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Parkinson : le coupable sévit dans d'autres maladies

Des chercheurs l'avaient démontré fin 2013 : présente dans l'organisme d'un sujet sain, la protéine dénommée "alpha-synucléine" peut prendre une forme particulière responsable de la maladie de Parkinson. Une équipe franco-belge révèle cette semaine dans Nature qu'une autre forme anormale de cette molécule provoque l'atrophie multi-systématisée (AMS), une autre maladie neurologique.

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Parkinson : le coupable sévit dans d'autres maladies
Amas d'alpha-synucléine fibrillaire comme dans les corps de Lewy, observés au microscope électronique. Les fibres ont une longueur de l'ordre des 200 nanomètres. (© Luc Bousset, CNRS)

Il y a moins de deux ans, des chercheurs découvraient que l'alpha-synucléine - la protéine qui s’accumule dans le cerveau des malades de Parkinson - possédait la capacité de se propager et de causer l’ensemble des dégâts neurologiques caractéristiques de la maladie. Cette molécule qui servait de principal "témoin" était en réalité le coupable, comme dans un scénario de série noire.

Comme le précise le CNRS dans un communiqué, "à l'instar de nombreuses autres protéines, la fonction exacte de l'alpha-synucléine pour le système nerveux n'est pas connue. Elle jouerait un rôle important dans les synapses, mais cette macromolécule peut aussi s'agréger sous forme fibrillaire dans le cerveau. Elle constitue alors des "corps de Lewy" à l'origine de diverses maladies neurodégénératives.

Le coupable de ''l'affaire Parkinson'' s'agglomère en spaghetti ; dans l'AMS, les fibres prendraient plutôt la forme de linguine. (image : Gotan Project)

Ce mois de juin 2015 marque un nouveau tournant dans "l’affaire Parkinson" : une équipe franco-belge a identifié deux formes spécifiques de cette molécule et prouvé qu'elles provoquent respectivement la maladie de Parkinson et l'atrophie multi-systématisée (AMS). Cette seconde maladie est caractérisée par la perte de neurones dans diverses parties du cerveau, entraînant des problèmes de motricité, d’équilibre ou de contrôle de fonctions "autonomes" (contrôle de la vessie, etc.) Dans les deux pathologies, les fonctions cérébrales affectées sont différentes.

Spaghetti et linguine

Au cours de certaines réactions chimiques encore mal connues, les protéines alpha-synucléines s’agrègent en fibres.

Mais sous le microscope, on constate que "des formes fibrillaires nombreuses et variées cohabitent", expliquent les chercheurs du CNRS qui ont contribué à ces travaux.

En 2013, cinq types de fibres avaient été identifiés. Pour les deux formes les plus notables, l'une ressemble (grossièrement) "à des pâtes larges, comme des linguines, l'autre à des pâtes cylindriques pleines, comme des spaghettis", s’amusent les scientifiques. "Ces deux types d'agrégats d'alpha-synucléine ont depuis été injectés séparément dans le cerveau et le sang de rats. Les fibres se sont révélées toxiques pour les neurones et ont recruté l'alpha-synucléine endogène des animaux, ce qui a entrainé la formation de nouveaux agrégats". Les chercheurs ont pu observer que les agrégats se déplacaient le long des axones des neurones.

"Les rongeurs ont développé deux formes de [maladies liées à l’alpha-synucléine] différentes selon [le type de fibre] qui leur avait été inoculé : la maladie de Parkinson et l'atrophie multi-systématisée. Cela prouve bien que des maladies distinctes proviennent de fibres de l'alpha-synucléine qui diffèrent structuralement".

Ces travaux ont également montré que les agrégats qui circulent dans le sang "franchissent la barrière hématoencéphalique[1]." Selon les chercheurs, une meilleure connaissance des mécanismes de propagation des agrégats de l'alpha-synucléine pourrait, à terme, déboucher sur le développement de traitements.


[1] Frontière entre la circulation sanguine et le système nerveux central qui a notamment pour fonction de protéger le cerveau des agents pathogènes présents dans le sang.