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Un risque accru de cancer du sein en cas d'exposition in utero au DDT ?

Les femmes qui ont été exposées à des niveaux élevés de l’insecticide DDT dans le ventre de leur mère auraient un risque accru (d’au moins +50%) de développer un cancer du sein à l'âge adulte, selon des travaux publiés ce 16 juin dans la revue Clinical Endocrinology and Metabolism (JCEM).

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Pulvérisation de DDT dans un champ de pommes de terre en 1955 en Allemagne, près de Leipzig. (Crédits : Krueger - Bundesarchiv, Bild 183-20820-0001 / CC-BY-SA)

Dans les années 1960, le DDT était très utilisé de par le monde. Cette substance qui s'accumule dans les graisses animales a depuis été identifiée comme un perturbateur endocrinien. Interdit depuis les années 1970 dans de nombreux pays, le DDT est encore utilisé en Afrique et en Asie pour lutter contre la propagation du paludisme.

Le puissant insecticide DDT*, prohibé en France depuis 1971, n'a rien d'un composé biodégradable. S'il est ingéré (consommation d'aliments exposés) ou inhalé, il est partiellement métabolisé et stocké par l'organisme des mammifères, sous forme d'un composé nommé DDE.

L'Institut national de Veille Sanitaire (InVS) a publié, le 29 avril 2013, une étude reflétant l'exposition de la population française aux pesticides. Pour la famille d'insecticides la plus utilisée, le taux de résidus dans l'organisme se révélait plus élevé qu'en Allemagne ou que dans les pays d'Amérique du Nord. Toutefois les taux de résidus de DDT apparaissaient "voisins, voire plus faibles" en France que dans le reste de l'Europe et de l'Amérique du Nord.

Ancienne boîte d'un insecticide incorporant du DDT. (cc-by-sa Lamiot)

Des chercheurs nord-américains ont retrouvé les 9.300 filles des participantes à une étude épidémiologique réalisée entre 1959 et 1967 en Californie.

Les chercheurs ont établi le taux de DDT maternel pour 118 femmes qui avaient développé un cancer du sein (teneur en DDT dans l'utérus maternel estimé en analysant des prélèvements sanguins réalisés sur leurs mères enceintes, ou après accouchement). Ils ont ensuite réalisé une comparaison des mêmes données pour 354 femmes de profil et d’âge équivalents n’ayant pas développé un tel cancer.

Les chercheurs concluent que les 25% de femmes les plus exposées au DDT in utero ont un risque statistiquement accru de développer une tumeur mammaire comparés aux 25% les moins exposées.

De nombreux paramètres entrant en ligne de compte dans une telle évaluation, l’incertitude quant au sur-risque reste importante. Toutefois, les données permettent de conclure qu’il est d’au moins +50% (+800% au maximum). Ce sur-risque propre est indépendant des antécédents maternels de cancer du sein.

Environ 83% de celles qui ont développé un cancer du sein avaient une tumeur dite œstrogène positif. De précédentes études avaient révélé que le DDT agissait sur l’œstrogène et activait la production de la protéine HER2. Le cancer du sein HER2 positif est particulièrement agressif.

"Il s'agit de la première étude à montrer un lien direct entre une exposition de femmes enceintes à une substance chimique et des conséquences durables sur la santé de leurs filles qui ont un risque accru de cancer du sein", a souligné Barbara Cohn, de l'Institut de santé publique à Berkeley en Californie.

D'autres études avaient montré qu'une exposition au DDT pouvait provoquer des malformations, réduire la fertilité des femmes et accroître le risque de développer un diabète à l'âge adulte, de même que la maladie d'Alzheimer.

Avec AFP

Source : DDT Exposure in Utero and Breast Cancer. B.A. Cohn et coll. Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 16 juin 2015. doi:10.1210/jc.2015-1841