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Origines du VIH : la part des gorilles

Après les chimpanzés, les gorilles sont à l'origine de la transmission humaine de certaines souches virales du VIH. L'histoire de la propagation de la maladie, entre deux espèces et du singe à l'homme, est donc en passe d'être élucidée grâce à une équipe de recherche internationale.

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Origines du VIH : la part des gorilles
Le VIH transmis à l'homme par les gorilles (Cai Tjeenk Willink® Wikimedia)

M, N, O et P sont les quatre groupes qui composent le Virus de l'Immunodéficience humaine (VIH-1). Chacun a une origine propre, qui résulte d'une transmission du singe à l'homme à au moins quatre occasions différentes. Alors que l'origine simienne des groupes M et N, retrouvés chez des chimpanzés du Cameroun, a déjà été identifiée il y a plusieurs années, le réservoir des groupes O et P restait jusqu'alors inconnu.

Désormais, le mystère est levé sur les origines de toutes les souches virales de l'infection chez l'homme : O et P proviennent du gorille. Le groupe M, la souche la plus répandue, est responsable de la pandémie de sida avec plus de 40 millions de personnes infectées dans le monde. Elle touche 99% des personnes infectées.

L'équipe de recherche, menée par Martine Peeters, une virologue de l'Institut français pour la Recherche et le Développement (IRD), a découvert que des traces du groupe O étaient présentes dans des déjections de gorilles sud-camerounais. Cette recherche a été réalisée à partir d'analyses génétiques de déjections de chimpanzés et de gorilles du Cameroun, du Gabon, de la République démocratique du Congo et d'Ouganda. Ainsi, le groupe O a pu se propager chez l'humain dans plusieurs pays en Afrique centrale et occidentale. On estime qu'il a infecté près de 100.000 personnes.

Une transmission entre deux espèces

Les origines du groupe O sont les mêmes que celles du groupe P, détecté pour la première fois en 2009 chez une femme camerounaise vivant en France. Depuis, ce groupe, extrêmement minoritaire, n'a été retrouvé que chez deux individus. "Cette étude montre que, comme les virus de l'immunodéficience simienne (SIV) infectant des chimpanzés, ceux des gorilles sont aussi capables de traverser la barrière des espèces et peuvent provoquer des épidémies" explique Martine Peeters.

Le VIH est donc issu d'une transmission du virus de l'immunodéficience simienne (VIS) infectant naturellement les grands singes du sud du Cameroun. Il aurait franchi la barrière des espèces lors de chasses, par des morsures de singes infectés, par des écorchures lors du dépeçage de ces animaux, ou lors de la consommation de viande de brousse, précisent ces chercheurs. "Ces travaux permettent de mieux comprendre l'origine de cette maladie, et de mieux évaluer les risques futurs pour les populations humaines" conclut la virologue.

Source : Origin of the HIV-1 group O epidemic in western lowland gorillas. Mirela D'arc et al. PNAS, 2015. doi:10.1073/pnas.1502022112

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