Mediator : Servier reconnait des "erreurs" dans l’évaluation du risque

Dans le cadre du procès en appel du Mediator, les dirigeants de Servier ont admis avoir "commis des erreurs" dans l'appréciation des effets secondaires du médicament. Cependant, ils contestent toutes dissimulations des effets.

Mathieu Pourvendier avec AFP
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En première instance, en mars 2021, le tribunal correctionnel de Paris a estimé que les laboratoires Servier "disposaient à partir de 1995, de suffisamment d'éléments pour prendre conscience des risques mortels" liés au Mediator
En première instance, en mars 2021, le tribunal correctionnel de Paris a estimé que les laboratoires Servier "disposaient à partir de 1995, de suffisamment d'éléments pour prendre conscience des risques mortels" liés au Mediator  —  Shutterstock

Depuis le 9 janvier se tient le procès en appel du Mediator. Une semaine plus tard, mardi 17 janvier, la représentante des laboratoires Servier et l'ex-numéro deux de l'entreprise pharmaceutique ont admis avoir "commis des erreurs" dans "l'évaluation du risque" lié aux effets secondaires de ce médicament.

"Nous avons fait une erreur sévère"

"Nous nous sommes trompés dans l’évaluation du risque. Nous avons fait une erreur sévère, sérieuse (...) dont les conséquences ont été gravissimes pour les victimes", a reconnu devant la cour d'appel de Paris Jean-Philippe Seta, bras droit du PDG de Servier jusqu'en 2013.   

Mis sur le marché comme antidiabétique en 1976 mais indûment prescrit comme coupe-faim jusqu'en 2009, le Mediator a entraîné de graves effets secondaires sur des milliers de patients souffrant de pathologies cardiaques ou pulmonaires et parfois entraîné leur mort.

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Pas de "volonté délibérée" de tromperie

Mais "cette erreur d'appréciation, aussi grave fut-elle, mérite-t-elle une qualification pénale ? La certitude que j'ai, c'est qu'il n'y a pas eu de volonté délibérée" de tromper les autorités sanitaires et les patients, a ajouté M. Seta, pour ses premiers mots à la barre. L'ex-dirigeant, aujourd'hui âgé de 69 ans, est rejugé aux côtés de six sociétés du groupe Servier, notamment pour tromperie aggravée et homicides et blessures involontaires.  

"Nous avons très mal apprécié le risque, nous l’avons constaté beaucoup trop tard", a aussi concédé la représentante de Servier, Isabelle Tupinon-Mathieu.

Pour le laboratoire, il est "acquis" que "le Mediator a entraîné des valvulopathies et de l'hypertension artérielle pulmonaire, qui ont entraîné des décès", ce que "nous regrettons profondément", a-t-elle affirmé. En revanche "nous contestons avoir obtenu de façon indue l'autorisation de mise sur le marché" du médicament et "avoir dissimulé les effets secondaires du produit", a complété la dirigeante.      

"En 2007, il aurait fallu peut-être réagir différemment"

"Quand le groupe Servier et sa direction ont raté le coche ? Quand est-ce que vous auriez dû faire autrement ?", les a interrogés le président de la cour, Olivier Géron. "En 2007 il aurait fallu peut-être" réagir différemment, a avancé Jean-Philippe Seta, précisant que "cette déclaration n'engage(ait) que (lui)".    

Néanmoins, pour Isabelle Tupinon-Mathieu, ce n'est qu'"en 2009", date du retrait du Mediator du marché, qu'"on a eu les éléments probants qui pointaient l’ampleur du risque".

En première instance, en mars 2021, le tribunal correctionnel de Paris a estimé que les laboratoires Servier "disposaient à partir de 1995, de suffisamment d'éléments pour prendre conscience des risques mortels" liés au Mediator. Servier a été condamné à une amende de 2,7 millions d'euros, Jean-Philippe Seta à quatre ans de prison avec sursis et une amende de 90 600 euros. Le procès en appel devrait durer jusqu'à juin 2023.

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Le combat d'Irène Frachon contre le Mediator  —  Le Mag de la Santé - France 5

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