Portiques et sas désinfectants anti covid : une fausse bonne idée ?

Des portiques ou des sas anti covid à l’entrée de lieux publics promettent d’éliminer le virus sur les surfaces. Quel intérêt quand la transmission du coronavirus se fait majoritairement par voie aérienne ?

Laurène Levy
Rédigé le , mis à jour le
Image d'illustration.
Image d'illustration.  —  Crédits Photo : © Shutterstock / Robert Kneschke

Un produit virucide diffusé dans une fine brume. C'est le principe des portiques pensés par le docteur Matthieu Rigaud. Actuellement testés dans des Ehpad, ils espèrent séduire les hôpitaux, les stades, les théâtres ou encore les mairies.

Éliminer le virus sur les surfaces

Leur objectif : désinfecter "les chaussures, les vêtements, les mains, le cou, les cheveux, le visage" assure à l’AFP le docteur Rigaud. Selon lui, 30 secondes après le passage sous le portique, "ce que vous avez de covid-19 sur vous est éliminé à hauteur de 99%".

Même principe pour les cabines et sas de désinfection BeLifeline, entreprise où le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, était en visite le 20 avril. Ces équipements, qui prétendent "réduire la charge virale portée sur une personne de 99,99% grâce à un procédé d’ionisation", tentent de s’installer à l'entrée des commerces, des bureaux ou des lieux culturels.

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La transmission a surtout lieu… dans l’air

Mais quelle efficacité peuvent avoir de tel dispositifs contre un virus qui se transmet essentiellement par aérosol, dans l’air ? Car les études scientifiques l’ont désormais bien montré, la transmission du coronavirus se fait essentiellement par particules virales aéroportées, et très peu par contact de surface.

"La voie aérienne est probablement dominante", avance même un article publié le 20 avril dans The Lancet, intitulé, sans équivoque, Dix raisons scientifiques en faveur de la transmission aérienne du SARS-CoV-2.

"Retour en arrière"

C’est pour cette raison précise que le docteur Benjamin Davido, infectiologue à l'hôpital Raymond-Poincaré (AP-HP), reste sceptique quant à l’efficacité de ces dispositifs sur un virus aéroporté. "Le message que font passer ces portiques est équivalent au « il suffit de se laver les mains pour éliminer le covid », qui date de février 2020 et qui avait été lancé faute de masque, et faute de vaccins à cette époque évidemment" nous confie-t-il.

C’est pour lui "un retour en arrière", un "mauvais message" qui risque surtout de se montrer "contreproductif". Le risque principal est, selon l'infectiologue, de se penser - à tort - protégé à la sortie de ce dispostif et de lever le pied sur les gestes barrières efficaces.

Même stupeur sur Twitter, où les scientifiques sont nombreux à exprimer leur incompréhension. "Donc la contamination par le #SARS_CoV_2 est AÉRIENNE et ils proposent des SAS de désinfection qui sous-entendraient une contamination par contacts" s’irrite Eric Billy, Eric Billy, chercheur en immuno-oncologie à Strasbourg, membre du collectif Du côté de la science.

"Combien de fois il faudra le dire: le mode principal de contamination, le danger en lieu clos, c’est l’#aérosol : le virus en suspension excrété par les personnes contaminées qui créent un nuage viral que tout le monde est susceptible de respirer dans la même pièce !" abonde le docteur Jérôme Marty, médecin généraliste président du syndicat UFML.

Mesures barrières et vaccination

Pour le docteur Davido, la priorité aujourd’hui est d’inscrire la lutte anti covid dans la durée : "trouver un effet vertueux des mesures barrières et de la vaccination qui offriront une marge d’erreur quand on se trompe" propose-t-il. Et "ce n’est pas la désinfection qui va réguler cette marge d’erreur."

Les autorités sanitaires ne se sont pas encore prononcées en faveur des portiques ou des sas de désinfection. Mais fin 2020, la Direction générale de la santé estimait que "les données scientifiques à ce jour ne sont pas suffisantes pour confirmer l’efficacité de ces procédés".

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