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Explorons nos narines !

D'où viennent les sécrétions nasales ? Où et comment est évacué le mucus ? Comment appelle-t-on ceux qui mangent leurs crottes de nez ? Petite exploration de nos narines.

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D’où viennent les sécrétions nasales ?

Benoît Thevenet et Michel Cymes expliquent les sécrétions nasales.

Au niveau de la paroi supérieure des fosses nasales, il y a la muqueuse nasale avec les cils olfactifs. C'est dans toute cette muqueuse que, grâce à des petites glandes, la muqueuse nasale produit un liquide épais et collant qu'on appelle le mucus nasal et plus communément la morve.

On produit près d'un litre par jour de mucus nasal. Un litre que l'on évacue normalement en l'avalant sans s'en rendre compte. Ce mucus est transparent en temps normal, jaune voire vert quand on est enrhumé. Le mucus nasal permet d'humidifier et de réchauffer en permanence l'air inspiré. Il fait aussi office de filtre qui protège nos poumons en piégeant et en détruisant les micro-organismes présents dans l'air. C'est ce qu'on appelle la phagocytose nasale. Etymologiquement en grec ancien, cela signifie "les cellules qui mangent".

Les crottes de nez, quelle histoire !

Il n'y a pas que notre nez qui est glouton ! Il existe une manie bien répandue, spécialement chez les plus petits : la "mucophagie". Ce terme désigne le fait de manger son mucus desséché au contact de l'air, autrement dit les crottes de nez. Il est souvent difficile de se défaire de cette mauvaise habitude.

L'interdit autour du nez ne date pas d'aujourd'hui. Les Romains, déjà, n'aimaient pas vraiment les sécrétions nasales surtout lors des cérémonies. Preuve en est : une occasion très importante de sacrilège était l'éternuement. L'éternuement pendant une cérémonie publique, notamment religieuse était un sacrilège et cela obligeait à recommencer la cérémonie.

À la Renaissance, des manuels d'éducation cherchent à corriger certaines trivialités nasales. En 1530, dans la civilité puérile, le grand penseur Erasme préconise déjà le mouchoir. La coutume étant à l'époque de se moucher avec ses doigts, avec sa manche... Les prescriptions données sont donc destinées à une classe supérieure, bourgeoise qui cherche à s'extraire du commun.

Mais le mouchoir va vite se démocratiser pour devenir un objet du quotidien. Si bien qu'aujourd'hui, plus personne ne devrait être obligé de manger ses crottes de nez.

Les narines, un nid à staphylocoque

Analyses d'échantillons de mucus nasal

Le nez est aussi l'habitat naturel d'une bactérie bien connue : le staphylocoque doré. Il a pour lieu de prédilection, la partie la plus en avant du nez c'est-à-dire à son extrémité. Tant que le staphylocoque doré reste logé à cet endroit, il ne pose pas de problème. S'il s'en échappe, c'est une autre histoire, surtout à l'hôpital.

Les fosses nasales antérieures sont un réservoir naturel pour le staphylocoque doré. Cette bactérie est présente dans le nez d'un quart de la population et si d'ordinaire, elle n'est pas pathogène, à l'hôpital elle peut s'avérer beaucoup plus dangereuse comme l'explique le Pr Jean-Christophe Lucet, unité d'hygiène et de lutte contre l'infection nosocomiale à l'hôpital Bichat-Claude Bernard : "le risque d'infection nosocomiale vient quelques fois des germes que l'on trouve à l'hôpital, on parle alors de transmission croisée c'est-à-dire que les germes circulent entre les patients. Ou alors le plus souvent, dans environ deux tiers des cas, on s'infecte à l'hôpital avec ses propres germes, ceux que l'on amène avec soi à l'hôpital comme le staphylocoque doré dont on est porteur naturellement et qui peut éventuellement devenir un germe d'infection nosocomiale".

Les ouvertures chirurgicales, les perfusions, les cathéters sont autant de portes d'entrée pour le staphylocoque doré, qui a tendance à migrer du nez des patients. "En chirurgie cardiaque particulièrement, quand un patient s'infecte, il risque d'infecter la cicatrice de l'ouverture au niveau du sternum. Dans ce cas l'infection peut être sévère", prévient le Pr Lucet.

Le staphylocoque doré doit donc être pisté à la trace. Pour être analysé, l'échantillon de mucus nasal est étalé sur une gélose et mis en culture pour voir si les bactéries se développent. 24 heures plus tard, les prélèvements peuvent être analysés. Les laboratoires doivent dire aux cliniciens si leurs patients sont porteurs de staphylocoque doré dans leur nez. Et s'ils sont porteurs de staphylocoques dorés, il faut savoir si le staphylocoque est sensible aux résistances d'antibiotiques.

Tous les staphylocoques ne se valent pas. Le staphylocoque blanc très répandu parmi la population et parfaitement inoffensif a tendance à résister aux antibiotiques. À l'inverse, le staphylocoque doré présent chez un quart des patients peut être très virulent mais ne résiste pas aux médicaments. Le problème c'est quand le staphylocoque doré au contact de son congénère ou des antibiotiques apprend lui aussi à combattre les traitements.

La bactérie résistante est particulièrement dangereuse dans les services de réanimation après une chirurgie. Les mesures d'hygiène sont donc primordiales dans les services de réanimation pour prévenir la contamination des patients fragiles. Une contamination qui passe alors bien souvent par la main des soignants.

Il est possible de décontaminer le nez des patients à staphylocoques dorés à l'aide d'une pommade antibiotique que l'on applique à l'intérieur. Dernier conseil : à cause de la présence de cette bactérie dans cette région, il ne faut jamais s'arracher les poils du nez. Le risque, c'est de créer une brèche dans la muqueuse par laquelle s'engouffre la bactérie. Elle va ensuite remonter jusqu'au cerveau entraînant de graves complications qui nécessitent une hospitalisation d'urgence.

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