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Histoire de la médecine : la découverte de la cortisone

C’est un médicament qui a révolutionné la médecine et changé la vie de millions de patients dans le monde. Retour sur l'histoire de la cortisone.  

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Histoire de la médecine : la découverte de la cortisone

En 1902, deux chercheurs anglais, Maddock Bayliss et Ernest Starling, avaient démontré que des glandes comme les surrénales, la thyroïde, une partie du pancréas et l’hypophyse, transmettaient des "messagers chimiques" capables de stimuler d’autres régions du corps.    

La surrénale, comme son nom l’indique, est une glande située au-dessus des reins. 

Starling avait choisi le terme hormone, du grec hormôn qui signifie "exciter", pour décrire cette nouvelle classe de composés. Ces glandes sont dites endocrines car elles secrètent dans le sang. La première hormone utilisée en thérapeutique sera l’insuline, extraite du pancréas en 1921 par Banting et Bess. 

Avant la deuxième guerre, un chercheur suisse, Reichtein et un américain, Kendall avaient réussi indépendamment à isoler une substance de la cortico-surrénale mais en quantité infime. Il la nomme substance E mais impossible de la caractériser et encore moins de l’étudier.  

Une donnné totalement farfelue ?

En 1941, les services secrets américains contactent Kendall. Des scientifiques allemands seraient parvenus à extraire du cortex des surrénales bovines, une hormone permettant aux pilotes de voler à haute altitude, et ce, sans masque à oxygène. Dans le cas où cette information se révélait exacte, l’armée de l’air allemande bénéficiait d’un avantage marqué par rapport aux pilotes alliés.

Kendall demande alors des crédits pour pouvoir obtenir beaucoup d’extraits de cortico-surrénale. Grâce à cet argent, il isole à partir de 500 kg de glandes bovines seulement 500 mg d’une substance qu’il analyse et nomme cortisone. Impossible d’en obtenir assez pour voir si cette histoire de tolérance à l’hypoxie était réelle. Heureusement, les renseignements des services secrets américains étaient faux  ! Après-guerre, avec l’aide des laboratoires Merck, il arrive à isoler suffisamment de cortisone. 

Les applications cliniques découvertes de façon étrange 

Comme souvent dans la découverte de médicaments, il s'agit de hasard mais aussi beaucoup d'intuition . Un rhumatologue américain, Philip Hensch, s’était souvenu d’une curieuse observation, les femmes atteintes d’une grave maladie inflammatoire, la polyarthrite rhumatoïde, voyaient leurs symptômes disparaitre mystérieusement lorsqu’elles étaient enceintes.  

Hensch, pensait que la cortisone, était synthétisée par l’organisme en plus grande quantité durant ces événements. Il décida de l’utiliser pour le traitement de l’arthrite rhumatoïde, dès que des quantités suffisantes furent disponibles.  

Miracle, la patiente fut quasiment guérie. C’était la première fois que l’on disposait d’un médicament très efficace dans des pathologies rhumatismales et inflammatoires. 

Hench, Kendall et Reichstein reçurent le prix Nobel de physiologie et médecine en 1950 pour leurs travaux. 

Aujourd’hui, la cortisone est utilisée de manière restreinte pour l’arthrite rhumatoïde en raison des nombreux effets secondaires qui y sont associés  :

  • Rétention d'eau.
  • Troubles digestifs type ulcère et du comportement (excitation, insommie) etc…

Toutefois, elle a joué un grand rôle dans le traitement d’autres conditions où il y a inflammation. 

Dans quelles autres indications est-elle prescrite ?  

Comme la cortisone a pour effet de déprimer le système immunitaire, elle est aussi utilisée dans le traitement de maladies auto-immunes.  

On a développé ultérieurement de nombreux dérivés, les corticoïdes de synthèse comme l’hydrocortisone, la dexaméthasone, la prednisone qui ont des indications extrêmement vastes en réanimation, comme anticancéreux, en dermatologie, dans de nombreuses maladies inflammatoires, en opthalmologie etc…  

Ce sont donc des médicaments absolument essentiels et leur rupture actuelle est dramatique pour les patients et vraiment scandaleuse.

 

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