieu de culture qu’il utilisait contenait du chlorure d’ammonium et qu’il était soumis à un courant électrique établi entre deux électrodes de platine.

Barnett Rosenberg est un vrai scientifique, il observe et vérifie ses idées par d’autres expérimentations. Il constate que la surface des électrodes semble un peu attaquée et se demande si des composés du platine n’auraient pas été formés sous l’action du courant en présence du chlorure d’ammonium. 

Un composé cytotoxique ?

Il analyse le milieu et trouve un composé, le cis-platine qui est un dérivé du platine avec du chlore et de l’ammoniac (justement ce qu’il y a dans le chlorure d’ammonium ). Ce produit était déjà connu car synthétisé depuis le 19ème siècle ce qui est un avantage.  

Rosenberg pense que si ce composé inhibe les bactéries, il pourrait aussi être cytotoxique, c’est-à-dire détruire les cellules cancéreuses. Avec un contrat du National Cancer Institute, il teste ce composé sur des cellules puis des souris leucémiques.

En 1972, le composé est testé sur des tumeurs du testicule qui, à l’époque, étaient mortelles. Succès énorme  et en 1976 le cisplatine, qui a été licencié à BMS (comme l’AZT), devient un bestseller de la cancérologie et rapporte des fortunes au laboratoire…. 

C'est très souvent la même histoire , la découverte est universitaire avec des fonds publics et finit par profiter aux industriels . 

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