Qualité du sperme : la débandade

Entre 1989 et 2005, la concentration en spermatozoïdes dans le sperme des Français a diminuée d'un tiers. Des travaux publiés dans la revue Reproduction démontre que cette tendance, déjà constatée au niveau national, n'épargne pratiquement aucune région. L'Aquitaine, la région Midi-Pyrénées et les régions viticoles sont les plus touchées.

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Qualité du sperme : la débandade
Les spermatozoïdes en ordre de marche... Photogramme du film ''Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe (sans jamais oser le demander)'' (Woody Allen, 1972) - Tous droits réservés United Artists.

L'équipe du docteur Joëlle Le Moal, de l'Institut de veille sanitaire (InVS), avait déjà décrit ce phénomène dans une vaste étude publiée en 2012, et réalisée sur plus de 26.600 hommes. Ces nouveaux travaux affinent la recherche initiale, livrant une analyse au niveau de chaque région de métropole.

Selon la précédente étude, la concentration du sperme a subi une baisse continue, de l'ordre de 1,9% par an depuis 1989 (date du lancement des travaux) pour atteindre, en 2005, environ un tiers. Le nombre des spermatozoïdes d'un homme de 35 ans est ainsi passé de 73,6 millions de spermatozoïdes par millilitre de sperme en 1989 à 49,9 M/ml en moyenne en 2005. Ces concentrations spermatiques restent, en moyenne, dans la "norme fertile" de l'OMS (supérieure à 15 millions/ml).

Pour la nouvelle étude, assortie de cartes, les auteurs ont repris le même échantillon d'hommes, pour comparer l'évolution des tendances dans 21 régions.

L'étude régionale confirme que le déclin de la qualité du sperme n'épargne pratiquement aucune région. L'Aquitaine et la région Midi-Pyrénées, les plus touchées, ne font pas partie de celles où la consommation de tabac et d'alcool sont les plus élevées. Elles n'ont pas non plus de fort taux d'excès de poids qui pourraient être mis en cause.

La période apparaît trop courte pour attribuer cette évolution à une influence génétique.

Les pesticides en cause ?

En revanche, ce sont des régions fortement agricoles, ajoute l'épidémiologiste. L'Aquitaine (viticole) est la première région française pour l'emploi dans le secteur agricole et la deuxième pour le nombre d'exploitations. Midi-Pyrénées (viticole et arbres fruitiers) est la première région pour le nombre d'exploitations et la deuxième pour la surface cultivée, notent les auteurs.

"Les activités viticoles sont celles où l'on utilise le plus de pesticides proportionnellement à la surface", explique le docteur Le Moal aux journalistes de l’AFP. Elle évoque "une exposition globale ubiquitaire de l'ensemble de la population depuis les années 50" aux perturbateurs endocriniens, notamment certains pesticides.

D'où l'hypothèse du rôle de facteurs environnementaux (pesticides, autres produits...) susceptibles de perturber le fonctionnement hormonal, soulevée par les auteurs.

"C'est très important de surveiller la qualité du sperme au niveau international maintenant que l'on a des données de sa dégradation en France", souligne Mme Le Moal. C'est justement l'objet d'un réseau "Hurgent" lancé par l'InVS fin 2013 au niveau européen, ajoute-t-elle.

Source : Semen quality trends in French regions are consistent with a global change in environmental exposure. J. Le Moal et coll. Reproduction, publication avancée en ligne du 24 fev. 2014 doi: 10.1530/REP-13-0499

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