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Don de rein à un proche : le don d'une vie meilleure

Donner un rein de son vivant à un proche est autorisé en France depuis 2011 et offre un taux de succès élevé. Raynald et Jean-Marie, receveur et donneur unis par une amitié qui dure depuis 30 ans en témoignent.

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Don de rein à un proche : le don d'une vie meilleure

"Donner un rein à un proche, c’est lui offrir une meilleure qualité de vie". L’Agence de la biomédecine fait campagne du 12 au 22 octobre pour le don du rein du vivant, une option encore "insuffisamment connue et pratiquée".
En effet, en 2018, la France comptait 3.567 greffes de rein dont seulement 541 (15%) réalisées grâce au don du vivant d’un proche.

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10% de survie en plus

Pourtant, cette technique offre plusieurs avantages. Le premier avantage d’une greffe de rein du vivant est une "meilleure qualité des résultats sur le long terme, avec 10% de survie des greffons en plus par rapport à ceux d’une personne décédée" révèle le professeur Olivier Bastien, directeur de l’activité de prélèvement et de greffes d’organes et de tissus à l’Agence de la biomédecine.

Deuxième intérêt : l’aspect organisationnel. "Il est possible de planifier la date de la greffe et elle peut ainsi être prévue à temps pour éviter la mise en place d’une dialyse" poursuit le professeur Bastien.

Enfin, cette technique permet de raccourcir le délai d’obtention d’une greffe et de diminuer le nombre de personnes en attente d’une greffe. Elles étaient 8.000 sur la liste d’attente au 1er janvier 2018 en France.

"Je lui ai donné mon rein"

Mais dans quelles situations la greffe du rein est-elle une solution ? Différentes maladies exposent à des atteintes rénales suffisamment sévères pour qu’une greffe soit requise, liste le professeur Bastien : "les maladies dites de la civilisation comme le diabète ou l’hypertension, les maladies propres du rein, comme la maladie de Berger qui peuvent guérir mais dont les récidives peuvent entraîner une insuffisance rénale et les maladies génétiques comme la polykystose rénale héréditaire."

Cette dernière pathologie est celle dont souffre Raynald, 44 ans, qui témoigne aujourd’hui de sa greffe rendue possible par son ami Jean-Marie. Les deux hommes unis par une amitié longue de 30 ans et désormais par le partage d’un organe racontent leur histoire dans un film, Côte à Côté, qui illustre la campagne de l’Agence de la biomédecine. "La solution c’était la greffe. Les six derniers mois il était gris, il était fatigué. […] C’était hors de question que j’aille à son enterrement en me disant, tu n’as rien fait. Je lui ai donné mon rein" explique Jean-Marie, le donneur.

Au moins deux ans de relation stable pour donner

Comme dans le cas de Raynald et Jean-Marie, le donneur et le receveur sont des personnes proches mais pas forcément issues de la même famille. "Depuis 2011, la loi élargit le cercle des donneurs aux conjoints et aux amis proches non apparentés, à condition qu’ils justifient d’au moins deux ans de relation stable" rappelle le professeur Bastien.

De toute façon, "personne n’est complètement compatible même au sein de la famille proche et il faut toujours réaliser des tests immunologiques pour s’assurer de la faisabilité du don" poursuit le spécialiste.

"C’est plutôt aux proches d’engager la discussion"

Le plus complexe reste d’aborder le sujet. "Il est souvent difficile pour le malade de faire cette demande car le sentiment de culpabilité est fort" rapporte le professeur Bastien, qui conseille plutôt aux proches et à la famille d’engager eux-mêmes la discussion. "Plus il y aura de gens informés sur cette possibilité et sur les avantages d’une telle opération, plus la conversation sera facilitée" avance le médecin.

Puis, une fois le donneur trouvé, il faudra s’assurer qu’il ne souffre lui-même d’aucune maladie au moyen d’une batterie de tests et procéder à des démarches administratives auprès du Comité donneur vivant et d’un tribunal de grande instance.

Des risques de l’ordre de "un pour mille"

Mais à aucun moment le donneur ne devra suivre un traitement particulier. S’il est en bonne santé, il est prêt pour la greffe et les risques pour lui sont très faibles, "de l’ordre de un pour mille", selon le professeur Bastien. "Le premier risque, comme pour toute opération est celui d’une infection post-opératoire" note-t-il. Le second risque est un risque à long terme : "on vit très bien avec un seul rein, mais il faut en prendre soin" souligne le médecin. "C’est pour cette raison que les donneurs bénéficient d’une consultation annuelle gratuite à vie dédiée à la prévention des problèmes de santé à long terme" rappelle-t-il.

Pour le receveur aussi, les risques sont faibles car le greffon est en excellent état et la durée entre le prélèvement et la greffe est minimale. Le succès de cette technique est tel que les trois quart des greffons prélevés sur un donneur vivant sont encore fonctionnels dix ans après la greffe, selon l’Agence de la biomédecine.

"Je sentais une espèce de patate d’enfer"

Une réussite illustrée par le cas de Raynald. "Nos cellules vivent assez bien en cohabitation. C’est un peu le secret de notre amitié, marcher côté à côte, en symbiose, sans grignoter le périmètre de l’autre" confie-t-il aujourd’hui.

Après la greffe, "en 24 heures" seulement, "la machine était remise en route et moi je sentais une espèce de patate d’enfer" s’amuse-t-il aujourd’hui.

Selon Raynald, "tout s’est bien passé" pour lui et son ami Jean-Marie. "Avec néanmoins le jour de l’opération, la découverte d’une tâche sur le rein en question, que les chirurgiens ont ôté" rapporte-t-il. "Cette tumeur sur son rein aurait pu le rendre malade au fil des années/ou pas. Il considère néanmoins que je lui ai sauvé la vie. Je considère que, par sa générosité, il s’est sauvé la vie."

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