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Handicap : faut-il choisir entre vie de couple et allocation ?

Le montant de l’AAH, l’allocation adulte handicapé est calculé en fonction des revenus du conjoint. Un mode de calcul que dénoncent depuis des années associations et personnes en situation de handicap.  

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Handicap : faut-il choisir entre vie de couple et allocation ?

Une proposition de loi avait été votée en février 2020 mais elle était restée lettre morte au Sénat. Le débat est aujourd’hui de nouveau relancé. Grâce à une pétition de plus de 100 000 signatures, les sénateurs l’ont inscrit à l’ordre du jour et la proposition de loi sera discutée aujourd’hui dans l’hémicycle. 

Aurélie a 27 ans, elle est étudiante en Arts Plastiques. Elle est née avec une malformation de la colonne vertébrale. Des douleurs fortes et chroniques la fatiguent et l’handicapent au quotidien.  

" Cela peut être un peu partout dans le corps. Je peux avoir des migraines qui vont faire que je ne vais plus du tout supporter ni le bruit ni la lumière. Je suis obligée pendant peut-être une journée de m’enfermer dans le noir sans pouvoir rien faire d’autre qu’attendre. J’ai aussi une sciatique chronique. Toutes ces douleurs font que je ne peux pas m’engager sur un emploi parce que je peux être alitée pendant une semaine, puis aller bien pendant 2, 3 jours, puis ensuite plus pouvoir rien faire pendant 1 mois… Il n’y a vraiment pas de régularité", déclare Aurélie.

Aujourd’hui, Aurélie touche l’allocation adulte handicapée. 902 euros 70 par mois pour vivre et pour payer le loyer de ce petit appartement du CROUS. Mais Aurélie va devoir le quitter l’année prochaine car ses études prennent fin. Elle pourrait s’installer avec Lucas, son petit ami depuis 3 ans, mais un problème se pose. Si Lucas gagne plus de 1633 euros par mois, son allocation à elle sera supprimée. C'est une situation injuste pour Aurélie.  

" C’est un peu comme si on me disait que si quelqu’un avait envie de m’aimer, il était obligé de subir tous les mauvais côtés du fait que j’existe. Je ne trouve pas ça normal que le conjoint soit mis dans cette situation ".

" Ça implique à chaque fois que la personne a besoin de quelque chose, elle doit potentiellement demander à son conjoint, ça devient presque son responsable en fait. Et du coup c’est totalement une privation de ses libertés", explique Lucas.

Pour le jeune couple, il faudrait modifier le système de calcul de l’AAH et ne plus prendre en compte les revenus du conjoint. Mais Le gouvernement s’y oppose. Ce changement aurait un coût important et bousculerait un principe fondateur.  En France, la solidarité familiale prime sur la solidarité nationale. Et c’est le cas pour tous les minimas sociaux.  

Cet argument n'est pas recevable pour Anaud de Broca, président du Collectif Handicaps. " C’est pour nous une vision assez passéiste, assez déconnectée, de la politique du gouvernement qui parle de société inclusive, d’inclusion des personnes handicapées dans la société… Et ce n’est certainement pas en les faisant dépendre de leur famille ou du conjoint qu’on arrive à une telle inclusion ".

Le Sénat doit aujourd’hui étudier une proposition de loi adoptée en février 2020, contre l’avis du gouvernement. L’occasion d’éclaircir une ambiguïté qui date de 1975, année de la création de l’allocation adulte handicapée. S’il est voté et amendé, le texte sera à nouveau débattu à l’Assemblée nationale.

 

 

 

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