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Tabac : les doutes levés sur le Champix® ?

Depuis plusieurs années, les soupçons pèsent sur le Champix®. Ce traitement, efficace dans le sevrage tabagique, est accusé d'augmenter les risques de maladies cardiovasculaires et de pensées suicidaires. Pourtant, ces données pourraient être biaisées... Une nouvelle étude, d'une ampleur inédite, remet en cause ces risques.

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Après trois mois de prise de Champix®, 44% des patients se déclarent non fumeurs (Image d'illustration)

Le Champix® a-t-il été trop vite incriminé ? Depuis 2011, la question ne cesse d'être soulevée par la communauté scientifique. Ce traitement, prescrit pour le sevrage tabagique, a été mis sur le marché français en 2007. Très efficace, le Champix® (varénicline) permet à 44% des fumeurs d'arrêter le tabac au bout de trois mois. A l'époque, il est rapidement présenté comme l'alternative la plus fiable au buprorion (Zyban®), un antidépresseur commercialisé depuis 2001 dans le servage tabagique. Car l'intérêt du Champix® est double: en plus d'éviter la sensation de manque, il diminue le plaisir ressenti à chaque cigarette.

Comment fonctionne le Champix® ?

La varénicline agit sur le système nerveux central, plus précisément sur les récepteurs de la nicotine.

Il existe de nombreux types de récepteurs à la nicotine, mais le Champix® en cible un en particulier, considéré comme le plus important dans le phénomène de la dépendance au tabac. La molécule s'accroche au récepteur et stimule la libération de dopamine, "l'hormone du plaisir".

Résultat : le fumeur ne ressent plus le manque du tabac, normalement occasionné par une libération insuffisante de dopamine. Plus simplement, la varénicline mime l'action de la nicotine sur les neurones.

En 2008, plus de 460.000 patients sont déjà traités au Champix®. Seulement, moins de quatre ans après son introduction dans les officines françaises, des premiers doutes pèsent sur la varénicline. A l'origine : une étude, qui jette en 2011 un pavé dans la mare. Publiée dans le Canadian Medical Association Journal, elle argue que le Champix® provoquerait des risques accrus de maladies cardiovasculaires ainsi que des risques suicidaires et dépressifs. Quelques mois plus tard, le ministre de la Santé de l'époque, Xavier Bertrand, décide de dérembourser la varénicline. Aux Etats-Unis, comme en Europe, ces sur-risques sont inscrits noir sur blanc sur la notice du médicament.

Pas de risques ?

Pourtant depuis 2011, aucune étude ne retrouve de lien statistiquement robuste entre prise de varénicline et problèmes cardiovasculaires ou neuropsychiatriques. Cette absence de corrélation est aujourd'hui en passe d'être confirmée, grâce à une vaste étude d'ampleur inédite. Publiés le 6 septembre 2015, dans The Lancet Respiratory Medicine, ces travaux se penchent sur les dossiers médicaux de plus de 164.000 patients anglais en sevrage tabagique, âgés de 18 à 100 ans et suivis entre 2007 et 2012. Parmi eux, 106.000 ont opté pour les substituts nicotiniques (gommes, pastilles, patchs, …), 51.000 pour le Champix® et 6.500 pour le Zyban®.

Les conclusions de l'étude sont limpides : "ni le buprorion, ni la varénicline n'ont montré une augmentation des risques cardiovasculaires ou neuropsychiatriques, comparés au substituts nicotiniques". Au contraire, au bout de six mois de prise de Champix®, le risque de cardiopathie a été diminué de 16%, celui d'AVC de 42%, et le risque de dépression de 45%.

Cependant, les chercheurs qui restent prudents expliquent qu'ils ne peuvent pas conclure à un effet protecteur de la varénicline. En effet, les personnes qui prenaient des substituts étaient en moyenne plus âgées et de milieux sociaux plus défavorisés que celles qui prenaient le médicament. Ainsi, ils auraient, de prime abord, plus de risques cardiovasculaires et psychiatriques. En définitive, les données statistiques s'équilibrent entre les deux groupes, concluant  finalement que la prise de Champix® n'engendre pas de sur-risques.

Une première étude biaisée ?

Chaque année, un fumeur perd en moyenne trois mois d'espérance de vie. Selon les chercheurs, les bénéfices de l'arrêt du tabac sont bien plus importants que d'hypothétiques effets cardiaques de la varénicline. Après un an d'arrêt, le risque d'infarctus est diminué par deux.

Si l'on en croit ces derniers résultats, les risques de la varénicline auraient donc étaient surestimés par l'étude de 2011. A l'époque déjà, les nombreux biais qu'elle soulevait avaient questionné l'Agence Européenne du Médicament. Premièrement, l'étude avait été menée sur plus de 8.000 personnes, dont 700 avaient d'office des problèmes cardiaques. Deuxièmement, les données statistiques étaient fragiles et limitées : 1,06% des personnes traitées au Champix® avaient développé des pathologies cardiaques, contre 0,82% de ceux prenant le placebo. Une disparité très mince… D'autre part, aucune différence n'avait été observée quant au taux de mortalité.

"Bien que cette étude ait des biais importants, et que plus tard aucune autre méta-analyse n'a trouvé d'association significative, les effets indésirables cardiovasculaires ont été inclus par l'Agence américaine du médicament (FDA) dans la notice du médicament" souligne l'étude. L'Agence Européenne du Médicament a, quant à elle, jugé que "la balance bénéfices risques du Champix® restait positive". Malgré tout, les mentions de risques cardiaques et dépressifs ont été apposées sur la notice en France, par mesure de précaution.

Quid des risques suicidaires et dépressifs ?

Selon l'ANSM, les troubles dépressifs et suicidaires pourraient "s'expliquer par le sevrage tabagique lui-même". En 2008, sept cas de suicides sous Champix® avaient été rapportés à l'Agence sanitaire, "néanmoins, aucun lien n’a pu être établi dans ces cas avec la prise de Champix®" précise l'ANSM. En mars 2015, une étude publiée dans le British Medical Journal avait, une nouvelle fois, infirmé les soupçons sur les risques suicidaires.

Ces résultats vont-ils concrètement changer la prise en charge des patients en sevrage ?  C'est peu probable, sachant que le principal frein à la prescription du Champix® reste son prix, très élevé. Pour 15 jours de traitement, les malades doivent débourser environ 70 euros, non remboursés…

Un traitement loin d'être anodin !

Forts de leurs résultats, les auteurs de l'étude recommandent quant à eux d'élargir la prescription de la varénicline, même pour les patients avec des antécédents psychotiques. Notons tout de même que trois des six auteurs ont, dans le passé, collaboré avec Pfizer, laboratoire qui commercialise… le Champix® ! L'industrie du tabac, tout comme celle des traitements de sevrage soulèvent des enjeux financiers importants, qui mettent souvent en doute l'indépendance des recherches.

Si les risques cardiovasculaires et dépressifs semblent écartés, d'autres subsistent toujours. La varénicline, loin d'être anodine, provoque très fréquemment des troubles importants du sommeil (63% des patients). Insomnies, rêves anormaux, vertiges, nausées, agitation,... La liste des effets indésirables est longue. En France, le traitement reste contre-indiqué aux femmes enceintes et vivement déconseillé aux personnes ayant des antécédents de troubles psychiatriques, épilepsies ou convulsions, par précaution. En tout état de cause, la prescription du Champix® doit, toujours, être suivie de près par un médecin.

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Source : Cardiovascular and neuropsychiatric risks of varenicline: a retrospective cohort study. D. Kotz et al. The Lancet Respiratory Medicine, septembre 2015. DOI: http://dx.doi.org/10.1016/S2213-2600(15)00320-3

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