Les jeunes pères engendrent-ils plus d'enfants malades ?

Les pères de moins de 15 ans ont un sperme qui mute beaucoup, selon une étude anglaise publiée le 18 février. Et ces erreurs génétiques seraient responsables de la naissance d'enfants autistes, schizophrènes ou encore bipolaires... Un raccourci un peu rapide, qui néglige l'influence des facteurs sociaux et environnementaux auxquels sont soumis les enfants nés de parents adolescents.

La rédaction d'Allo Docteurs
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Rédigé le , mis à jour le
Les jeunes pères engendrent-ils plus d'enfants malades ?

Les parents ados seraient plus susceptibles, comme les pères de plus de 45 ans, d'engendrer des enfants atteints d'autisme, de schizophrénie ou encore de spina bifida, en raison d'un plus grand nombre de mutations observées dans leur sperme. C'est en tout cas l'hypothèse émise par des chercheurs britanniques (1) qui ont étudié l'ADN de plus de 24.097 parents et de leurs enfants originaires d'Allemagne, d'Autriche, du Moyen-Orient et d'Afrique, entre 1990 et 2010. La mère la plus jeune avait près de 11 ans et la plus âgée 52 ans, alors que le père le plus jeune avait 12 ans et le plus âgé 70.

Les chercheurs, dirigés par Peter Forster, ont découvert que les pères adolescents présentaient 30% de mutations génétiques supplémentaires dans leur sperme par rapport à celui des pères âgés d'une vingtaine d'années. Le taux global de mutations chez les pères est au moins sept fois plus élevé que chez les mères.

La génétique n'explique pas tout

Aucune explication scientifique n'a pu être fournie par les auteurs de l'étude qui avancent plusieurs hypothèses. Selon M. Forster : "il semble que les cellules reproductrices mâles accumulent (…) des erreurs d'ADN à un niveau particulièrement élevé au début de la puberté". Pour autant, les jeunes pères ne doivent pas paniquer. "Il ne faut pas personnellement s'inquiéter" rassure le chercheur, dans la mesure où seulement 1,5% des nouveaux-nés présentent des anomalies et qu'une hausse de 30% des mutations génétiques fait passer ce taux à 2%.

D'autres études publiées ces dernières années avaient insisté sur la mauvaise qualité du sperme chez les pères âgés de plus de 45 ans, qui, selon les chercheurs, multiplierait les chances d'avoir un enfant autiste ou bipolaire (2). Ils vont même plus loin en soutenant que ces mutations doublent les risques d'avoir un enfant suicidaire ou toxicomane... Les mutations génétiques sont-elles réellement responsables de tous ces maux ? Non, car ces scientifiques oublient de prendre en compte l'influence de l'environnement et du milieu social sur le développement de ces maladies. Des facteurs qui ont d'autant plus de poids quand il s'agit d'un enfant né de parents adolescents.

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(1) Université de Cambridge
(2) Etude publiée en février 2014 dans la revue JAMA Psychiatry

Source : Elevated germline mutation rate in teenage fathers. P. Forster et al. The Royal Society Publishing, février 2015. DOI: 10.1098/rspb.2014.2898

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