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Autisme chez les adolescents : "nous n'avons aucune aide concrète"

Pour de nombreuses familles, comme celle de Tristan, 16 ans, la scolarisation et l’encadrement d’un adolescent autiste est un parcours du combattant. Des aspects que le plan autisme promettait pourtant d’améliorer avant 2022.

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Autisme chez les adolescents :
Image d'illustration. Crédits Photo : © Shutterstock / Orawan Pattarawimonchai

"On a l’impression d’être dans des sables mouvants : plus on avance, plus on s’enfonce". Sylvie est la mère de Tristan, un adolescent autiste de 16 ans. Elle se bat pour que son fils soit placé et scolarisé car malgré un jugement favorable à un placement dans une famille d’accueil, Tristan est resté cette année près de huit mois sans aucune solution d’hébergement.

Un placement pourtant validé par le juge

"Il y a quatre ans, Tristan est devenu invivable. Il faisait quatre à cinq crises par jour, il nous empêchait de dormir, on avait peur d’être maltraitants et on avait aussi peur pour notre deuxième fils aujourd’hui âgé de neuf ans". En accord avec l'adolescent, ses parents demandent un placement en famille d’accueil.

Le juge pour enfants accepte, le placement se déroule bien mais en janvier dernier, Tristan est exclu après une crise de violence où il tord le doigt de la personne qui l’accueillait. Au même moment, le 6 janvier, le renouvellement annuel de placement à l’Aide sociale à l’enfance (ASE) du département est validé, mais ne peut être appliqué faute de place en famille d’accueil ou en foyer. Le 7 février, Tristan revient donc à plein temps chez ses parents.

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L’autisme trop souvent rédhibitoire

Commencent alors de longs mois d’errance pour Sylvie et sa famille. D’abord avec le confinement, qui met fin aux perspectives rapides de placement. Puis la situation empire quand les intimidations, les hurlements et les insultes explosent. Sylvie cherche sans succès une place auprès de l’ASE, à la maison des adolescents, en unités d’accueil…"Quand je prononçais le terme « autisme » c’est comme si je disais un gros mot !"

Elle se tourne aussi vers les députés de son département qui l’aident finalement à trouver une place dans un foyer en septembre. Tristan l’intègre rapidement et retourne enfin au lycée fin septembre. "Nous le voyons le week-end et pour l’instant, les choses ont l’air de bien se passer" constate-t-elle aujourd'hui.

Une carence de l’État

Mais jusqu’à quand ? Pour Sylvie, "le manque de foyers et de structures est une carence de l’État". Elle ajoute : "Le gouvernement se targue de mettre en place un nouveau plan autisme mais nous n’avons aucune aide concrète."

Malheureusement, des dossiers comme celui de Tristan, "il y en a plein" déplore Olivia Cattan, présidente de l’association SOS Autisme France et elle-même mère d’un garçon autiste. Pour elle, "tant que le gouvernement ne fera que colmater des brèches, on ne s’en sortira pas". Elle pointe notamment du doigt le manque d’Auxiliaires de vie scolaire (AVS) formés, le manque d’instituts médicaux éducatifs (IME), le manque de foyers spécialisés…

Promesses de scolarisation et d’hébergement

Claire Compagnon, déléguée interministérielle chargée de l'autisme, reconnaît que malgré les avancées en terme de diagnostic et d’accompagnement des enfants et des jeunes, les "difficultés" sont "encore trop nombreuses" et les familles sont confrontées à "des parcours de vie trop chaotiques" et un "manque de solutions d'accompagnement".

Elle assure cependant que "les enfants autistes y compris avec des troubles sévères sont désormais accueillis à l’école avec les autres enfants", comme prévu dans le plan autisme 2018-2022. A cette résolution s’ajoutent un renforcement "des dispositifs d’accompagnement avec la création de services dédiés aux personnes autistes" ou encore "des solutions d’hébergement en particulier pour les adultes avec des troubles les plus sévères" nous indique Claire Compagnon dans une déclaration écrite.

Plus de "mouroirs à la sauce handicap"

Des "mesures cosmétiques", pour Olivia Cattan, qui préconise plutôt un état des lieux des centres spécialisés et la mise en place de nouvelles structures. "A quand des centres éducatifs, comme il en existe dans d’autres pays, qui mêlent scolarisation et ateliers avec des psychologues, des orthophonistes ou encore des ergothérapeutes ?" s’enquiert-elle.
"Nous ne voulons plus de « mouroirs à la sauce handicap », nous voulons des vraies structures où les ados et jeunes adultes puissent s’épanouir avec des formations professionnelles adaptées" propose-t-elle encore.

Mais comme le gouvernement le reconnait dans plusieurs de ses communications, "l’autisme reste l’impensé du handicap en France" et le retard pris sur l’accompagnement de ce trouble est donc considérable.

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